Barbara Belvisi, la "Frenchy" qui veut nous faire vivre sous cloche dans l'espace

Barbara Belvisi, la "Frenchy" qui veut nous faire vivre sous cloche dans l'espace
Sciences

PORTRAIT - Biberonnée à la finance, cette jeune entrepreneuse de 34 ans a fondé Interstellar Lab, une startup qui travaille à la conception d'un habitat futuriste. Demain sur la Terre, et après-demain sur la Lune et Mars ?

Les pieds sur Terre, mais le regard résolument tourné vers le futur. 34 ans et l’allure d’une icône de "SF", Barbara Belvisi rêve de tourisme spatial, de latitudes ultimes et de mondes exotiques, d'eldorados fabriqués de toutes pièces au-delà des frontières terrestres. A la tête d'Interstellar Lab, cette serial entrepreneuse, férue de technologie et d'espace, travaille depuis un an à la conception d’un village sous cloche. Un habitat bio-régénératif, c'est-à-dire autonome en énergie comme en nourriture, qui s'appellera "Ebios" (pour "Experimental BIOregenerative Station"). En théorie, il sera implanté dans le désert de Mojave, en Californie, à l’horizon 2021. La première brique d'un projet beaucoup plus ambitieux, piloté d'une main de maître par Barbara Belvisi.

Le mois dernier, cette Frenchy biberonnée à la finance et exilée sur la côte Ouest des Etats-Unis a profité d'un séjour dans la capitale pour convier des investisseurs et quelques médias, dont LCI, dans un hôtel chic du 1er arrondissement. Après quelques mois d'existence discrète, Interstellar Lab, dont l'antenne parisienne est hébergée sur le campus Station F, a dévoilé les contours de son habitat futuriste. En ligne de mire : la révolution "New Space". Depuis quelques années en effet, le secteur privé s’est peu à peu approprié l’espace. Les budgets en baisse constante d’institutions comme la Nasa ont offert une fenêtre d’opportunité que certaines sociétés et grosses fortunes se sont empressées de saisir : d'Elon Musk (SpaceX) au patron d'Amazon Jeff Bezos (Blue Origin), en passant par le milliardaire Richard Branson (Virgin Galactic), pour ne citer qu'eux.

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Dans le monde du spatial, il y a un avant et un après SpaceX- Barbara Belvisi, fondatrice et CEO d'Interstellar Lab

Baraba Belvisi y croit dur comme fer : l'humanité va devenir une espèce interplanétaire au cours de ce siècle. "Dans le monde du spatial, il y a un avant et un après SpaceX", soutient-elle, citant en exemple l’incroyable retour sur Terre des deux boosters latéraux de la fusée Falcon Heavy. Cette démonstration de force d'Elon Musk, en février 2018, a été un déclic, raconte la jeune entrepreneuse. "En s'appuyant sur cette technologie, envoyer une fusée dans l’espace va coûter beaucoup moins cher à l’avenir", prédit-elle. Avec "Ebios", Barbara Belvisi entend participer à la révolution menée de front par les "Gafa du spatial". Même si en dépit des belles promesses de certains d'entre eux, la colonisation de l’espace reste un rêve lointain. 

Avant d’envisager des stations sur la Lune ou Mars, Interstellar Lab a pour ambition d'en implanter dix sur la Terre. "La deuxième pourrait voir le jour en Floride et la troisième en Europe", précise sa fondatrice. L’entreprise entend s’y prendre progressivement pour parvenir à développer une architecture complètement fermée. La première station californienne devrait donc encore dépendre de l’extérieur dans une certaine mesure, notamment pour l’air. Après avoir développé un système de traitement et de purification des eaux usées grâce aux plantes, Interstellar Lab souhaite se concentrer sur l’utilisation des technologies d’impression 3D pour construire ses bâtiments. "La première année va servir de test. La station sera totalement opérationnelle en 2022", estime-t-elle.

Si les choses ne se passent pas comme on l’espère sur Terre, notamment en raison du climat, nous aurons des solutions à proposer.- Barbara Belvisi.

Audacieuse et surtout déterminée, Barbara Belvisi s'est rendue outre-Atlantique pour jouer les VRP. "En France, c'est très compliqué de trouver des personnes qui croient dans ce type de projet, explique-t-elle. Aux Etats-Unis, j'ai rencontré Elon Musk à deux reprises, mais aussi Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, ou encore Freeman Dyson, un des très grands physiciens du XXe siècle. Suite à ces rencontres, j’ai pu entrer en contact avec des gens de la Nasa". Parmi eux, Greg Autry, membre du board d'Interstellar Lab et ancien représentant de la Nasa à la Maison Blanche, qui était présent à ses côtés lors de la présentation à Paris.

Aujourd’hui, la start-up compte une équipe internationale de sept personnes. Elle souhaite recruter dix autres salariés pour s'enrichir de profils d’ingénieurs mécaniques, de designers produits et d’ingénieurs en agronomie. "Des chercheurs de tous horizons, de Berkeley, du MIT et de l'Institut de physique du globe de Paris ont exprimé un intérêt pour participer à ce projet. Ils pourront venir à Ebios pour y mener des recherches", assure Babarba Belvisi. La startup espère, par ailleurs, revendre les technologies qu'elle développe. "Si les choses ne se passent pas comme on l’espère sur Terre, notamment en raison du climat, nous aurons des solutions à proposer", assure la jeune entrepreneuse.

La startup franco-américaine a déjà mené une première levée de fonds auprès de business angels. Présent dans l'assemblée, le père des robots Nao et Pepper, Bruno Maisonnier - fondateur d’Aldebaran, désormais SoftBank Robotics Europe -, ne tarit pas d'éloges. "Barbara transforme en or tout ce qu'elle touche", affirme-t-il. Sortie diplômée de l'EM Lyon en 2008, elle a su, au gré de ses pérégrinations professionnelles dans le monde feutré et très masculin de la finance et du capital-risque, se faire un nom. Cofondatrice en 2014 du Hardware Club, un fonds hybride, à mi-chemin entre la société d'investissement et la pouponnière à startups, Babara Belvisi a levé des dizaines de millions d'euros et fait émerger quelques pépites. En deux ans, plus de 350 jeunes pousses, dont l'Américain Hyperloop, qui travaille sur un train à grande vitesse, avaient rejoint les rangs de son incubateur. 

Intestellar Lab a semble-t-il déjà trouvé son business plan. "En clair, c'est un centre de vacances, mais avec une dimension scientifique. Les visiteurs pourront passer une semaine chez nous et choisir leur mission : formation d'astronaute, agriculture interplanétaire, etc.", précise-t-elle. Pour séjourner à Ebios, il faudra débourser entre 3000 et 5000 dollars pour une semaine. "Le prix d'un stage de yoga de luxe", plaide-t-elle. Dans sa vidéo de présentation, Intestellar Lab décrit une station de 70.000 mètres carrés capable d’accueillir jusqu'à 105 personnes. Autonome en énergie et en nourriture, Ebios sera alimenté à partir de sources vertes, via des technologies issues du spatial. "L’idée est de se poser la question : comment arriver à construire sur un terrain, sans eau courante ni électricité et où il n’y a pas de nourriture ?", résume l’entrepreneuse. En 2021 sur Terre, et après demain sur la Lune et Mars ?  L'avenir le dira...

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