Marisol Touraine à l'assaut des idées reçues contre le PrEp, le traitement préventif du VIH

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INTERVIEW LCI - Deux ans après avoir autorisé la commercialisation de la PrEP - la "pillule anti-sida" - et son remboursement en France, Marisol Touraine revient pour LCI sur les raisons de ce choix à l'occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida. L'ex-ministre de la Santé répond sans langue de bois aux détracteurs de ce traitement préventif.

"Je suis favorable à la publication d’une recommandation temporaire d’utilisation du Truvada, un médicament qui doit nous permettre d’avancer significativement dans la lutte contre le VIH." Le 23 novembre 2015, Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, annonçait l'autorisation en France de la prophylaxie pré-exposition (PrEP) - un traitement préventif du sida - et son remboursement intégral par la Sécurité sociale. 


Deux ans plus tard, entre 5.000 et 6.000 personnes seraient sous PrEP en France, dont une grande majorité d'hommes homosexuels. A l'occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida, l'ancienne ministre de la Santé revient en exclusivité pour LCI sur les raisons qui l'ont poussée à commercialiser ce traitement, aujourd'hui uniquement disponible en France et aux Etats-Unis, et répond sans détour à ceux qui s'opposaient et continuent de s'opposer à la PrEP.

LCI.fr : A l’époque, pourquoi avoir donné le feu vert à la commercialisation du Truvada en France ?

Marisol Touraine : C’était alors déjà autorisé aux Etats-Unis, et des études médicales et des essais étaient en cours. Il m’est apparu que si l’on voulait réduire le nombre de personnes infectées par le sida, en particulier en Île-de-France, si l'on voulait franchir un nouveau cap, alors il fallait s’engager dans cette voie. L'enjeu était de toucher ceux qui n’étaient pas perméables au discours de prévention classique - en particulier sur le préservatif -, principalement deux populations à risque : les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et les femmes migrantes. Il fallait par ailleurs le faire, ce qui était le deuxième débat, en remboursant la PrEP, parce que sinon on aboutissait à des inégalités qui étaient difficilement acceptables.

LCI.fr : Faudrait-il faire la promotion de la PrEP pour qu’elle soit mieux connue ?

Marisol Touraine : Il faut évidemment que ça soit connu, mais il ne faut pas non plus la banaliser car on ne peut pas suivre la PrEP comme si on avalait un cachet d’aspirine. Mais honnêtement, c’est connu dans les milieux concernés.

LCI.fr : La PrEP figurait déjà dans votre campagne de prévention anti-VIH lancée il y a un an. Plusieurs maires avaient d'ailleurs tenté de faire interdire les affiches dans leur commune...

Marisol Touraine : La PrEP figurait en effet sur cette campagne, destinée aux hommes homosexuels, que j’avais lancé avant de terminer mon mandat et qui avait donné lieu à... (elle cherche ses mots) des 'polémiques' de la part de gens totalement réacs, qui se sont d’ailleurs fait renvoyer dans leur but par les tribunaux.

On entendait le même genre de discours lorsque certains considéraient qu’il ne fallait pas rembourser la pilule ou l’avortement.Marisol Touraine, ancienne ministre de la Santé

LCI.fr : Que répondez-vous à ceux qui estiment que "la Sécurité sociale n’a pas à financer les rapports à risques" ?

Marisol Touraine : La Sécurité sociale est là pour faire en sorte que l’on puisse éviter d’avoir des maladies. On entendait le même genre de discours lorsque certains considéraient qu’il ne fallait pas rembourser la pilule ou l’avortement. Si la critique consiste à dire "le préservatif c’est mieux", je réponds oui, d'accord. La PrEP n'est pas ce qui permet d’éviter le préservatif, et ça ne doit pas l’être. Maintenant, une fois que l’on a dit cela et a constaté que des hommes ne l’utilisent pas, qu’est-ce qu’on fait ?

LCI.fr : Vous avez été très active sur la question du sida durant votre mandat. Qu’attendez-vous de la ministre actuelle sur ce sujet ?

Marisol Touraine : On va voir le 1er décembre lors de la journée mondiale de lutte contre le sida. Mais je ne vais pas rentrer dans ce genre de débat. Ce que je peux vous dire, c’est que je suis absolument convaincue que le combat pour faire reculer le sida est déterminant, car il est aussi éclaireur par rapport à d’autres maladies. C’est-à-dire que ce qui se conquiert dans la lutte contre le sida - droit des malades, attention aux malades… - est utile aussi pour d’autres pathologies. Donc c’est un combat qui doit se maintenir et avoir de la visibilité.

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