Les habitants d'Asie de l'Est bénéficient-ils d'une immunité face au Covid ?

Les habitants d'Asie de l'Est bénéficient-ils d'une immunité face au Covid ?

CORONAVIRUS - Alors que l'épidémie sévit en Europe ou en Amérique du Nord, une région du monde semble épargnée : l'Asie orientale. Au-delà d'une politique sanitaire efficace, leur faible nombre de cas, au regard de la population, pourrait s'expliquer par une immunité "naturelle" selon certains scientifiques.

Dans le flot de l'actualité du Covid-19, il y a une région dont on ne parle plus : l'Asie de l'Est. Alors qu'il s'agit du berceau du coronavirus - le point de départ de l'épidémie étant la ville chinoise de Wuhan - les quinze pays de cette région du monde totalisent 2,4 % des décès alors qu'ils représentent 30% de la population mondiale.

Pour mieux comprendre, procédons par comparaison : en Chine, on compte 3,4 morts pour un million d'habitants, pour 970 en France. Certes, les Asiatiques ont intégré rapidement le port du masque et l'isolement strict des malades mais ces facteurs sociopolitiques ou culturels ne suffisent pas à expliquer le faible taux de mortalité dans la région. Selon certains scientifiques, ces populations pourraient être plus résistantes au Covid-19 et bénéficier d'une immunité régionale. 

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Tout d'abord, les habitants d'Asie de l'Est ont été davantage exposé au coronavirus. C'est un fait. En 2003, le SRAS avait provoqué la mort de centaines de personnes, principalement en Chine et à Hong-Kong. Le virus partait de la province du Guangdong. Avant cela, on peut aussi rappeler de la grippe d’Hong-Kong, causé par le virus H3N2, en 1968. Si tout le monde l'a oublié, elle a pourtant entraîné un million de morts dans le monde, dont 31 000 en France.  

Selon le professeur Tatsuhiko Kodama de l'université de Tokyo, les habitants d'Asie de l'Est sont habitués à être exposés à des virus ressemblant au nouveau Covid-19, ce qui expliquerait leur système immunitaire plus réactif. Pour comprendre, il rappelle que lorsqu'on est confronté au coronavirus, la réaction chez l'être humain se fait normalement en deux temps : un premier anticorps intervient, puis un second. 

Mais, chez les patients japonais, seul le deuxième anticorps entre en action. En d'autres termes, leur corps reconnait le virus."Normalement, le premier anticorps doit intervenir rapidement, mais chez les patients qui ont déjà une immunité au covid, sa réaction est faible et retardée. C'est ce qui explique qu'ils ont déjà été exposés à la famille des Covid-19, que la population japonaise a déjà été touché", explique le professeur japonais.

La génétique influe sur la sensibilité au virus

Ainsi les habitants d'Asie de l'Est auraient acquis une immunité régionale au cours de leur vie. Mais ce n'est pas tout. Ils pourraient aussi disposer d'une composition génétique différente. "Depuis une quinzaine d'années, des études ont montré que la génétique peut augmenter ou décroître notre vulnérabilité à un virus", souligne le chercheur Lluis Quintana-Murci, professeur de génomique humaine et évolution à l’institut pasteur et au Collège de France 

Certaines mutations sont différemment distribuées entre individus et elles peuvent augmenter de trois à quatre fois la probabilité de développer une maladie infectieuse. Selon le professeur et chercheur, la population asiatique serait protégée contre le Covid-19 grâce à l'absence d'un gène qui constitue un facteur de risque aggravant du Covid-19 : "C'est une région sur le chromosome 3 qui augmente d'environ 60% la probabilité que vous développiez une forme sévère du coronavirus. Cette mutation est présente chez 16% des européens et 50% des Indiens. Et en Asie de l'Est, elle est présente à 0%."

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Comment expliquer ces différences génétiques entre les populations humaines ? L'hérédité, avances les chercheurs. "Nous sommes les descendants de ceux qui ont survécu à toutes les épidémies dans le passé : la peste, la grippe espagnole", explique Lluis Quintana-Murci. "Chaque population s'est adaptée du mieux qu'elle a pu à ces diverses maladies." Une étude réalisée par des chercheurs australiens et américains dévoile aussi que les habitants de l'Asie de l'Est auraient été confrontés à une pandémie de coronavirus,  il y 25.000 ans. Un épisode qui, selon ces scientifiques, a entrainé des modifications dans le génome - ensemble de chromosomes et de gênes -  de la population actuelle.

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