Virus chinois : les premiers signaux d'alerte détectés dix jours avant l'OMS par une intelligence artificielle

En Chine, le coronavirus a fait 41 morts et 1 300 cas de contaminations. Selon le président chinois, l'épidémie s'accélère. La zone de confinement a été élargie et la vie quotidienne y devient compliquée.
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Coronavirus : l'épidémie meurtrière qui inquiète la planète

TECHNOLOGIE - Un algorithme d'intelligence artificielle aurait détecté l'émergence de l’épidémie de coronavirus chinois plus d'une semaine avant l’annonce de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La startup canadienne qui l'a mis au point assure qu'elle est en mesure de détecter une épidémie à une vitesse jusque-là inégalée.

Une course contre la montre est engagée pour endiguer la propagation du coronavirus chinois, dont le bilan ne cesse de s’alourdir depuis le 9 janvier 2020. C'est à cette date que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), sur la base des informations fournies par les autorités chinoises au sujet de l’émergence d’une série de cas de pneumonie d’origine inconnue dans la province de Wuhan, a informé le public de l’apparition de ce mystérieux virus. Alors que l’épidémie enfle et inquiète, une question se pose : l'alerte aurait-elle pu être lancée avant ?

A en croire un article de Wired, la réponse est oui. Comme le rapporte ce site américain expert des technologies émergentes, la startup BlueDot, spécialisée dans la surveillance des maladies infectieuses, affirme avoir été en mesure d’alerter ses clients du risque venu de Chine dès le 31 décembre, soit dix jours plus tôt que l'OMS. Fondée en 2014 par un ancien médecin, cette jeune pousse canadienne utilise le Big data, couplé à des systèmes d'apprentissage automatisé (Machine Learning),"pour suivre et anticiper la propagation des maladies infectieuses les plus dangereuses au monde", comme elle le met en avant sur son site internet, évoquant "une menace mondiale croissante dans notre monde interconnecté". 

Nous pouvons détecter les premiers signes d’une éventuelle épidémie en parcourant les bruissements sur des blogs ou des forums de discussion.- Kamran Khan, fondateur et PDG de BlueDot.

L’algorithme prédictif de BlueDot passe au crible les reportages télévisés et les articles en ligne, les bulletins de santé évoquant de nouvelles pathologies animales ou végétales contagieuses, ou encore les déclarations officielles, le tout dans 65 langues différentes. "Nous pouvons détecter les premiers signes d’une éventuelle épidémie en parcourant les bruissements sur des blogs ou des forums de discussions, qui peuvent fournir des indices indiquant que des événements inhabituels sont en cours", assure auprès de Wired le fondateur et PDG de BlueDot, Kamran Khan. En recoupant ces informations, son entreprise affirme être en mesure d'indiquer à ses clients lorsqu'une région du monde présente un risque pour la santé. "Nous savons que les gouvernements ne sont pas obligés de fournir des informations en temps opportun", souligne-t-il.

Ce nouveau virus rappelle le mauvais souvenir de l’épidémie du Sras (syndrome respiratoire aigu sévère) qui, entre novembre 2002 et juillet 2003, avait causé la mort de 774 personnes à travers le monde, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Or, à l’époque, le gouvernement chinois avait attendu plusieurs mois avant de reconnaître l’ampleur de la contagion. Kamran Khan travaillait alors au sein du service des maladies infectieuses de l’hôpital de Toronto, au Canada. "En 2003, j'ai vu le virus envahir la ville et paralyser l'hôpital. Il y avait une énorme fatigue physique et mentale, et je me suis dit : 'il ne faut plus que cela recommence'", raconte-t-il à Wired.

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En tenant compte du trafic aérien mondial et en tirant parti de l'amélioration de la communication entre les agences de santé publiques des différents pays, les scientifiques disent qu'il sera possible, à l'avenir, d'anticiper la propagation d'une épidémie avant même qu'elle ne se déclare. L'entreprise BlueDot s'appuie ainsi sur la plateforme de données des compagnies aériennes ATPCO, qui lui permet de prédire où et quand les résidents infectés se dirigeront ensuite. Une fois le tri automatisé des données terminé, l'analyse humaine prend le relais. Les épidémiologistes vérifient que les conclusions ont un sens d'un point de vue scientifique, puis un rapport est adressé aux clients de l’entreprise. Les rapports de BlueDot sont ensuite envoyés aux responsables des institutions de santé publique (dans une douzaine de pays), aux compagnies aériennes et aux hôpitaux de première ligne où les patients infectés pourraient se retrouver. BlueDot ne vend pas ses données au grand public, mais l'entreprise y travaille, précise Kamran Khan. Cependant, il admet que chaque prédiction s'accompagne d'un certain degré d'incertitude.

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Cette entreprise n’est pas la première à développer ce type de solution, mais elle espère faire mieux que Google Flu Trends, qui avait pris sa retraite en 2013 après avoir sous-estimé de 140% la gravité de la saison de la grippe en 2013... L'algorithme de BlueDot peut quant à lui se targuer d'avoir prédit avec succès l'emplacement de l'épidémie de Zika dans le sud de la Floride, comme le rapporte une publication dans la revue médicale britannique The Lancet. Dans le cas du coronavirus chinois, il avait vu avant tout le monde que l'agent infectieux passerait de Wuhan à Bangkok, Séoul, Taipei et Tokyo dans les jours suivant son apparition initiale.

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