Dépistage du cancer du sein : la petite révolution de l'intelligence artificielle

Dépistage du cancer du sein : la petite révolution de l'intelligence artificielle

ESPOIR - Depuis quelques années, l'intelligence artificielle donne un sérieux coup de pouce aux médecins pour dépister le cancer du sein. Illustration au sein de l'institut Gustave-Roussy de Villejuif.

À l'occasion de la journée mondiale contre le cancer ce jeudi 4 février, rappelons quelques chiffres : le cancer du sein touche une femme sur huit et 60.000 nouveaux cas sont identifiés chaque année. Même si des traitements existent, ils sont plus efficaces quand la maladie est détectée rapidement. 

Et c'est tout l'enjeu du dépistage destiné aux femmes de plus de cinquante ans. C'est lors d'une mammographie, que je passe tous les deux ans, qu'ils ont décelé une tumeur au sein", raconte une patiente à l'institut Gustave-Roussy de Villejuif dans le reportage de TF1 en tête de cet article. Alors que le dépistage des cancers a été mis à mal par la crise sanitaire, l'intelligence artificielle (IA) pourrait révolutionner le diagnostic de la maladie. 

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Et l'institut Gustave-Roussy - premier centre de lutte contre le cancer en Europe - a pris l'habitude de s'appuyer sur ces nouvelles innovations. Quand certaines tumeurs sont difficilement visibles à l'œil nu, le docteur Corinne Balleyguier peut s'aider de l'intelligence artificielle. Sur son écran, la spécialiste perçoit une anomalie qui aurait pu lui échapper. "On voit l'image d'un gros kyste qui cache complètement une zone suspecte. L'intelligence artificielle nous a alertés en entourant cette zone afin de la mettre bien en évidence."

L'IA pourrait-elle révolutionner les mammographies ? Selon une étude britannique publiée l'an dernier dans Nature, un système d'intelligence artificielle mis au point par des chercheurs de Google serait capable d'identifier les cancers avec une précision similaire - voire parfois meilleure - à celle des radiologues experts. Selon ces travaux, cette innovation serait très encourageante puisqu'elle permettrait de repérer le plus vite possible les cancers du sein, qui touchent deux millions de femmes dans le monde. 

Réduire la marge d'erreur

Pour rappel, le dépistage du cancer du sein n'est pas infaillible. Les radiologues manqueraient environ 20% des maladies au moment des mammographies, selon l'American Cancer Society. Paradoxalement, leurs travaux rapportent que la moitié des patientes ayant réalisé des dépistages sur une période de dix ans a obtenu un résultat faussement positif - responsable de craintes non fondées. L'intelligence artificielle pourrait permettre de réduire ces marges d'erreur.  

Mais comment ce système fonctionne-t-il ? Pour reprendre l'exemple de celui mis au point par Google Health, cette technique repose sur un algorithme, entraîné avec près de 29.000 images de mammographies provenant de Grande-Bretagne et des États-Unis. Résultat ? L'intelligence artificielle a réduit la proportion de cas où un cancer avait été détecté a tort de 5,7% sur les images américaines visualisées, et de 1,2% sur les Britanniques. Autre prouesse, il a réduit le nombre de faux négatifs - quand les tests sont considérés comme normaux alors que non - de 9,4% dans le groupe américain et de 2,7% dans le groupe britannique.

L'intelligence artificielle comme deuxième avis?

Comment ce système pourrait épauler au quotidien nos professionnels de santé ? Certains spécialistes avancent que l'intelligence artificielle pourrait être utilisée comme un "deuxième avis". En France, le dépistage s'organise de la façon suivante : proposé aux femmes de 50 à 74 ans, les résultats sont ensuite examinés par deux radiologues. L'utilisation de l'Intelligence artificielle en guise de vérificateur du premier lecteur humain pourrait permettre d'économiser jusqu'à 88% de la charge de travail du second radiologue. On peut ainsi imaginer qu'un premier diagnostic soit effectué par le radiologue et un deuxième par le système d'intelligence artificielle.  

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Si l'intelligence artificielle permet un diagnostic plus précis, ce nouveau système favorise aussi une médecine prédictive. En d'autres termes, elle permet d'anticiper la maladie à partir de l'examen des tissus mammaires et de l'âge de la patiente. Concrètement, un niveau de risque est fixé par la machine permettant d'envisager la nécessite d'un traitement adéquat. 

"Une femme qui a un score plus élevé peut voir avec le radiologue si elle a besoin d'un suivi personnalisé ou bien d'un autre examen", indique Michèle Debain, vice-présidente de l'ICAD intelligence artificielle. Cette innovation représente donc une avancée majeure pour la détection précoce du cancer du sein. Et l'enjeu est de taille : "On considère que 25% des cancers du sein sont des cancers d'intervalle. C’est-à-dire qu'ils peuvent apparaître entre deux dépistages. Ce sont eux qui sont les plus agressifs", souligne le Dr Corinne Balleyguier. En France, 12 000 femmes meurent du cancer du sein chaque année. 

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