Cancers, anémies... : comment le Nobel de médecine 2019 pourrait aider à mieux traiter ces maladies

Sciences

INTERVIEW – Le Nobel de médecine 2019 a été attribué ce lundi à trois chercheurs pour leurs découvertes sur l’oxygénation des cellules. Pour en savoir plus sur d'éventuelles applications concrètes, LCI a contacté Carole Peyssonnaux, directeur de recherche à l'Institut Cochin à Paris.

Ouvrant la nouvelle saison des Nobel, le prix pour la catégorie physiologie ou médecine a été remis ce lundi à deux Américains et un Britannique dont les travaux sur l’oxygénation des cellules ouvrent des perspectives dans le traitement de nombreuses pathologies. William Kaelin travaille au Howard Hughes Medical Institute aux Etats-Unis, Gregg Semenza dirige le programme de recherche vasculaire au John Hopkins Institute de recherche sur l'ingénierie cellulaire. Quant à Sir Peter  Ratcliffe, il est le directeur de la recherche clinique au Francis Crick Institute de London et du Target Discovery Institute d'Oxford.

Déjà par le passé, leurs découvertes leur avaient valu une ribambelle de récompenses, parmi lesquelles le prix de la Fondation Lefoulon-Delalande (2012), qui est décerné sous l'égide de l'Institut de France, le prix Wiley (2014), le prix Albert-Lasker (2016) ou encore le prix Massry (2018). "Ce domaine de recherches représente une source d'espoir pour améliorer le ciblage thérapeutique dans le traitement de certains cancers", se réjouit Iris Pauporté, déléguée à la recherche pour la Ligue nationale contre le cancer.

Pour en savoir plus sur leurs découvertes, LCI a contacté Carole Peyssonnaux, directrice de recherche à l'Institut Cochin à Paris. (CNRS/Université Paris Descartes/Inserm).

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LCI : Qu’ont découvert ces trois scientifiques ?

Carole Peyssonnaux : Leurs travaux portent plus précisément sur une diminution des taux d’oxygène dans le sang. En médecine, ce mécanisme porte un nom : l’hypoxie. Comme nous le savons tous, l’oxygène est vital pour les cellules de notre organisme. Dans certaines conditions, quand son niveau baisse significativement, comme en haute altitude par exemple, l'organisme doit s’adapter très rapidement. Dans cette optique, il se met à fabriquer une hormone appelée l'érythropoïétine, plus connue sous le nom de l'EPO.

Bien connue des cyclistes, cette hormone permet à l'organisme de créer davantage de globules rouges. Depuis sa découverte dans les années 1980, les scientifiques ont essayé de savoir comment les cellules étaient en mesure de sentir qu'elles n'avaient pas suffisamment d'oxygène pour que l'organisme produise cette fameuse EPO. Les travaux de ces trois scientifiques ont permis d'identifier les mécanismes de base qui en sont à l'origine. Or, nous savons aujourd'hui que plus de 300 gènes sont régulés par l’oxygénation des cellules. 

Plus concrètement, quelles sont les applications possibles ?

Carole Peyssonnaux : L'oxygène est vital, encore une fois, et il est impliqué dans de nombreuses pathologies. Nous savons que l'hypoxie joue un rôle central dans les tumeurs, dont la croissance dépend de l’apport en oxygène dans le sang, notamment dans certains cancers à progression rapide. En révélant les facteurs de base qui permettent à l'organisme de produire de l'EPO, les travaux des vainqueurs ont ouvert de nouvelles perspectives pour traiter l’anémie rénale, les maladies cardiovasculaires ou encore certains cancers.

Des médicaments développés à partir de leurs découvertes ont-ils vu le jour ?

Carole Peyssonnaux : Pour le moment, aucun médicament, à ma connaissance, n'a été développé à partir de leurs travaux. Mais un certain nombre d'essais cliniques sont déjà en cours. Cela va prendre encore un peu de temps avant que des traitements soient proposés aux patients. Difficile de dire quand ils verront le jour précisément. Mais ils nourrissent déjà de grands espoirs afin de mieux soigner ces pathologies.E tant donné le rôle central de ce mécanisme de détection de l’oxygène dans l'organisme, il faut néanmoins s'assurer que le cibler ne présentent aucun risque.

Rappelons que l'an dernier, l'Américain James Allison et le Japonais Tasuku Honjo avaient été récompensés pour leurs recherches sur l'immunothérapie qui se sont révélées particulièrement efficaces dans le traitement de cancers virulents. 

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