5G et santé : ce que dit le rapport remis au gouvernement

La 5G est dix fois plus puissante que la 4G. Allons-nous être plus exposés ? Ses ondes sont-elles dangereuses pour notre santé, même à faible dose ? Que dit l'Anses sur cette technologie ?
Sciences

PAS DE PANIQUE - Dans un pavé de 190 pages, l'IGAS et l'IGF rappellent ce que l'on sait sur l'exposition aux ondes en général et sur la 5G en particulier, une technologie nouvelles dont les fréquences seront mises aux enchères en France à la fin de ce mois.

Prévue de longue date, la publication du rapport commun de l'Inspection Générale des Affaires Sociales et de l'Inspection (IGAS) Générale des Finances (IGF) tombe à pic, pour le moins, en plein débat - plus ou moins bien informé - sur la 5G. 

Depuis plusieurs semaines, des élus écologistes et de gauche questionnent le lancement du nouveau réseau mobile, jusqu'à demander un moratoire sur sa mise en service. Dans la liste des arguments du camp du "contre", la crainte d'effets néfastes sur la santé. Des craintes qui sont à peu près aussi vieilles que la téléphonie mobile, et auxquelles le rapport veut répondre,  en rappelant que la science disponible sur les effets des ondes radio-électriques est tout sauf une page blanche. Un rapport construit entre juillet et août, en entendant les autorités sanitaires des pays où la 5G a déjà été lancée, mais aussi des industriels, des scientifiques, les opérateurs télécom, et plusieurs organisations non-gouvernementales.

Nouvelle techno, mais fréquences connues

Si l'on devait résumer le rapport, il pourrait tenir en une phrase: "Les autorités sanitaires et de contrôle concluent (...) de manière concordante à une absence d’effets sanitaires spécifiques de la 5G en dessous des valeurs limites d’exposition." Et pour cause : d'un point de vue radio-électrique, la 5G ne change pas grand-chose à la donne sanitaire des réseaux mobiles tels qu'on les connaît aujourd'hui.

Dans leurs travaux, les auteurs du rapport font régulièrement référence à l'ICNIRP, la "Commission Internationale de Protection Contre les Rayonnements Non Ionisants", cette ONG basée en Allemagne qui depuis 47 ans (sic) étudie les effets sur la santé des radio-fréquences, et formule les normes sanitaires d'exposition à ne pas dépasser, normes suivies entre autres par l'OMS. À ces normes, la France et l'Union Européenne ont rajouté les leurs, par exemple pour ce qui est du rayonnement issu des smartphones et autres appareils connectés.

Et justement, si la 5G est la plus récente des normes, les fréquences sur lesquelles elle sera opérée sont déjà bien connues de l'ICNIRP, ce qui a permis à l'organisme de compiler depuis quelques mois déjà toute la science disponible sur le sujet (en anglais). Si la 5G arrivera d'abord sur la bande des 3,5GHz, dont les fréquences seront mises aux enchères en France à la fin de ce mois, elle n'en inaugurera pas l'utilisation. Avant la 5G, ces fréquences-là étaient déjà mises à profit depuis une quinzaine d'années pour alimenter des réseaux municipaux, comme la boucle locale radio ou le WiMax. Sans effets délétères constatés. 

Sept recommandations pour avancer

S'il constate l'absence de danger avéré, le rapport reconnaît aussi les débats existants depuis longtemps sur l'exposition de long terme, ou sur l'hypersensibilité électromagnétique, même en l'absence de lien de causalité. À ces questions récurrentes, le rapport veut apporter sinon des réponses, du moins des recommandations en terme d'information du public. Parmi les sept recommandations mises en avant, on trouve des efforts de communication sur le bon usage des terminaux, une communication plus cohérente sur les sites internet gouvernementaux, l'ouverture des documents de travail des agences de sécurité sanitaire, entre autres. 

Mais le rapport recommande également de donner à l'Anses plus de moyens pour mener ses propres recherches sur les ondes électromagnétiques, justement dans la perspective de l'ouverture de la bande des 26GHz (voir plus bas). Deux recommandations visent enfin à améliorer la mesure de l'exposition réelle, d'abord en effectuant des relevés avant et après l'installation de nouvelles antennes 5G, et même en étudiant l'idée de créer un appareil de mesure individuel, qui permettrait "d'identifier le niveau d'exposition global par individu."

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La question des "ondes millimétriques" remise à plus tard

Signe particulier des réseaux 5G : ils pourront à terme utiliser des bandes de fréquences très différentes. Au-delà du maillage existant et des antennes qui seront pour l'essentiel installées là où la 4G était déjà, la 5G porte en elle la solution à la couverture de zones limitées, mais très denses en population. Grandes gares, aéroports, stades et grands événements pourront se voir rajouter des antennes bien plus petites, capables de délivrer des données à plus haut débit, sur des fréquences dites "millimétriques", en l'occurrence sur la bande des 26 GHz, jusque-là inutilisée en téléphonie. 

Si le rapport aborde la question, c'est en constatant que "le recours ultérieur à la bande autour de 26 GHz amènera des effets nouveaux restant à documenter", du fait de sa nouveauté. Pour autant, là encore, ces fréquences-là ne sont pas des inconnues, et ce que l'on sait déjà des ondes millimétriques a de quoi rassurer : si elles promettent de très hauts débits, c'est sur une portée très courte, grâce à des ondes qui ont tous les maux à pénétrer dans les immeubles... et dans le corps humain, 99% des rayonnements étant absorbés par la peau. 

Pas de quoi, selon les auteurs du rapport, appeler à plus que de la vigilance sur les niveaux d'exposition, en prenant rendez-vous pour des évaluations plus spécifiques à ces nouvelles bandes de fréquences. À ce jour, la France fait, pour ainsi dire, partie du peloton de queue de la 5G, de ces pays qui n'ont pas débuté son lancement commercial. Comme l'explique le rapport, parmi les 22 pays étudiés"(...) seuls la Belgique, le Brésil, Singapour, Israël et l'Estonie n'ont pas encore atteint cette étape."

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 Si le sujet vous passionne, les 190 pages du rapport complet sont disponibles ici.

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