Conquête de l'espace : le vaisseau spatial chinois qui met Pékin sur orbite

Parti mardi de la Terre, un vaisseau spatial chinois a fait trois fois le tour de la Terre avant de revenir ce vendredi.
Sciences

ESPACE - Avec le succès de sa mission expérimentale, vendredi 8 mai,la Chine s'impose comme puissance spatiale. Pékin peut dorénavant envisager la construction de sa future station spatiale ainsi que le lancement de vols spatiaux habités loin dans l'espace. Demain, la Lune et après-demain, Mars ?

Trois petits tours et puis revient : Pékin est parvenu ce vendredi à faire revenir sur Terre son nouveau vaisseau spatial. Après deux jours et dix-neuf heures en orbite autour de la Terre, le module expérimental chinois s'est posé comme prévu à 5h49 (heure de Paris) sur le site d'atterrissage de Dongfeng, dans la région autonome de Mongolie intérieure (nord de la Chine). Dans la foulée, une photo montrant la chute de l'engin amortie par trois parachutes rouges et blancs a été partagée par l'Agence spatiale chinoise chargée des vols habités (CMS).

Le vaisseau avait quitté la Terre, mardi 5 mai, propulsé par une fusée Longue-Marche 5B. Ce lanceur lourd, devenu la pierre angulaire du programme spatial chinois, permet à Pékin de voir plus loin et plus grand depuis son premier lancement réussi, le 27 décembre 2019. Le mastodonte d’acier, doté d’une capacité de 25 tonnes, ouvre la voie à des projets encore plus ambitieux, comme la construction d’une station spatiale, des vols spatiaux habités vers la Lune et pourquoi pas un jour en direction de Mars. 

La Chine va construire sa propre station orbitale

Exclue de la Station spatiale internationale (ISS), notamment à cause des objections américaines, la Chine a dû se résoudre à élaborer sa propre station orbitale. Nommée Tiangong ("Palais céleste" en mandarin), elle devrait ressembler à l’ancienne station spatiale russe Mir. Sa construction va débuter cette année et doit normalement s'achever en 2022. Pesant une soixantaine de tonnes, le futur laboratoire spatial comprendra trois parties : un module principal long de près de 17 mètres (lieu de vie et de travail) et deux modules annexes (pour les expériences scientifiques). Pour l'élaborer, Pékin prévoit ainsi ainsi quatre missions en équipage et quatre missions cargo. 

Le succès de ce vol expérimental marque surtout la fin d'une époque. La Chine a lancé depuis les années 1990 plusieurs vaisseaux spatiaux "Shenzhou", construits sur le modèle des fameuses capsules russes "Soyouz". Réputé plus sûr, le nouveau vaisseau revenu sur Terre vendredi est plus rapide, plus résistant à la chaleur, peut transporter davantage d'astronautes (jusqu'à six au lieu de trois). De plus, il est partiellement réutilisable. Des caractéristiques qui ouvrent de nouveaux horizons au programme spatial habité chinois. C'est à bord de ce vaisseau que les taïkonautes voyageront pour se rendre à bord de la station spatiale Tiangong.

Chine a désormais des capacités similaires en termes de vols spatiaux habités que les Russes et les Américains.- Chen Lan, analyste pour le site GoTaikonauts.com

Avec ce nouveau vaisseau spatial, la Chine peut désormais rêver de missions plus lointaines dans l'espace. Des voyages qui nécessitent une plus grande vitesse ainsi qu'une meilleure protection face aux températures extrêmes. "Cette mission est un franc succès", juge Jonathan McDowell, astronome au Centre Harvard-Smithsonian pour l'astrophysique, aux Etats-Unis. "Sur le long terme, cela donne à la Chine le potentiel d'envoyer des astronautes dans l'espace lointain - peut-être un jour sur la Lune. Mais ça ne sera pas dans un avenir proche", estime-t-il.

Pour l'analyste Chen Lan, du site internet spécialisé GoTaikonauts.com, cette démonstration de force démontre que "la Chine a désormais des capacités similaires en termes de vols spatiaux habités que les Russes et les Américains", même si les Etats-Unis restent "la puissance numéro un de l'espace", note-t-il. Le retour du nouveau vaisseau survient après l'échec mercredi de celui d'une capsule cargo expérimentale, lancée par la même fusée Longue-Marche 5B et victime d'une anomalie", selon l'Agence spatiale chinoise chargée des vols habités (CMS). 

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Depuis plusieurs années, l’Empire du milieu investit des milliards d’euros dans son programme spatial. Ce dernier s’appuie sur les connaissances acquises par les autres, notamment pour la formation des taïkonautes qui bénéficient du savoir-faire russe. Résultat : en dix ans, Pékin a fait pratiquement ce que le domaine spatial a mis cinquante ans à réaliser. Le pays place désormais de nombreux satellites en orbite, pour son compte ou pour d'autres pays. L’an dernier, en réalisant l'exploit de poser pour la première fois un engin spatial sur la face cachée de la Lune, Pékin a montré au monde entier qu'il pouvait aujourd'hui prétendre, sans avoir à rougir, au statut de grande puissance spatiale. 

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Le géant asiatique ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Il prévoit également de lancer une sonde en direction de Mars dès cet été. L'objectif de la mission est de faire atterrir l'engin sur la planète rouge et d'y faire évoluer un petit robot téléguidé. Un exploit que seuls les Etats-Unis sont parvenus à réaliser jusqu'à présent. La Chine envisage même d’envoyer un Homme autour de la Lune à l’horizon 2025-2026. Certes, les Américains visent 2024. Mais dans ce remake des années 1960, où l’empire du Milieu tient la place de l'Union soviétique, rien ne dit en effet que les Américains seront à nouveau les premiers à planter leur drapeau sur le sol lunaire. 

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