25 janvier 2004 - 13 février 2019 : ce que l'on retiendra de l'épopée d'Opportunity sur Mars

Sciences
RIP - Le robot-explorateur de la Nasa, arrivé sur Mars en 2004, a été déclaré "mort" ce mercredi 13 février par la Nasa. Une décision qui marque la fin officielle d'une des missions les plus fructueuses de l'histoire de l'exploration spatiale. Retour sur ses grands faits d'armes.

Les chances d’établir un contact avec le robot-explorateur de la Nasa, silencieux depuis maintenant huit mois, sont désormais nulles. Le responsable scientifique de la mission, Thomas Zurbuchen, a annoncé officiellement la mort de l'astromobile ce mercredi 13 février. "Je déclare la mission Opportunity terminée", a-t-il lancé lors d'une conférence de presse à Pasadena, en Californie. Au Jet Propulsion Laboratory (JPL), d'où sont pilotés les rovers martiens, l’heure était au recueillement depuis la veille au soir et l'ultime tentative avortée pour essayer de renouer contact avec Opportunity. "Beaucoup de mes collègues sont très émus", confie à LCI le Français Grégory Dubos, ingénieur système, qui travaille depuis 2004 au sein du Centre de recherches spatiales de la Nasa.  


L’équipe de la mission Mars Exploration Rover (MER) a même versé sa petite larme au moment de couper définitivement l’interface de communication avec son robot géologue, dont elle était sans nouvelles depuis 249 jours. "J’ai passé la soirée au JPL pour les tout derniers ordres envoyés au rover Opportunity sur Mars. C'était silencieux. On a pleuré. On s'est embrassés. On a partagé souvenirs et rires", raconte Tanya Harrison, directrice de recherche à l’Université d'Etat de l'Arizona. "Même si c'est une machine, c'est difficile de dire adieu, c'est poignant", a commenté le chef programme, John Callas.

Oppy téléphone maison...

Victimes d’une avarie, le 10 juin dernier, à la suite d’une gigantesque tempête de sable, les antennes réceptrices d’Oppy, pour ainsi dire ses "oreilles", ne répondaient plus aux messages radio envoyés par les grandes antennes du Deep Space Network, installé à Pasadena. L’été dernier, la Nasa avait commencé à faire écouter à son robot un morceau de musique chaque matin, dans l’espoir, toujours, de le ressusciter. Une playlist, pour le moins éclectique, avait même été créée sur la plateforme musicale Spotify.


C'est à travers ce rituel, pour le moins surprenant, que les ingénieurs étaient parvenus à réveiller Opportunity après de son arrivée sur le sol martien. Cette fois-ci, en revanche, Wake Me Up Before You Go-Go de Wham!, I Will Survive de Gloria Gaynor, Space Oddity de David Bowie, Rocket man d’Elton John, ni même The Trooper d’Iron Maiden ne sont pas parvenus à sortir le robot mélomane de sa torpeur. 

Le 20 septembre dernier, la caméra haute-résolution du satellite Mars Reconnaissance Orbiter avait réussi à localiser l’astromobile. Sur ce cliché pris à 267 kilomètres d’altitude, on aperçoit bien un petit point blanc au milieu d’un cratère de la vallée de la Persévérance. C’est dans ce sanctuaire martien qu’Oppy, qui fait la taille d'une voiturette de golf, a sombré dans un sommeil éternel, l’épilogue d’une aventure pleine de rebondissements et de découvertes scientifiques. Du haut de ses 1 m 5O, et grâce à ses caméras embarquées, Oppy a permis à l’humanité de contempler la planète Mars de ses propres yeux.

L'anecdote : un marathonien de l’espace

Il faut dire que le petit robot part avec les honneurs. Conçu initialement pour fonctionner 90 jours martiens (soit l’équivalent de 85 jours sur Terre) et parcourir 600 mètres, Opportunity a fait preuve d’une longévité et d'une résistance à toute épreuve. Il a dépassé très largement les espérances des scientifiques, pulvérisant tous les records, à commencer par son délai de garantie. Pendant près de quinze ans, le robot géologue de la Nasa a arpenté le sol martien, téléguidé depuis la Terre, à la recherche d’indices d’une vie passée. 


Propulsé à l’énergie solaire, il a parcouru bien plus de chemin que prévu depuis son arrivée, trois semaines après celle de Spirit, son frère jumeau, qui s’est éteint en 2010. Oppy a même  fait son entrée dans le Guinness des records, en achevant le premier marathon extraterrestre, le 14 avril 2015. "C'est la première fois qu'une machine humaine a dépassé la distance du marathon (ndlr : 42,195 km) à la surface d'un autre monde", avait déclaré John Callas, le responsable du programme Opportunity. 


En effet, au cours de son séjour sur la planète rouge, Oppy a parcouru vaillamment pas moins de 45,16 kilomètres. Une longévité à toute épreuve que petit le robot en doit en partie à l'ingéniosité des équipes de la Nasa. Pour l’anecdote : en 2011, l'un des moteurs équipant les roues d'Oppy était tombé en panne, l'empêchant ainsi de poursuivre sa route. Les ingénieurs ont finalement trouvé un moyen pour qu'il poursuive son aventure en le faisant rouler... en sens inverse. 

La découverte : "Il y a de l’eau sur Mars !"

Une quête qui l’a emmené des grandes plaines de Terra Meridiani aux flancs du cratère Endeavour. En 2013, le petit robot est resté embourbé dans une dune de sable. A quelque chose malheur est bon, puisque c’est là qu’avec ses instruments de géologie, il a permis de confirmer que de l'eau liquide avait un jour existé sur Mars. Il a en effet repéré à cet endroit un rocher baptisé "Esperance". Sa composition a démontré par la suite que de l’eau de PH neutre a coulé en ce lieu, alors que les résultats des analyses précédentes montraient des signes d’une eau très acide, ou très saline, donc peu propices à accueillir la vie. L'année suivante, Opportunity a réalisé la première découverte extra-terrestre d'une météorite (Heat Shield Rock), constituée de fer.

La photo : un dernier selfie après plus de 2170.000 clichés

Au cours de ses pérégrinations, Opportunity a également pris de nombreuses photos.  Il a ainsi envoyé sur Terre 217.594 images, qui sont toutes en accès libre sur Internet. De magnifiques panoramas et aussi des selfies. Le 17 février 2018, Opportunity avait célébré son 5000e jour martien (qui durent 39 minutes de plus que sur Terre) en réalisant un selfie unique en son genre. Sans le savoir, ce sera finalement son tout dernier. 

L’Agence spatiale américaine avait également partagé une vidéo de huit minutes retraçant l’épopée de son rover martien.

Pour le moment, seul un rover reste encore actif sur la planète rouge, également américain : Curiosity, qui a atterri en 2012. Lui n'est pas dépendant du Soleil car son énergie vient d'un petit réacteur nucléaire. En 2021, il sera rejoint, sur un autre site de la planète, par sa petite sœur récemment baptisé Rosalind Franklin, dans le cadre de la mission européano-russe ExoMars. Ici, sur la Terre, on ne l'oubliera jamais. Et si un rover martien se voit un jour attribuer un prix Nobel de cosmologie, Oppy serait un candidat idéal. "Rest in peace" !

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