Pourquoi la 5G n'est pas la bienvenue dans les aéroports

Vue du trafic autour d'une aérogare, à l'aéroport Paris-Charles De Gaulle

INTERFÉRENCES - De crainte que l'installation de la 5G ne vienne perturber les altimètres des avions, la DGAC a demandé de différer l'installation des nouveaux réseaux dans les aéroports, alors même que les opérateurs y commencent leur déploiement.

C'est une péripétie dont les opérateurs mobiles se seraient bien passés. Eux qui viennent de ferrailler pour l'attribution de leurs licences 5G, et qui n'imaginaient probablement pas - il y a un an encore - que des maires de villes moyennes et grandes ne s'opposent au déploiement du nouveau réseau, les voilà confrontés à une nouvelle polémique inattendue : et s'il était impossible de déployer la 5G dans les aéroports ?

Sur le papier, l'aéroport est un endroit stratégique pour un opérateur mobile. À la fois pour servir ses clients existants, dans un endroit où tout le monde a besoin de rester connecté, mais aussi parce que c'est l'un des rares endroits qui concentre tant d'appels en roaming, en itinérance, grâce aux voyageurs étrangers de passage chez nous, une itinérance qui rapporte énormément d'argent aux opérateurs. Stra-té-gique, vous dit-on.

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Or, depuis deux semaines environ, ce qui devait relever d'un déploiement attendu et prioritaire a été mis sur pause par la DGAC, le gendarme du transport aérien chez nous. En cause, un rapport technique américain publié début octobre par le RTCA, l'organisme qui depuis 1935 définit les standards de sécurité électrique et radioélectrique de tout ce qui vole, pour toute l'industrie aéronautique. En effet, selon le rapport du RTCA, les fréquences de la 5G pourraient, par le jeu d'interférences, venir brouiller certains capteurs des aéronefs, et pas des moindres : on parle ici des radioaltimètres, ces radars qui disent à l'avion - et à son pilote - la distance précise qui les sépare de la terre. Le genre d'informations que - même en tant que passager - on aimerait voir rester toujours disponible, et 100% fiable.

Le problème, c'est que ces radars opèrent sur une bande de fréquence qui leur est dédiée dans le monde entier, entre 4,2 et 4,4 gigahertz, une bande de fréquence dont la 5G se rapprocherait un peu trop selon le RTCA. Difficile de se prononcer sur le fond pour un non-spécialiste, devant 213 pages de calculs et de modélisations théoriques [Document PDF], un pensum très technique destiné à soulever la question de ces possibles interférences plutôt qu'à statuer sur le risque réel qu'elles se manifestent et les dangers qu'elles poseraient dans la pratique.

Un travail sérieux, fouillé, mais à prendre peut-être de manière un moins littérale que ne le fait la DGAC. D'abord parce que, dans les pays qui ont déjà déployé la 5G, aucun problème de cet ordre n'a jusque-là été rapporté. Surtout, le document aborde la question par un versant d'abord américain, quand il pose le problème des interférences de la 5G sur la bande 3,7 à 4 GHz, là où la 5G chez nous ne dépasse pas 3,8 GHz, à distance assez respectable donc des 4,2 - 4,2 GHz des radioaltimètres. 

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L'exécutif entre l'arbre et l'écorce

Même si la DGAC est dans son rôle en préférant prendre le temps de la prudence, on peut comprendre que les opérateurs dans les starting-blocks de leur lancement aient mal pris ce qui ressemblait à un revirement de dernière minute. Entre l'arbre et l'écorce, on trouve aussi l'exécutif qui se retrouve dans la situation peu confortable de voir un organisme public opposer son refus à des opérateurs qui sont en train de signer à l'État des chèques de quelques milliards d'euros en échange de leurs licences 5G, des licences qui sont de plus accompagnées d'obligations de couverture du territoire. La semaine dernière déjà, Cédric O, secrétaire d'État au numérique, se voulait rassurant. "Je ne doute pas que le problème se règle assez vite", déclarait-il, estimant que, "pour les 5% d'antennes concernées, le retard de déploiement pourrait être de quelques jours, quelques semaines."

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Et de fait, le dialogue semble avoir repris. Dans un document technique disponible sur son site, l'Agence nationale des fréquences (ANFR) offre des pistes techniques, et esquisse une synthèse des mesures de précautions en discussion entre la DGAC, les opérateurs, et l'ANFR elle-même. Si l'on s'éloigne d'un refus de principe de la 5G dans les aéroports, le document [PDF] recommande de limiter le nombre et la puissance des émetteurs à proximité directe des pistes, ainsi que sur leur trajectoire, pour protéger les avions au décollage et à l'atterrissage. Une "zone de précaution" qui débuterait à six kilomètres de la piste, et terminerait six kilomètres après, et une "zone de sécurité" autour de la piste proprement dite, sur ses deux kilomètres de longueur, et sur 1800 mètres de large. Des zones qui ne seront pas blanches de tout signal 5G, mais où leur puissance sera sévèrement limitée.

Reste que la question des interférences pourrait revenir dans l'actualité, mais à bord des avions cette fois-ci. Le même rapport du RTCA l'évoque, en essayant de modéliser les nuisances que pourraient causer aux capteurs de l'avion des smartphones laissés allumés pendant le vol, même bien loin des aéroports de départ ou d'arrivée. Là encore, de nouveaux tests sont à effectuer, pour lever tout doute.

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