Plus ils reçoivent des cadeaux des laboratoires plus les médecins font des prescriptions chères

Santé

SANTE - Selon une étude de chercheurs rennais, "près de 90% des médecins généralistes ont déjà reçu au moins un cadeau depuis 2013" de la part des laboratoires pharmaceutiques. Ce qui ne serait pas sans conséquence sur les ordonnances données ensuite aux patients.

Les médecins généralistes français qui reçoivent des cadeaux des laboratoires pharmaceutiques ont tendance à faire "des prescriptions plus chères et de moindre qualité", démontre une étude publiée ce mercredi 6 novembre  par des chercheurs de Rennes.  Ils ont passé au crible les prescriptions d'un peu plus de 41.000 médecins généralistes travaillant exclusivement en libéral et les ont classées en six groupes, en fonction du montant des avantages perçus au cours de l'année 2016.

Les auteurs de cette étude- des  médecins, des chercheurs et des ingénieurs - se sont basés sur les données de la plateforme transparence.sante.gouv.fr et les ont croisées avec le Système national des données de santé (SNDS), pour parvenir à cette conclusion, publiée sur le british medical journal.

Près de 90% des médecins généralistes ont déjà reçu au moins un cadeau depuis 2013

Selon leurs travaux, "près de 90% des médecins généralistes ont déjà reçu au moins un cadeau depuis 2013", souligne Pierre Frouard, médecin généraliste à Rennes et coordonnateur de l'étude à l'AFP. "C'est la première étude de cette ampleur en France" qui exploite les données de ce portail, souligne Bruno Goupil, premier auteur de l'étude.

Transparence santé est le portail, sur lequel doivent obligatoirement être déclarés tous les "liens d'intérêt" des professionnels de santé, et notamment les équipements, repas, frais de transport ou d'hôtel offerts par des entreprises du secteur (laboratoires pharmaceutiques, fabricants de dispositifs médicaux, etc.), à partir d'un montant de 10 euros. Elle permet à chacun de connaître les cadeaux offerts par l'industrie pharmaceutique à un médecin. Il suffit , pour ce faire, de renseigner le nom du praticien. 

Quant au SNSD, il s'agit d'une base de données qui recense consultations, prescriptions de médicaments, hospitalisations  et actes médicaux remboursés en conservant l'anonymat des assurés. 

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Dans leur communiqué commun, les chercheurs et praticiens expliquent qu'ils sont partis du constat fait par l'OMS (Organisation mondiale de la santé) sur "l'influence de l'industrie pharmaceutique sur la prescription et la délivrance des médicaments" et qu'ils ont voulu vérifier si une corrélation existait entre les avantages offerts par ces laboratoires, et le coût de leurs prescriptions ainsi que leur efficacité au regard des objectifs fixés par l'Assurance Maladie. 

"Cette influence, parfois inconsciente chez les médecins, peut conduire à choisir un traitement qui n'est pas optimal, au détriment de la santé du patient et du coût pour la collectivité", expliquent les auteurs. Avec cette méthodologie de croisement des bases de données, "l’étude ne peut pas montrer de lien de cause à effet", mais constate plusieurs choses. 

Plus le montant total des avantages perçus est élevé plus le surcoût moyen par prescription augmente

La première est que "près de 90% des médecins ont déjà reçu au moins un cadeau des firmes pharmaceutiques entre 2013 et 2016. Le second constat établi est tout aussi surprenant : les médecins n'ayant pas reçu de cadeaux de la part des laboratoires, font des ordonnances moins chères d'environ 5 euros par rapport aux médecins ayant reçu des avantages. "Ces résultats observationnels renforcent l'hypothèse selon laquelle l'industrie pharmaceutique peut influencer les prescriptions des médecins généralistes, et offrent un aperçu sur l'étendue de cette influence", explique Benoit Goupil.

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Les firmes pharmaceutiques dépensent énormément d'argent dans la promotion des médicaments (23% de leur chiffre d'affaire soit plus que pour la recherche) dont les cadeaux ne sont qu'une partie", souligne le Dr Goupil, citant un rapport de la Commission européenne publié en 2009. "Il semble peu probable que cet argent soit dépensé à perte et les résultats de notre étude concordent avec les études existantes en faveur d'une influence sur les prescriptions", ajoute-t-il.

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