"Contrairement aux apparences, je n’étais pas du tout en bonne santé" : Eloïse, ancienne malade d'orthorexie

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INTERVIEW - A 22 ans, Eloïse du Luart, une jeune étudiante anglaise, pensait avoir une vie et une alimentation irréprochables. Elle maîtrisait tout : les ingrédients, les portions, les compléments. Et partageait recettes, photos et conseils sur son compte Instagram. Jusqu'à ce que son corps lui dise stop et qu'un nutritionniste mette un nom sur son mal : l'orthorexie. Deux ans plus tard, elle revient pour LCI sur les causes et formes de ce trouble alimentaire encore méconnu.

Dans la famille des troubles alimentaires, voici l'orthorexie. Moins connu que l'anorexie et la boulimie, il concerne néanmoins de plus en plus de personnes. Nutritionnistes, médecins et même pédiatres affirment voire le nombre de cas grimper en consultations, sans que leurs patients ne se sachent ou se reconnaissent toujours malades. Paradoxalement, c'est en faisant attention à ce qu'ils mangent et en choisissant les produits les plus sains possibles que, certains, développent une véritable obsession qui les coupe des autres et met leur santé en danger. C'est ce qui est arrivé à Eloïse du Luart. 

LCI : Quand et comment avez-vous découvert que vous souffriez d'orthorexie?

Eloïse du Luart : C’était il y a 2 ans, je m’étais fracturé le sacrum et j'ai consulté un diététicien pour lui demander son avis sur mon régime alimentaire.

LCI : Quels étaient les "symptômes" et comment cela vous est-il arrivé?

Eloïse du Luart : En apparence, tout allait bien, je ressemblais à une étudiante de 22 ans en bonne santé. Mais en réalité, je souffrais de malnutrition - c’est en partie pour cette raison que je me suis fracturé le sacrum – et je n’avais plus mes règles. Contrairement aux apparences, je n’étais pas du tout en bonne santé. C’est d’ailleurs toute la difficulté de l’orthorexie car elle est difficile à déceler. Je suis sûre qu'il y a des gens qui luttent ou croient qu'ils sont en bonne santé alors qu'ils vivent selon des règles, l'obsession et la peur - qui, par définition, ne peuvent mener à une vie saine.

LCI : A quoi ressemblaient vos repas ?

Eloïse du Luart : Au réveil, je prenais du vinaigre de cidre et de l'eau avec du citron. Pour le petit-déjeuner, je me faisais un bol avec : de l’avoine, de la poudre de maca (racine de plante péruvienne) , de la poudre de boabab, des graines de chia (oméga 3) et de la poudre de protéine vegan. Je saupoudrais de chocolat sans sucre et ajoutais des baies et du pollen d'abeille. Je déjeunais d’une tartine de pain de seigle germé, avec de l’avocat, des pois chiche, des tomates et de l'huile de lin. J’ajoutais des poudres vertes dont le goût n’était pas sans rappeler la vase des étangs. Pour le dîner, c’était patate douce, protéines "propres" - tofu, poisson blanc, thon ou tempeh (soja fermenté) et brocoli – le tout saupoudré de poudre aux algues. En dessert, généralement un yogourt à la noix de coco avec de la cannelle, du sirop de dattes et des baies mélangées.

LCI : A cette époque, vous étiez très active sur les réseaux sociaux et notamment sur Instagram. Pensez-vous que cela a pu avoir un rôle dans votre trouble alimentaire ?

Eloïse du Luart : Oui, je lisais beaucoup de choses autour de l’alimentation saine et regardais des photos de plats "sains" dans de très belles mises en scène. J’étais persuadée qu’il fallait que j’en mange pour être en bonne santé. Ça m’a donné envie de faire la même chose. Plus j’avais de "likes" ou de commentaires positifs et plus cela me confortait dans l’idée que j’étais dans le vrai et que je devais poursuivre dans cette voie.

LCI : Quelle était la réaction de vos proches ?

Eloïse du Luart : Je faisais, et fais toujours, beaucoup de sport (Eloïse fait du triathlon, cf photo ci-dessus ndlr), j’avais l’air en bonne santé. Les gens ne se doutaient donc de rien et me soutenaient même dans ma démarche. Une fois qu'ils ont réalisé à quel point c’était une souffrance, physique et psychologique, ils m’ont aidée à retrouver une alimentation et une vie équilibrée. Je leur suis très reconnaissante de leur soutien.

LCI : Diriez-vous que vous êtes complètement guérie ?

Eloïse du Luart : Il m’a fallu beaucoup de temps mais oui, j’ai retrouvé un équilibre. Il y a une citation d’Oscar Wilde qui est très juste : "Tout avec modération, y compris la modération. "

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