Canicule : notre corps arrivera-t-il un jour à supporter les très fortes chaleurs ?

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ÉVOLUTION - Chaque été depuis quelques années, les pics de températures grimpent de plus en plus haut. Et les Français ont du mal à le supporter. Selon un chercheur CNRS à l'Institut Pasteur pourtant, il va falloir prendre son mal en patience plutôt que de compter sur une prochaine adaptation génétique de notre population à la chaleur.

35, 36, 37 degrés… Les jours passent et se ressemblent. Du moins du côté des températures. Tandis que les journaux télévisés font inlassablement leur Une sur la canicule, les Français se morfondent sous une chaleur écrasante. Brumisateurs, boissons fraîches, éventails… Tous les moyens sont bons pour tenter de contrer les gouttes de sueur qui dégoulinent dans le creux du dos. Mais ce calvaire va-t-il durer ? Allons-nous un jour, à défaut de voir la température de notre planète baisser, durablement nous habituer à supporter de fortes chaleurs ? Nous avons posé la question à Etienne Patin, chercheur CNRS en génétique des populations à l'Institut Pasteur.

Des observations pour l'instant sans réponse

Pour le spécialiste, la réponse à la question n'est pas si évidente. "Nous n'avons pas la possibilité de faire de prédiction en génétique pour le moment et ça ne sera probablement jamais le cas car notre évolution suit un processus hasardeux. C'est comme le climat, on a assez de mal à savoir ce qu'il va se passer dans les générations futures", explique-t-il. Et si la solution aurait été de se baser sur le passé pour tirer des conclusions sur le futur, c'est encore raté car l'adaptation à la chaleur est très peu étudiée en génétique. "La plupart de la recherche qui est faite se concentre sur les maladies plutôt que sur l'adaptation des populations", indique Etienne Patin.


La science est consciente que certaines populations supportent mieux la chaleur que d'autres, mais sans savoir exactement pourquoi. "Si on compare des individus qui vivent depuis longtemps dans un milieu très chaud à des individus d'origine européenne qui sont là depuis deux ou trois générations, on voit que les populations d'origine européenne transpirent beaucoup plus et souffrent plus de la chaleur. Mais on ne sait pas si c'est culturel, si c'est l'organisme qui s'est adapté au cours de la vie de l'individu, ou si ce sont des mutations transmises par les parents qui sont issues d'adaptations génétiques à long terme à cet environnement-là." 

Quand on parle d'adaptation génétique, il faut compter 20 à 30 générationsEtienne Patin, chercheur CNRS en génétique des populations à l'Institut Pasteur

Des recherches menées par l’équipe "Epigénétique et environnement" de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) prouvent cependant une certaine adaptation, chez les Français, aux récents changements de températures. Ainsi, les chercheurs ont analysé en 2015 le lien entre la mortalité des personnes âgées et la température quotidienne en France sur 42 ans. Sur trois périodes données entre 1968 et 2009 (1968- 1981, 1982- 1995 et 1996-2009), ils ont calculé la température moyenne relevée en France ainsi que la température moyenne à laquelle on dénombrait le moins de décès.


Résultat : plus la température moyenne augmentait, plus la température de mortalité minimale augmentait. Par exemple, avec une température moyenne de 17,6 degrés entre 1968 et 1981, le taux le plus faible de décès survenait avec une température moyenne de 17,5 degrés alors qu’entre 1996 et 2009, où la température moyenne était de 19,2 degrés, le taux de mortalité le plus faible survenait à 18,2 degrés de moyenne. Alain-Jacques Valleron, l'un des auteurs de l'étude, suppose que ces mécanismes "sont probablement plus liés à l’amélioration de l’isolement des maisons, de la climatisation et des messages préventifs émis pendant les vagues de chaleurs qu’à une adaptation physiologique". Un avis partagé par Etienne Patin.  "Sur cette échelle de temps-là, c'est probablement la prévention qui a réduit le taux de mortalité. Parce que quand on parle d'adaptation génétique, il faut compter 20 à 30 générations, voire plus pour commencer à voir un effet."

Le chercheur en génétique des populations en est cependant presque certain, "il n'y a aucune raison, théoriquement, qu'on ne s'adapte pas à la forte chaleur" puisque d'autres populations l'ont fait. Il va seulement falloir être patient...

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