Faudrait-il injecter une seule dose pour accélérer la vaccination ?

Faudrait-il injecter une seule dose pour accélérer la vaccination ?

STRATÉGIE - En France, les premières injections se font au compte-gouttes comparé à nos voisins européens. Pour aller un peu plus vite, certains appellent à administrer la deuxième dose plus tard. Quels sont les risques ?

Lentement mais surement, dit le proverbe. Depuis dimanche, moins de 200 personnes ont été vaccinées dans l'Hexagone. Le professeur d’immunologie, président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale anti-Covid-19, Alain Fisher se veut rassurant : "C'est bien qu'on n’aille pas vite". Mais chez nos voisins européens, les chiffres s'envolent. En Allemagne, plus de 40.000 personnes ont déjà reçu le vaccin. Au Royaume-Uni, où les premières doses ont été injectées il y a trois semaines, 900.000 individus ont reçu le précieux sérum. La France a-t-elle pris du retard ? Et comment accélérer ?

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Afin de progresser plus vite dans cette campagne de vaccination, certains appellent dans l'immédiat à passer outre la deuxième injection prévue par le vaccin Pfizer. Au Royaume-Uni, cette option est au cœur du débat. Pour accélérer l'administration d'une première dose à une population la plus large possible, les deux doses nécessaires seront espacées considérablement, jusqu'à douze semaines (au lieu de trois semaines), période pendant laquelle les personnes vaccinées sont protégées. "Si nous voulons sauver des vies, nous devons vacciner un maximum de personnes, le plus vite possible avec une seule dose. Et faire la deuxième injection plus tard", affirme David Salisbury, ancien directeur de la vaccination au ministère de la Santé au Royaume-Uni.  

Une seule dose apporte une immunité modeste- Christine Rouzioux, infectiologue à l'hôpital Necker à Paris

Mais qu'est-ce que cette stratégie implique concrètement ? Selon les études, le vaccin Pfizer serait efficace à 52% après l'injection de la première dose contre 96% après la deuxième. "La démarche consisterait à vacciner tout le monde et à obtenir 50% d'immunité. On peut se dire que ce taux de protection avec une seule dose n'est pas si mal sur l'ensemble de la population. Cependant, cela reste une immunité modeste", explique la professeure Christine Rouzioux, infectiologue à l'hôpital Necker (AP-HP).

Avec cette stratégie vaccinale, la démarche "collective" serait ainsi privilégiée contrairement à une logique "plus individuelle" actuellement en vigueur en France. Cependant, espacer sur douze semaines les deux doses peut s'avérer un pari risqué pour une raison très simple : les scientifiques ignorent combien de temps la première dose protège un individu. "Si l'on regarde les résultats de l'essai thérapeutique de Pfizer, la deuxième dose a été injectée 21 jours après la première. On n'a aucun moyen de voir l'immunité sur le long terme d'une seule dose", continue la spécialiste. 

La circulation du virus reste élevée

Au-delà du manque de données  sur la durée de l'efficacité de la première dose, la professeure Christine Rouzioux tient aussi à rappeler l'importance de la deuxième injection dans le domaine de la vaccinologie : "Il faut savoir que la deuxième dose, c'est un rappel beaucoup plus efficace pour induire une mémoire immunitaire forte. Et dans ce cas précis, on a la preuve qu'après la deuxième dose, les taux d'anticorps sont plus forts."

De plus, il ne faut pas oublier que la démarche vaccinale se joue en pleine épidémie. Actuellement la circulation du virus reste élevée notamment au Royaume-Uni. Le contexte actuel est ainsi un facteur important à prendre en compte selon l'infectiologue : "Une partie de la population qui n'aura reçu qu'une dose va continuer a être exposée au virus. Ce n'est pas simple de faire les choses à moitié. Le risque ? C'est de voir des formes graves du Covid-19 y compris chez des patients qui ont reçu une seule injection."

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En d'autres termes, la professeur Christine Rouzioux ne serait pas favorable à immuniser un maximum de personnes avec une seule dose. "Il faut déjà accélérer l'injection de la première dose. Selon moi, le démarrage n'est pas lent. La logistique est complexe mais je pense que dès janvier, ça va démarrer correctement", estime l'infectiologue.

De l'autre côté de la Manche, le Royaume-Uni veut donner un coup de fouet à la vaccination afin d'enrayer au plus vite une envolée des cas attribuée à un variant du virus. Ce mercredi, les Britanniques ont été les premiers à approuver le vaccin contre le Covid mis au point par le groupe AstraZeneca avec l'université d'Oxford. Moins cher et plus facile à conserver, le sérum national est très"attendu".

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