Thomas Pesquet utilise-t-il une technique spéciale pour photographier depuis l'espace ?

Thomas Pesquet utilise du matériel Nikon pour réaliser ses clichés.

EN APESANTEUR - Si les internautes se régalent des clichés pris depuis l'ISS, ils se demandent aussi comment Thomas Pesquet s'y prend pour obtenir des clichés nets de la Terre. Ce n'est en effet pas si évident puisque la Station vole à presque 28.000 km/h.

Pas besoin d'être dans la Station spatiale internationale pour admirer les paysages incroyables de la Terre vus du ciel. Déjà très actif avec son appareil photo lors de sa première mission à bord de l'ISS, Thomas Pesquet continue actuellement à réaliser des clichés de notre planète. Il les publie sur les réseaux sociaux, mais aussi sur la plateforme FlickR, où se regroupent de nombreux passionnés de photo. 

Y sont archivées des dizaines d'images prises par l'astronaute, capturant des lieux sublimes aux quatre coins du globe. 

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Si le témoignage iconographique de ce passe-temps spatial fascine, il n'est pas sans poser des questions. Certains doutent en effet qu'il soit possible de réalisés des clichés d'une telle qualité à bord de la Station. "Comment fait-on pour faire de si belles photos à bord d'un engin qui a une vitesse au sol de 27600 km/h et à une distance de 400 km ?", demandait il y a quelques jours un internaute sur Facebook. Une interrogation légitime, à laquelle Thomas Pesquet a déjà apporté des éléments de réponse.

Une image capturée en une fraction de seconde

Avant toute chose, soulignons que c'est bien Thomas Pesquet lui-même qui prend les photos partagées sur ses réseaux sociaux. Aucun satellite ou dispositif robotisé n'est utilisé. Il n'est d'ailleurs pas le seul astronaute à partager des vues de l'ISS puisque la photographie fait partie des activités favorites des scientifiques qui se rendent dans l'espace lorsqu'ils disposent d'un peu de temps libre. Grâce aux images postées sur FlickR, on peut dénicher une foule d'informations sur les techniques employées ou sur le matériel utilisé.

Quand vous utilisez un appareil photo numérique, celui-ci conserve en mémoire une sorte de carte d'identité relative à chaque photo. Parmi ces données, dites "Exif", on retrouve notamment le modèle de l'appareil, celui de l'objectif, mais aussi le temps d'exposition ou la distance focale utilisée. Un œil averti peut, à la lecture de ces éléments, analyser les conditions dans lesquelles une image a été capturée. Si l'on se penche sur les données Exif des photos prises par Thomas Pesquet, on découvre qu'il utilise un appareil de marque Nikon, le D5 plus précisément. Un modèle généralement utilisé par les professionnels, mais que l'on retrouve dans le commerce, moyennant environ 5.000 euros.

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Ce matériel est identique à celui utilisé par ses comparses astronautes, qui ont renouvelé les appareils présents dans la station au fil des différentes missions. Outre le fait de profiter des dernières évolutions technologiques, l'objectif est aussi de remplacer un matériel assez fragile, qui se voir abîmé par les rayonnements cosmiques. Ajoutons que le Français, comme les autres membres de la station, dispose d'une multitude d'objectifs adaptables à ce modèle d'appareil. Il s'agit en effet de pouvoir proposer des clichés en grand angle, tout comme des plans beaucoup plus serrés, focalisés sur des détails du paysage.

Comment éviter que tout soit flou ? En pratique, ce n'est pas évident. Si, à une telle distance de la Terre, l'impression de vitesse est réduite, il n'en demeure par moins que la station se déplace à près de 28.000 km/h. Pour les photographes improvisés, il devient indispensable de parvenir à réduire ce que l'on nomme la vitesse d'exposition. En résumé, il s'agit de régler l'appareil pour qu'il ne capture de la lumière qu'un très bref instant. Réduire cette durée limite en effet le risque de flou, alors qu'une pose longue contribuerait inévitablement à réduire à néant tous les détails. Plus le zoom est important, plus Thomas Pesquet ajuste ses réglages : la durée d'exposition sur certains clichés est alors d'environ 1/1000 de seconde. Sur Terre, on retrouve d'ordinaire des données similaires pour les photos d'objets très rapides, tels que les formule 1.

Les contraintes de l'espace

S'adapter à la vitesse de rotation de la station et de la Terre n'est pas le seul élément à prendre en compte pour réaliser des photos depuis l'ISS. En effet, il s'agit aussi de se montrer très attentif, puisque les conditions météos peuvent rapidement gâcher les velléités de prises de vues. Les nuages sont ainsi les ennemis numéro un des astronautes photographes. Plutôt que de jeter un œil au hasard sur notre planète depuis l'espace afin de capturer quelques clichés, on s'aide d'outil technologique dans la Station. "On s’aide [...] d’un logiciel de navigation. Il connaît notre position et nous indique à quelle heure exacte il nous faut regarder par le hublot pour ne pas manquer notre cible", indiquait en 2017 Thomas Pesquet.

Afin d'éviter que le matériel ne se disperse dans toute l'ISS, des systèmes d'accroche spécifique ont été imaginés. On peut ainsi "scratcher" appareils et objectifs, sans risquer de les voir flotter dans l'air. L'apesanteur qui compliqué aussi la tâche lors de la prise de vue : si le poids du matériel n'est plus un problème, il faut parvenir à rester immobile pour ne pas risquer ce que l'on appelle un "flou de bougé". D'où le besoin de se tenir fermement pour les astronautes. 

Dernier élément à ne pas négliger, les contraintes de lumière, via les reflets sur les vitres de la station par exemple. Éteindre les lumières environnantes peut se révéler utile afin de limiter cette gène. Si les clichés finalement sélectionnés sont envoyés sur Terre afin d'être ensuite posés, il faut garder en tête que dans un tel environnement, la photographie demeure une activité délicate. Thomas Pesquet avoue volontiers "rater énormément d'images" et partager uniquement "les meilleures d'entre elles". Des clichés ratés bien moins embêtants qu'à l'époque des pellicules, où chaque déclenchement était compté et où il fallait patienter avant de découvrir le résultat final.

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