Déserts médicaux et Covid-19 : comment les petites communes s'adaptent

Déserts médicaux et Covid-19 : comment les petites communes s'adaptent

CORONAVIRUS - L'épidémie rend encore plus préoccupant le phénomène de désertification médicale dont sont victimes les communes rurales. Mais les initiatives ne manquent pas pour attirer des médecins.

C'est un signe des temps, en même temps qu'un paradoxe : si la France compte de plus en plus de médecins, les zones géographiques non ou mal couvertes par leur présence, elles, se multiplient. Selon les statistiques, elles se concentrent plus particulièrement dans les zones rurales, les Haut-de-France étant la région la plus impactée par ce phénomène. Lequel date d'au moins deux décennies, mais se trouve mis en lumière par l'épidémie actuelle de Covid-19, et les besoins consécutifs.

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"Personne ne prend plus de patients"

Le village de Calonne-sur-la-Lys, 1.600 habitants, dans le Pas-de-Calais, n'y a pas échappé. Même les plus anciens des habitants ne se souviennent pas d'y avoir vu un médecin. "Moi, je suis là depuis vingt ans et je n'en ai jamais connu", confirme l'un d'eux, au micro de TF1. "Ce serait bien, pourtant, d'en avoir au moins un", reprend-il. Pour l'heure, en effet, pas d'autre choix que d'effectuer un trajet d'une dizaine de kilomètres en voiture pour se faire soigner.

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L'équation est la même qu'ailleurs dans la campagne française : les départs à la retraite ne sont pas remplacés et, face à l'augmentation de la demande, les médecins ne se déplacent plus, peinant même à accorder des rendez-vous. "Personne ne prend plus de patients, ils sont tous débordés de travail", formule ainsi Laetitia Dezitter, infirmière libérale au chevet des personnes âgées du village. Une équation insoluble ?

Des efforts désespérés

Le maire (sans étiquette), Dominique Queste, pensait pourtant avoir trouvé la parade, en débloquant 60.000 euros de son budget pour transformer un bâtiment communal en maison médicale qui pourrait contenir deux cabinets. Problème : aucun médecin ne s'est encore porté candidat, et ce n'est pas faute, pour l'édile, d'avoir fait des efforts pour tenter d'en convaincre. "En venant, ils auraient une année de loyer complètement gratuite, toutes les charges enlevées. On a même proposé d'avancer 10.000 euros pour l'achat du matériel médical", détaille-t-il, quelque peu désespéré.

En Ardèche, un concept novateur

En Mayenne, département durement touché par le Covid-19 au cours de l'été, la problématique a pris une forme différente. L'Agence régionale de santé avait décidé d'ouvrir, dès le début de la crise sanitaire, huit centres de consultations médicales... qu'elle a ensuite décidé de fermer le 10 juillet, à l'aube du regain de l'épidémie. De quoi mettre de l'eau dans le moulin de ceux qui dénoncent une gestion technocratique des services de santé, éloignée des préoccupations de la population sur le terrain. En conséquence de quoi, l'Association de citoyens contre les déserts médicaux de la Mayenne a contacté l'avocate Corinne Lepage pour lancer une action judiciaire contre l'État, visant à dénoncer l'inégalité dans l'accès aux soins en France.

Autre département concerné : l'Ardèche, où 58 % des médecins ont plus de 55 ans (161 sur 277) et les départs à la retraite ne sont, là non plus, jamais compensés. Résultat : 6% des communes ardéchoises sont situées à plus de 30 minutes du premier établissement médical. Et là non plus, les initiatives pour attirer les jeunes médecins n'ont pas manqué : bourses, voyages de découverte, maisons de santé... En vain. 

Ce qui explique pourquoi le Conseil départemental compte lancer prochainement un concept novateur : un centre de santé départemental, où les médecins seraient directement salariés par le département, ce qui répondrait à une demande de la profession. L'idée serait de l'installer à Privas, une commune... disposant d'un hôpital, mais entourée par de gros déserts médicaux, où plusieurs antennes du centre seraient ensuite construites. Un compromis qui, peut-être, convaincra enfin.

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