Virus "le plus dangereux du monde" créé par l'Homme : que sait-on de cette une de "Sciences et Avenir" ?

La couverture du magazine est mise en avant pas les partisans de théories selon lesquelles le Covid-19 aurait été créé par l'Homme.

CONFUSION - Un dossier spécial du magazine "Sciences et Avenir" datant de 2012 est ressorti par des internautes convaincus que le Covid-19 a été créé par l'Homme. Un raccourci plus que hasardeux.

Depuis quelques semaines, des internautes sont nombreux à partager et mettre en avant une couverture du magazine Sciences et Avenir. Celle du numéro 781 plus précisément, paru le 22 février 2012 et qui était titré : "On a créé le virus le plus dangereux du monde". Dans une période où des doutes subsistent quant à l'origine exacte du Covid-19, certains y voient un élément pouvant accréditer la thèse selon laquelle il s'agirait d'un virus créé par l'Homme. Une théorie qui a la vie dure en ligne, et ce malgré les multiples prises de position des scientifiques indiquant que les indices convergent pour faire état d'une transmission de l'animal vers l'Homme.

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Un dérivé du H5N1

Il y a quelques jours, LCI évoquait les travaux d'une "équipe de chercheurs de l'université agricole du Gansu", ayant "donné naissance à un nouveau virus, mélangeant des gènes de H5N1 et de H1N1" en 2013. Un "hybride made in China" que des internautes ont là aussi remis en lumière dans le contexte épidémique actuel. Ce n'est pas à ces recherches que faisait référence Sciences et Avenir dans son dossier spécial, il y a presque neuf ans : le magazine se penchait sur des recherches conduites par le virologue néerlandais Ron Fouchier et son équipe du côté de Rotterdam, aux Pays-Bas. Celles-ci ont conduit à la création d'un virus mutant de grippe aviaire, développé sur la base du tristement célèbre H5N1 et en mesure de se transmettre d'un individu à l'autre chez les mammifères. Une version particulièrement agressive et contagieuse qui a suscité des réactions très diverses. Ce que soulignait dans un éditorial vidéo la directrice de la rédaction du magazine.

Si l'on peut parler d'un "bricolage génétique sur un pathogène" finalement "assez commun en laboratoire", comme le faisait France Inter fin 2011, un débat a rapidement émergé au sein de la communauté scientifique pour savoir s'il était judicieux de procéder à de telles expériences. Ce que relatait Sciences et Avenir dans son dossier paru en 2012, interrogeant par exemple au virologue de l'IRD Jean-Paul Gonzalez, pour qui "il n'y a pas d'interdit dans la recherche". D'autres spécialistes se montraient plus réservés. Parfois favorable à ces travaux, une partie jugeait toutefois que la publication des résultats dans des revues scientifiques posaient problème. "C’est une recherche dangereuse qui ne devrait pas être publiée", réagissait Patrick Berche, chef du service de microbiologie à l’hôpital Necker-Enfants malades à Paris.

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Il est important d'expliquer que le virus dont il est ici question, tout comme l'hybride chinois dont les médias parlaient en 2013, n'a rien à voir avec le Covid-19. Le H5N1, tout comme le H1N1, "appartiennent à une autre famille de virus, génétiquement différents, les myxovirus", notait récemment l'AFP. L'analyse génomique du SARS-CoV-2 a par ailleurs permis aux chercheurs d'y voir plus clair quant à son origine : la thèse d'une origine animale et d'une transmission récente à l'Homme est plus que privilégiée à l'heure actuelle et les travaux se poursuivent pour l'attester définitivement.

Les virus, objets d'étude permanents

Il n'est pas forcément surprenant de voir des scientifiques travailler sur les virus. Leur compréhension est en effet l'une des clés pour appréhender leurs dangers et trouver des outils de lutte pour s'en prémunir. Si créer un virus ex nihilo demeure aujourd'hui difficile, on observe davantage de travaux consistant à développer des hybrides ou des mutants, par le biais de modifications apportées à des virus déjà identifiés et connus.

La presse rapportait par exemple en 2018 que "pour mieux combattre le virus de la grippe aviaire, un groupe international de chercheurs a proposé [...] de créer une forme mutante en laboratoire" du H7N9. Notons aussi que la recréation de virus existants est au cœur d'autres travaux. Celui de la polio a ainsi mobilisé des équipes internationales dès les années 1980. Si "la polio est en voie d’éradication, [...] pourquoi reconstituer le virus en laboratoire ?", interrogeait TerraEco il y a quelques années. La raison est simple : "il faut qu’il y ait toujours un ou deux labos qui détiennent ces virus dans l’éventualité d’un retour de pandémie", expliquait un chercheur. En toile de fond, une même idée sous-tend l'essentiel des programmes diligentés : étendre le champ des connaissances sur les risques pandémiques et sur les mutations virales.

En France, face aux multiples théories conspirationnistes assurant que le Covid-19 était le fruit de manipulations humaines, l'Inserm a rappelé que "les coronavirus sont des virus difficiles à manipuler en laboratoire. D’abord, ils sont encore mal connus. Mais surtout, ils appartiennent à la catégorie des virus à ARN pour laquelle les techniques de manipulation génétique décrites plus haut ne sont pas aussi abouties, et sont plus contraignantes que pour les virus à ADN. Le SARS-CoV-2 présente donc en théorie un profil peu adapté à la manipulation génétique, en particulier à but vaccinal."

En résumé, la une du magazine Science et Avenir relayée sur les réseaux sociaux est donc tout à fait vraie, mais il n'y a aucun lien à effectuer avec l'épidémie actuelle. Il s'agissait à l'époque de relater les travaux menés par une équipe néerlandaise à partir d'une souche de H5N1. Toute théorie assimilant le Covid-19 a une création humaine et par ailleurs considérée aujourd'hui comme plus qu'improbable par les scientifiques. Un quasi-consensus s'observe pour établir que son origine est animale.

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