Astronaute, cosmonaute, spationaute, taïkonaute... : c'est quoi la différence ?

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La Lune avant Mars : la conquête spatiale redécolle

LEXIQUE - D'astronaute à cosmonaute, en passant par spationaute, on compte aujourd'hui pas moins de cinq appellations pour désigner une personne voyageant dans l'espace. Mais alors quelle différence ? Et surtout, d'où viennent ces termes ?

La conquête de l’espace n’est pas qu’une affaire de fusée. Elle se joue aussi dans les dictionnaires. Les langues ont toujours été des instruments de pouvoir, y compris pour les États. Et le mot "astronaute" n'échappe pas à la règle. L’écrivain américain Neil R. Jones, dans sa nouvelle The Death's Head Meteor (en français, "Le météore de la mort"), publiée en 1930 dans le magazine "Wonder Stories", est le premier à l'utiliser avec le sens qu'on lui connaît aujourd'hui.  Issu de la contraction des mots grecs ástron (étoile) et nautes (navigateur), ce n’est que près de trente ans plus tard, en 1958,  qu'il est utilisé pour la première fois par la Nasa. L'agence spatiale américaine, qui vient alors tout juste d'être fondée, s'en empare afin de désigner tout membre d'équipage à bord d'un véhicule spatial à destination de l'orbite terrestre ou au-delà.


De fait, Neil Armstrong, le premier marcheur lunaire de l’Histoire, était donc un astronaute. Pourtant, Youri Gagarine, le premier humain à voyager dans l'espace, était quant à lui un cosmonaute. Mais alors quelle différence ? En terme de définition, aucune ou presque, mais la course à la conquête spatiale a joué dans ces choix linguistiques. En effet, les noms que nous utilisons pour désigner ces aventuriers des temps modernes ne doivent rien au hasard. Car, plus qu’un mot, il s’agit d’un acte de puissance politique. "Même si le terme astronaute a tendance à englober la totalité des voyageurs de l'espace, chaque nom renvoie à la nationalité du lanceur spatial", explique à LCI l'astronaute français Philippe Perrin, qui a séjourné en 2002 à bord de la Station spatiale internationale (ISS), mais dans le cadre d'une mission de l'Agence spatiale américaine.

A chacun son appellation

Le terme cosmonaute désigne ainsi tout membre d’équipage d’un véhicule spatial russe (ou de l'ex-Union soviétique). Ce mot, traduit du russe "kosmonavt", trouve ses racines dans le grec de kosmos (univers) et nautes (navigateur). Dans les archives de la Radiodiffusion-télévision française (RTF), il est utilisé dès 1961, à l’occasion du premier vol spatial de Youri Gagarine : "Aujourd'hui 12 avril 1961 en Union soviétique, le premier vaisseau spoutnik cosmique au monde, Vostok, ayant à son bord un homme, a été placé sur son orbite autour de la Terre. Le pilote cosmonaute du vaisseau Spoutnik cosmique Vostok est un citoyen de l'Union des républiques socialistes soviétiques, le pilote commandant Youri Gagarine", écrivait alors Moscou dans son communiqué.


A l'issue de la Guerre froide, les Américains ayant finalement remporté la course à l'espace avec le programme Apollo, le mot astronaute est devenu le terme le plus couramment utilisé de manière générale. Pour autant, certains pays n'ont pas résisté à la tentation de se doter de leur propre dénomination, au rang desquels la France, avec le terme spationaute, mot hybride issu du latin spatium (espace) et du grec nautes (navigateur) que l'on doit au Centre national d'études spatiales. Il a été employé par l'Agence spatiale européenne (ESA) dès sa création en 1975.

Plus récemment arrivés dans la course à l'espace, certains pays d'Asie se sont à leur tour dotés de leurs propres termes. On utilise ainsi la dénomination taïkonaute - du mot chinois tàikōngrén, "tàikōng" désignant l'espace et "rén" l'homme - pour désigner les voyageurs envoyés avec des lanceurs chinois ou encore le terme vyomanaute - du sanskrit "vyoman" (ciel) et du grec nautes -, pour désigner un astronaute indien... même si l’Inde n’a pas encore envoyé d'humain tout là-haut. En attendant les "nipponautes" pour le Japon ? 


De son côté, le Français Thomas Pesquet retournera, probablement en 2021, dans la Station spatiale à bord d'une fusée américaine. Une fois dans l'ISS, il sera donc désigné comme un astronaute... et non pas comme un spationaute !

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