Canicule : quelles conséquences sur notre espérance de vie ?

Sciences
PRÉDICTION - Quelques semaines après le premier épisode caniculaire, une nouvelle vague de chaleur historique touche le pays. Selon des experts, ce phénomène est destiné à devenir notre quotidien estival. L'être humain est-il prêt à supporter aussi fréquemment ces températures ? Notre espérance de vie peut-elle être impactée ?

Une période caniculaire n’est jamais agréable à vivre. Si les sensations de déshydratation et de fatigue disparaissent avec le retour de la fraîcheur, ces températures extrêmes prolongées laissent-elles des séquelles ? Si les faits sont avérés pour les personnes fragilisées, il n'existe à ce jour aucune étude qui permet de donner une estimation pour un sujet en bonne santé. Mais selon plusieurs experts contactés par LCI, la question se pose.

Le coeur : premier organe en danger

Lorsqu'un être humain est exposé à des températures extrêmes, sa température corporelle se régule grâce au cœur. "Il bat plus vite, il pompe pour apporter le sang nécessaire à tous les organes qui sont dans le besoin", explique Daniel Gagnan chercheur en cardiologie au Centre EPIC  de l'Institution de cardiologie de Montréal. Mais une fois que l'individu en bonne santé revient dans une atmosphère plus fraîche, le cœur retrouve un rythme cardiaque normal.


"Le problème c'est quand la canicule dure, explique le chercheur. Les canicules les plus destructrices ont été les plus longues et surtout celles où la température ne baissait presque pas la nuit". Il donne pour illustration une expérience menée sur plusieurs individus exposés de manière répétée à la canicule alors qu'ils travaillaient. "Les résultats suggèrent que le stress, le rythme cardiaque, est plus élevé lors de la deuxième exposition", explique Daniel Gagnan. Cette étude peut donc suggérer que l'exposition répétée aux fortes chaleurs a bien un impact sur notre état de santé et "hypothétiquement" sur notre espérance de vie.

"L'expérience de 2003 montre que ce ne sont pas des gens malades et faibles qui décèdent"Rémy Slama, directeur de recherche en épidémiologie environnementale à l'Inserm

Selon Rémy Slama, directeur de recherche en épidémiologie environnementale à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), la chaleur aurait sur nous des effets biologiques directs qui concernent le système cardiaque mais aussi les systèmes respiratoire, endocrinien, immunitaire et nerveux. 

"Des effets des facteurs météorologiques sur les issues de grossesses sont aussi plausibles. On sait notamment qu’une pression atmosphériques faible est un facteur de risque de petit poids de naissance", précise l’expert. Selon lui, "l'expérience de 2003 montre que ce ne sont pas des gens malades et faibles qui décèdent". L'épisode caniculaire inédit avait fait 70 000 morts en Europe. 

Des effets positifs ?

Une étude Finlandaise datant de 2015 met en évidence des effets positifs de l'exposition à la chaleur. Des individus masculins adultes ont pris des bains saunas, la température atmosphérique était de 80 degrés, pendant 19 minutes plusieurs fois par semaine sur une période de quatre ans. Il en ressort que les risques de mortalité toutes causes confondues ont été réduits suite à cette expérience. "Cependant il faut noter que l'exposition se faisait sur un période très réduite et que les personnes restaient immobiles, ce qui n'est pas le cas lors d'une vague de canicule", précise Daniel Gagnan.

Est-il possible de s'adapter ?

A force de subir des vagues de chaleur intenses, l'être humain peut-il finir par s'habituer et à s'immuniser ? Une étude révèle que depuis le gros épisode de chaleur de 2003, il y aurait une tendance de la population française à mieux supporter les vagues de chaleur.


Le chercheur Rémy Slama tempère ces révélations : "Une adaptation physiologique de l’homme peut se faire mais sur du très long terme, contrairement à la société qui peut s’adapter plus vite". Il précise dans un article publié sur The Conversation que nous avons simplement mieux appris à nous protéger des vagues de chaleurs. Cette capacité à s'adapter ne "signifie pas que les sociétés sont ou seront capables de compenser intégralement les effets du changement climatique passant par une augmentation de la fréquence des canicules ; surtout, il est très probable qu’elles ne le pourront pas toutes ".

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter