C'est scientifiquement prouvé : le taux de suicide augmente avec la chaleur

C'est scientifiquement prouvé : le taux de suicide augmente avec la chaleur

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CAUSE À EFFET - Alors que les degrés s'affolent sur le thermomètre, une étude américaine vient nous donner une raison supplémentaire de lutter contre le réchauffement climatique. Les taux de suicides augmenteraient en effet lors des périodes de fortes chaleurs. Explications.

Les jours exceptionnellement chauds ont des effets considérables sur la santé mentale et la physiologie humaine. C’est une affirmation que chacun pourrait confirmer après avoir passé deux heures bloqué dans les embouteillages sans climatisation, ou dans un métro bondé (Non, Paris n’est pas encore vide). 


Mais nous parlons ici de corrélations scientifiques attestant enfin que la canicule, c’est la mort -et notamment la mort par suicide. En effet, depuis presque deux siècles, des chercheurs ont remarqué que le taux de suicide sur un lieu donné était étonnement lié aux caractéristiques de son climat et à l'évolution des saisons. Et contrairement à la croyance populaire, ce ne sont pas les mois d'automne, souvent perçus comme les plus déprimants, qui provoquent le plus de suicides.

"Coïncidence ? Je ne crois pas"

Dès la fin des années 1800, le docteur italien Enrico Morselli notait ainsi que les taux de suicide atteignaient leur sommet en été, et ce dans 17 pays européens. A la suite de ses recherches, il estimait l'effet "trop grand pour être attribué au hasard de la volonté humaine". Autrement dit : "Coïncidence ? Je ne crois pas". Dans les années 1900, le sociologue français Emile Durkheim établissait le même constat. Ces dernières décennies, plusieurs équipes de scientifiques ont mis en place de réelles études pour tenter de chiffrer le phénomène. 


Nous voilà en 2018, et les scientifiques ont de nouveau identifié un lien entre climat et suicide : les jours exceptionnellement chauds augmenteraient le nombre de gens se donnant volontairement la mort. Ce sont en tout cas les conclusions d’une étude américaine, menée par une équipe de chercheurs de l’université de Stanford et publiée fin juillet dans le magazine Nature. Pour arriver à ces résultats, ils ont analysé les taux de suicide mensuels aux Etats-Unis entre 1968 et 2004 et au Mexique entre 1990 et 2010. Ils les ont ensuite comparés aux données de températures et de précipitations de plusieurs régions, à partir d’un outil de cartographie climatique.


D’après leurs résultats, quand un mois a connu des températures moyennes d’un degré plus chaud que la normale, alors son taux de suicide augmentait de 0,7% aux États-Unis et de 2,1% au Mexique. Plus inquiétant encore, les auteurs de l’étude projettent que les taux de suicide ne vont faire que croître, dans un monde qui se réchauffe constamment. Les auteurs prévoient ainsi qu'environ 14.000 personnes - et jusqu'à 26.000 - pourraient se suicider aux États-Unis d'ici 2050, si l'humanité ne réduit pas ses émissions de gaz à effet de serre.

Quel que soit le niveau social, le sexe ou l'âge

 Et malheureusement pour nous, l’étude estime également que les humains ne peuvent pas faire grand-chose pour contrebalancer ce lien suicide-climat. A part peut-être améliorer la prise en charge médicale des dépressifs et augmenter la prévention. Les façons habituelles de s'adapter aux températures élevées - en installant des climatiseurs, par exemple - ne semblent en effet pas influer sur le taux de suicide. 


Evidemment, ce ne sont que des supputations à prendre avec précaution. Marshall Burke, principal auteur de l’étude, explique d’ailleurs que les résultats de l'étude ne suggèrent en aucune façon que la température soit le seul - ou le plus important - facteur associé au suicide. Il déclare même que ce serait "clairement la bêtise" d'affirmer que le changement climatique est "la cause la plus importante du suicide". Néanmoins, il ajoute : "Nous trouvons une relation très cohérente entre les augmentations de température et l'augmentation du risque de suicide". 


Et ce d’autant plus que les chercheurs ont pris en compte énormément de données pour être les plus précis possible. Les variations saisonnières, le niveau de vie, l’accès légal à une arme ou encore les décès de stars qui pourraient augmenter le nombre de suicides à une période donnée, ont été ajoutés aux facteurs potentiellement influents. Mais les résultats sont sans appel : le nombre de suicides augmente lors des périodes les plus chaudes de l’année, quel que soit le niveau de richesse, le sexe, la zone géographique et la température habituelle du lieu étudié.

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Les chiffres du suicide en France

Aussi longtemps que les chercheurs ne comprendront pas mieux ce mécanisme, il n'y a qu'une seule chose à faire pour atténuer cette potentielle augmentation future du taux de suicide : empêcher la hausse des température sur la planète. "Si nous réduisons l'augmentation de la température à venir, peu importe où vous êtes, aux États-Unis ou au Mexique", annonce Marshall Burke, "vous allez bénéficier de cette réduction". 

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