Vaccin anti-Covid : des doses inéquitablement réparties selon les régions

Vaccin anti-Covid : des doses inéquitablement réparties selon les régions

ENQUÊTE - Le gouvernement affirme que les doses sont réparties équitablement dans les territoires, en tenant compte du nombre de seniors de plus de 75 ans et de soignants de plus de 50 ans. Pourtant, dans les faits, la réalité est différente.

Alors que la campagne de vaccination bat son plein dans l’Hexagone, la scène a de quoi surprendre. À Epinay-sous-Sénart, dans l’Essonne, le hangar qui doit servir à vacciner les habitants est désespérément vide. Faute de doses disponibles, l’opération a dû être repoussée. Le maire de cette commune d’Île-de-France avait pourtant tout prévu. Deux frigos ont été installés pour stocker le précieux sérum qui se fait toujours attendre. "Dès qu’on nous dit que les vaccins sont disponibles, en 48 heures, on sera prêt à procéder aux vaccinations", assure Damien Allouch, le maire (PS). L’édile ne cache pas son exaspération face à ces retards. "Les élus sont mobilisés, tout comme les agents. Les habitants sont en attente. Il ne manque plus qu’une seule chose, le vaccin", ironise, un peu agacé, l’édile.

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Dans cette commune de 12.000 âmes, cela fait un mois qu’on réclame des doses. Le maire a même adressé un courrier au préfet ainsi qu’une lettre ouverte au président de la République pour dénoncer une "avalanche de lourdeurs administratives". Le 12 janvier dernier, le ministère de la Santé invitait pourtant les maires à se préparer à la campagne de vaccination : "Les acteurs locaux doivent s’emparer des doses et mettre en place des solutions de vaccination au niveau local". Mais un peu plus de trois semaines plus tard, les doses se font, elles, toujours attendre. 

L’Île-de-France fait partie des régions sous-dotées en vaccins proportionnellement à sa population, tout comme la Bretagne, les Pays-de-Loire, l’Auvergne-Rhône-Alpes et la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur. La densité de population, par ailleurs, ne facilite pas la gestion et la priorisation des demandes. Dans la commune de Brunoy, toujours dans l’Essonne, il y a bien des doses mais en nombre insuffisant par rapport à ce qui était prévu initialement. Résultat, les services de la mairie ont dû annuler les rendez-vous. "Au début, on recevait 400 à 500 doses chaque semaine. Aujourd’hui, c’est tombé à 300. On demande aux gens d’être indulgents et on reporte le rendez-vous de quinze jours", explique la personne en charge de l’accueil. 

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Rien d'étonnant par conséquent à ce que les installations prévues par la municipalité de Brunoy apparaissent surdimensionnées. "Nous avons installé six unités de vaccination. Actuellement, seulement deux d’entre elles sont utilisées", souligne Camille Guerin, directeur de cabinet du maire de Brunoy. Entre le transformateur électrique et des dépenses en personnel, les frais de fonctionnement s’élèvent à environ 15.000 euros, une somme à la charge de la commune. Des cafouillages qui soulèvent évidemment des questions. À commencer par la stratégie mise en place par l’exécutif afin d'assurer une bonne répartition des doses disponibles dans chaque région.

Tout le monde sait qu’il y a une pénurie de vaccin. Mais encore faut-il que la pénurie soit gérée de façon juste- La députée des Deux-Sèvres, Delphine Batho

De son côté, l'exécutif conteste toute inégalité entre départements, expliquant tenir compte du nombre de seniors de plus de 75 ans et de soignants de plus de 50 ans. Pourtant, dans les faits, la réalité est bien différente. La députée  des Deux-Sèvres, Delphine Batho a d'ailleurs comparé le nombre de doses disponibles dans son département avec un autre. Et les disparités sont assez criantes : dans la Creuse, un vaccin pour deux habitants de plus 75 ans est disponible, contre une dose pour 17 habitants dans le département des Deux-Sèvres. Ce dernier compte pourtant trois fois plus de personnes éligibles à la vaccination en théorie.

De quoi faire grincer des dents la députée Delphine Batho. "Il y a une organisation à deux vitesses qui se traduit par des inégalités", constate, perplexe, l'ancienne ministre. "Tout le monde sait qu’il y a une pénurie de vaccin. Mais encore faut-il que la pénurie soit gérée de façon juste", plaide-t-elle. Dans l’espoir d’obtenir des explications, la parlementaire a même écrit au ministre de la Santé. Et la réponse de ce dernier semble bien reconnaître qu’il y ait un problème : "Soyez assurée que des mesures d’équilibres seront recherchées et mises en œuvre pour favoriser l’accès équitable à la vaccination", lui répond le cabinet d'Olivier Véran.

À Dreux, la prudence pour éviter la déception

À Saint-Rémy-sur-Havre (Essonne), l'édile a préféré adopter une stratégie un peu différente. Les candidats au vaccin sont contactés uniquement par les services de la mairie. Grâce aux autorités locales, la municipalité a une idée précise du stock de vaccins à sa disposition, ce qui est loin d’être le cas ailleurs dans le département. "C’est comme dans tout contrat, on signe et on dit si on est satisfait. Ce n’est pas de la chance, c’est de la bonne gestion", fait valoir Patrick Rielh, le maire (DIV) de Saint-Rémy-sur-Havre (Eure-et-Loir). 

Le centre de vaccination étant situé à une dizaine de kilomètres, un système de transport en bus a été mis en place pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer par eux-mêmes. À Dreux (Eure-et-Loir), où les habitants des communes limitrophes viennent se faire vacciner, aucun rendez-vous n’a été annulé jusqu'à présent. Pourtant, la ville ne croule pas sous les doses. Contrairement aux autres centres, les rendez-vous sont fixés uniquement en fonction du nombre de doses disponibles. La prudence, donc, pour éviter la déception. Une stratégie qui s'avère payante.

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