VIDÉO - Les emballages de fast-food mauvais pour la santé ? "Ces substances altèrent la régulation hormonale de notre corps, même à très faible dose"

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DANGER- Faut-il avoir peur de cette nouvelle étude menée dans cinq pays européens sur les emballages de fast-food démontrant la présence de composés perfluorés potentiellement nocifs pour la santé ? Nous avons posé la question au spécialiste du genre, le président du Réseau Environnement Santé, André Cicolella.

C'est un sujet qu'il connaît bien, et pour cause... André Cicolella, chimiste et toxicologue, chercheur en santé environnementale et spécialiste de l'évaluation des risques sanitaires, est parti en guerre depuis longtemps contre les toxiques qui polluent notre quotidien. On lui doit, entre autres, l'interdiction du bisphénol A, d'abord dans les biberons puis dans les contenants alimentaires, et celle du perchloréthylène dans les pressings.


Aujourd'hui le président du Réseau Environnement France a accepté de répondre à nos questions concernant les emballages de fast-food. Après les Etats-Unis, une étude menée par des partenaires de l'UFC Que Choisir au Danemark, au Portugal, en Espagne, en Belgique et en Italie, montre en effet que les emballages non plastiques de frites, sandwiches mais aussi les cartons de pizzas ou de boites à desserts contiennent des composés perfluorés (PFC) pour plus de la moitié d'entre eux. Des substances soupçonnées d'être cancérigènes, immunotoxiques et potentiellement responsables de perturbation du système endocrinien. 

LCI : Que pensez-vous des conclusions de cette nouvelle étude sur le sujet ?

André Cicolella : Ce n'est pas une surprise. Tout ça est bien connu et depuis longtemps. Les composés perfluorés sont une large famille de substances chimiques (plusieurs centaines de molécules), fabriquées depuis les années 50 et qui sont utilisés dans de nombreux produits de consommation courante. On les retrouve notamment dans les papiers traités destinés à un contact avec des denrées alimentaires, mais aussi dans les revêtements antiadhésifs des poêles à frire, ou dans les produits destinés à l’entretien des tapis. Très persistants car non biodégradables, ces composés s’accumulent dans l’environnement et donc potentiellement dans nos organismes. Parmi ces substances, le PFOA et le PFOS ont particulièrement été étudiés. Le PFOA est par exemple le premier polluant de l'eau en Europe.

LCI : Ces substances peuvent-elles se retrouver dans les aliments au contact de ces emballages ?

André Cicolella : La réponse est oui. Par principe un polymère n'est pas stable, il peut donc migrer dans les conditions suivantes : sous l'effet de la chaleur, sous l'effet du rayonnement lumineux, si l'aliment est acide ou gras, ou si le contact aliment/emballage est prolongé.

LCI : Y a-t-il donc danger pour notre santé ?

André Cicolella : Ces substances altèrent la régulation hormonale de notre corps, même à très faible dose, et sont incriminés dans la survenue de cancers, hyperactivité, diabète de type 2, obésité, infertilité, etc. Contrairement aux autres substances toxiques, les risques pour la santé ne sont pas liés à la quantité à laquelle on est exposé. Pour protéger les consommateurs, il est donc nécessaire de mettre en place une réglementation adaptée. La question n’est plus de savoir si l’épidémie de maladies chroniques est liée aux perturbateurs endocriniens mais à quel point ces derniers y contribuent.

LCI : Qu'en est-il justement du côté de la législation ?

André Cicolella : Pour protéger les consommateurs, la réglementation doit interdire tous les perturbateurs endocriniens. Mais en réalité, seule une petite partie des nombreuses substances de la famille des PFC a, à ce jour, été étudiée par les autorités de santé européennes. La plupart de ces substances ne disposent pas de valeurs toxicologiques de référence (dose journalière maximum) alors que leur toxicité a été documentée. En conséquence, il n’existe pas de législation au niveau européen limitant leur usage dans les emballages non plastiques au contact des denrées alimentaires.

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