William Dab, ancien directeur général de la Santé : "4000 personnes pour repérer les cas contacts, ce n'est pas suffisant"

William Dab, ancien directeur général de la Santé : "4000 personnes pour repérer les cas contacts, ce n'est pas suffisant"
Santé

CONSTAT - Invité d'Elizabeth Martichoux ce mardi 12 mai 2020, l'épidémiologiste William Dab, ancien directeur général de la Santé (2003-2005), donne son point de vue sur la gestion de la lutte contre l’épidémie de Covid-19 en France.

Après quasi deux mois de huis-clos, la France a entamé la sortie du confinement. Transports, commerces, écoles, travail... le pays reprend son activité en tentant de limiter une potentielle reprise de l'épidémie. Restent le doute, les zones d'ombre, l'épée de Damoclès de la redoutée deuxième vague. 

"Environ 80% des cas sont infectés par des personnes qui sont soit pré-symptomatiques, ou symptomatiques. Pas forcément hospitalisées, dans la population" rappelle William Dab, ancien directeur général de la Santé (2003-2005), interrogé ce mardi 12 mai. "L'énorme enjeu consiste désormais à tester les cas de personnes contaminées, trouver leurs contacts. Si on ne trouve pas au moins 60% de ces contacts, nous perdrons le contrôle de l'épidémie à nouveau. Et ces contacts doivent être trouvés au plus tard dans les 48 heures : si nous faisons ça, nous diminuons le risque d'épidémie de 80%."

Selon le gouvernement, il faut appliquer cette stratégie ternaire : "protéger, tester, isoler". Le médecin épidémiologiste reconnait une "compréhension" mais pointe du doigt un "énorme défi", "le déficit de professionnels en santé publique dans notre pays" : "4000 personnes chargées de repérer les cas contacts, ce n'est pas suffisant" assure-t-il. "Prenez 1000 cas infectés en Ile-de-France, actuellement un chiffre moyen plutôt bas, ce sont dix contacts par jour, dix mille enquêtes par jour, les agents de la Sécurité sociale ne sont pas tous en Ile-de-France. Les médecins, qui sont à l'origine du signalement ne peuvent pas passer leur temps à faire des enquêtes, leur population a besoin d'être soignée. Ce dispositif de repérage des cas contacts n'est pas encore dimensionné à la hauteur qu'il devrait être".

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Les capacités hospitalières, indicateur majeur

La plus grande crainte reste le reconfinement en urgence de la population qui "doit être anticipé", a prévenu dans son rapport sur le déconfinement publié ce lundi, le haut-fonctionnaire Jean Castex, appelant à préserver la "réversibilité des mesures" en cas de résurgence de l’épidémie de coronavirus. Quid de cette possibilité ? "Un indicateur important, ce sont les capacités hospitalières" souligne William Dab. "Si nous avions des données en population générale sur la circulation du virus, ce serait aussi très important. Or, nous ne les avons pas". La raison avancée par l'épidémiologiste pour expliquer cette carence ce déficit de compétences épidémiologiques et donc du nombre d'épidémiologistes capables de faire ce travail ? "l'imprévoyance, un excès d'assurance nous ayant fait penser que nous étions à l'abri des épidémies" rétorque-t-il. 

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Autre question que tout le monde se pose face au déconfinement : le nombre de cas de personnes contaminées menace-t-il de remonter dans les prochains jours ? "Maintenant, c'est trop tard pour penser complètement évacuer ce virus de notre pays" reconnait William Dab. "Nous allons vivre de longs mois avec vraisemblablement des cas sporadiques qui pourront être soigné correctement jusqu'au vaccin et au traitement ; ce qui prendra beaucoup de temps." L'épidémiologiste cite en exemple la manière dont Wuhan, en Chine, a géré la lutte contre l'épidémie de Covid-19 : "Ils ont totalement évacué l'épidémie" assure-t-il. "Concernant leurs données de mortalité, j'ai des doutes mais le fait qu'il n'y ait plus d'épidémie, je n'en ai pas beaucoup."

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