Vous vérifiez trois fois de suite avoir éteint la lumière ? Voici pourquoi

Vous vérifiez trois fois de suite avoir éteint la lumière ? Voici pourquoi
Santé

CHECK – Des chercheurs français pensent avoir découvert ce qui se passe dans le cerveau des personnes qui vérifient tout plusieurs fois. Mieux comprendre ces mécanismes cérébraux ouvre la voie à de nouveaux traitements pour soigner les troubles obsessionnels compulsifs (TOC).

Les escaliers à peine descendus, le doute s’installe. Avez-vous bien fermé la porte à clé ? Eteint la lumière de la salle de bain ? L’incertitude est trop pesante. Vous décidez donc de vérifier une dernière fois, quitte à vous mettre en retard. Ces situations, assez courantes, ont intrigué des chercheurs français. Que se passe-t-il dans notre cerveau ?

De précédentes études soupçonnaient fortement le cortex frontal d’être responsable de nos "checks" répétitifs. Mais les régions impliquées dans ce mécanisme demeuraient un mystère. Dans leurs travaux, publiés dans la revue Nature Communications, les scientifiques pensent avoir démasqué le responsable : le cortex cingulaire. 

Des macaques équipés d’électrodes

Pour arriver à ce constat, les chercheurs de l’Université Claude Bernard (Lyon 1) ont étudié le comportement de macaques qu’ils ont équipé d’électrodes.  Le protocole mis en place prévoyait deux options : le singe pouvait soit travailler à une tache de mémorisation visuelle, soit "checker" une jauge indiquant le temps d’attente avant d’obtenir une précieuse récompense : du jus d’orange. 

En parallèle,  "nous avons enregistré l’activité de 411 neurones dans deux régions du cortex frontal, connues pour leur implication dans la prise de décision : le cortex cingulaire moyen et le cortex préfrontal latéral", précise Emmanuel Procyk, un des co-auteurs de l’étude. 

Le cortex cingulaire s’active d’abord

Les chercheurs ont ainsi pu identifier le mécanisme cérébral en cause lors d’une vérification. Les neurones du cortex cingulaire moyen se sont activés avant ceux du cortex préfrontal latéral chez les singes qui checkaient régulièrement  la jauge. Des voies neuronales très différentes de "celles impliquées dans d’autres  types de décisions, par exemple lorsque les macaques décident d’appuyer sur un bouton pour répondre à une question du test de mémoire visuelle", explique un communiqué de l’INSERM. Mais encore plus surprenant, la méthode a permis à l’équipe de prédire le moment où le singe allait checker la jauge. A une seconde près seulement, mais tout de même. 

Comprendre pour soigner les TOC

L’intérêt d’une telle découverte ? Mieux comprendre les troubles obsessionnels compulsifs (TOC). Se ronger les ongles ou se tirer les cheveux serait aussi dû à un dérèglement de la mécanique cérébrale. Cette piste est d’ailleurs exploitée par des chercheurs américains qui tentent de traiter les TOC…en détruisant avec des électrodes certaines parties du cortex cingulaire. Mais le manque de connaissances sur les zones à cibler fait que ce traitement n’est efficace que chez 30 à 40% des patients. 

De leur côté, les chercheurs français préparent une nouvelle étude portant sur une vingtaine de volontaires. Si la piste des macaques se confirme, de nouveaux traitements capables de réguler l’activité du cortex cingulaire pourraient voir le jour. En espérant, que les scientifiques n’aient pas besoin de s’y reprendre à vingt fois.  

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