Cela s'est passé à 900 km au-dessus de nos têtes : un drame évité de justesse entre deux vieux satellites

Le télescope spatial IRAS était un projet commun de la Nasa, du Royaume-Uni et des Pays-Bas et a vécu 10 mois.
Sciences

ESPACE - Un télescope spatial et un satellite expérimental américain, tous deux hors service, sont passés à quelques dizaines de mètres de distance l'un de l'autre. L'impact entre les deux engins aurait pu avoir de graves conséquences, notamment en terme de débris spatiaux.

On a certainement frôlé le pire. Dans la nuit de mercredi à jeudi, un vieux télescope spatial lancé en 1983, pesant près d’une tonne, a croisé la route d’un satellite expérimental américain datant de 1967, à quelques dizaines de mètres seulement. La collision entre les deux engins spatiaux, hors services et donc incapables d’engager une manœuvre d’évitement, a été évitée de justesse, par chance. En cas de télescopage, des milliers de débris spatiaux se seraient disséminés en orbite terrestre.

Chaque satellite volait dans des orbites opposées et ils risquaient de se percuter frontalement, avec une vitesse relative de près de 15 kilomètres par seconde. Au sol, les opérateurs, totalement démunis, n’ont eu d’autre choix que d’attendre. Mais à l'heure dite, mercredi 29 janvier à 22h39 (heure de Paris), à 900 kilomètres d'altitude au-dessus de la ville de Pittsburgh aux Etats-Unis, aucun flash de lumière n'a été observé par les astronomes. 

1.000 fragments de plus de dix centimètres en cas de collision

Le commandement spatial américain a confirmé de son côté que les deux engins "s'étaient croisés sans incident". Un ingénieur du Centre d'astrophysique Harvard-Smithsonian, Jan Kansky, a publié sur Twitter une vidéo filmée à l'aide d'un télescope depuis la Terre et montrant le télescope spatial IRAS (pour Infrared Astronomical Satellite) passant sans dommage le point d'impact prévu avec le satellite GGSE-4. "A priori, il semble qu'IRAS ait survécu", a tweeté son collègue l'astronome Jonathan McDowell, qui était monté sur le toit de l'observatoire du Centre.

S'ils s'étaient percutés, le choc aurait pu créer un millier de débris de plus de 10 centimètres et environ 12.000 fragments de plus d'un centimètre, a indiqué à l'AFP l'astrophysicien Dan Oltrogge, qui dirige le Center for Space Standards and Innovation (AGI). La probabilité d'une collision avait été évaluée à 5% par les spécialistes de l'Agence spatiale française (Cnes). LeoLabs, une société qui utilise des radars pour suivre les satellites et les débris spatiaux, l'estimait entre 1 et 5%, ce qui est considéré comme très dangereux dans ce domaine.

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Embouteillage à 900 kilomètres d'altitude

Ces collisions entre des satellites que plus personne ne contrôle plus sont rares mais dangereuses car elles peuvent créer des milliers de fragments qui risquent de détruire ou d'endommager des satellites actifs. En 2009, quand le satellite de communication Iridium 33 (toujours actif) et le satellite militaire russe (hors service) Cosmos 2251 se sont heurtés, un millier de fragments de plus de 10 centimètres avaient été propulsés, polluant les orbites pour des décennies et des décennies.

L'altitude de 900 kilomètres est particulièrement fréquentée par les satellites. Et les opérateurs doivent constamment calculer le risque de collision avec les plus de 26.000 objets catalogués en orbite terrestre, et régulièrement dévier leur trajectoire, ce qui n'est plus possible quand un satellite est mort. En septembre dernier, une collision entre un satellite de SpaceX et un autre de l'Agence spatiale européenne (Esa) avait ainsi été évitée de peu. Les opérateurs de l'Esa avaient dû procéder à une manœuvre d’évitement en rehaussant l’altitude de leur satellite pour le protéger.

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Comment se débarrasser des débris spatiaux ?

"Avec l'augmentation du nombre de satellites en orbite, notamment due aux méga-constellations comprenant plusieurs centaines, voire milliers de satellites, il va devenir indispensable de confier l'exécution des manœuvres d'évitement de collision à une intelligence artificielle", avait alors déclaré un responsable de l'Esa. 

Face à la multiplication des débris spatiaux en tout genre, l’Agence spatiale européenne et le Cnes prônent depuis longtemps la mise en place d’un code de bonne conduite de l’espace.

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