Virus Ebola : pourquoi la France a peur

Virus Ebola : pourquoi la France a peur

RISQUES – À Boulogne, des parents ont refusé d'emmener leur enfant à l'école de peur qu'il soit contaminé par des élèves revenant de Guinée. Metronews fait le point sur cette angoisse qui monte.

Le socio-anthropologue Sylvain Faye rentre d'une mission de trois mois en Guinée. La psychose autour d'Ebola, il la ressent : "Nous qui revenons du terrain, nous sommes confrontés à ce soupçon", raconte-t-il à metronews. Les remarques sont formulées gentiment, souvent sur le ton de la rigolade (du type "Il paraît même que le virus se transmet par téléphone..."), mais subsiste un fond de vérité et surtout de peur.

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Cette angoisse, le chef du département de sociologie de l'université Cheikh Anta Diop, à Dakar (Sénégal), juge qu'elle provient de la maladie en elle-même, dont les symptômes sont "cauchemardesques". À la différence du VIH, aux symptômes moins explosifs : "Être séropositif donnait en quelque sorte le droit d'entrer dans les pays occidentaux pour y être soigné." En cause, une forte mobilisation humanitaire, mais aussi des risques de transmission moindres.

Maladie cauchemardesque

Alors que, pour Ebola, c'est tout l'inverse. Les humanitaires font le voyage. Et, comme il n'y a pour l'instant aucun traitement, le meilleur moyen de s'en protéger est d'éviter de faire venir le virus chez soi. Résultat : "Les populations africaines n'ont plus la légitimité de se déplacer." Ce n'est pas pour rien que la Côte d'Ivoire ou le Sénégal ont fermé leurs frontières. Tout comme les parents qui ont retiré leurs enfants de l'école à Boulogne-Billancourt, ils se protègent.

Et que les États-Unis et l'Espagne apparaissent sur la liste des pays infectés ne fait qu'amplifier le phénomène. "On a longtemps parlé d'Ebola comme une maladie de l'Afrique qui n'arriverait pas en Occident. Chaque personne qui a séjourné en Afrique devient stigmatisable."

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"Vous vous appelez Diallo, on vous soupçonne"

On doute de tous ceux qui viennent de ces pays-là. "Cela revient à dire que ces enfants, sous prétexte qu'ils sont d'origine guinéenne, n'ont pas le droit à des vacances." Autre exemple : "Au Sénégal, quand vous êtes guinéen ou si vous vous nommez Diallo, on vous soupçonne tout de suite. Les gens font l'amalgame entre la maladie et un territoire."

Pour autant, le socio-anthropologue sénégalais rappelle qu'il ne faut pas juger ces parents, qui ont une réaction naturelle de protection. Mais il craint que cela n'engendre des conflits. "Quand on est déjà touché par le fait que son pays soit un foyer de l'épidémie, que l'on n'est pas porteur du virus, on peut avoir du mal à tolérer ces stigmatisations."

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