Etude critiquant l'hydroxychloroquine : une enquête révèle la provenance douteuse de certaines données

Hydroxychloroquine : le détail de l'étude parue dans The Lancet
Sciences

SCIENCES - La récente étude publiée par "The Lancet" et qui remettait en cause l'utilisation de l'hydroxychloroquine comme traitement du Covid-19 se trouve désormais critiquée. "The Guardian" révèle la provenance douteuses des données utilisées.

Elle devait être l'arme fatale. Celle qui allait mettre fin à de longs mois de polémiques, de controverses et de revirements concernant l'hydroxychloroquine et son efficacité pour lutter contre le Covid-19. La preuve : Olivier Véran, ministre de la Santé, l'avait spontanément brandie le 23 mai  pour mettre fin, par décret, à l'autorisation d'utiliser ce traitement à l'hôpital. 

Problème : l'étude en question, dont la conclusion aboutissait à l'inefficacité, voire la dangerosité, de la molécule, souffre elle-même de l'opacité dans laquelle elle a été menée. Au point que la prestigieuse revue scientifique l'ayant publiée, The Lancet, a pris ses distances mardi.

Ce mercredi 3 juin, le très sérieux quotidien britannique The Guardian a révélé que c'est à la suite des investigations qu'il a menées que ladite revue scientifique a tenu mardi à "alerter les lecteurs sur le fait que de sérieuses questions scientifiques ont été portées à [son] attention" au sujet de cette étude. L'enquête publiée ce mercredi est spécifiquement consacrée à une TPE américaine répondant au nom de Surgisphere, dont les données recueillies pour des études ont été utilisées non seulement par The Lancet, mais aussi par le non moins prestigieux New England Journal of Medicine et même... par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Ce sont ces données qui, aujourd'hui, soulèvent des questions. D'abord, Surgisphere pose problème en elle-même. Ses collaborateurs n'ont notamment aucune compétence scientifique. L'un d'eux, désigné comme "éditeur scientifique", est en fait auteur de romans... de science-fiction. Une autre, présentée comme "directrice marketing", est en fait mannequin pour adultes et hôtesse sur des événements. Le compte LinkedIn de l'entreprise compte moins de 100 abonnés et le nombre d'employés publiquement annoncé est subitement passé, mercredi dernier, de six à trois.

Un PDG attaqué trois fois en justice

L'activité digitale de la firme, depuis 2017, est quant à elle proche du néant.  Aucun moyen de la contacter n'existait non plus jusqu'à très récemment sur son site. Cela met en doute son activité réelle, en particulier la façon dont les hôpitaux passaient par elle pour constituer lesdites données. Son PDG, Sapan Desai, s'est aussi vu attaquer en justice par trois fois pour des "erreurs médicales"... Et tandis que les questions se sont multipliées ces derniers jours, notamment sur un appel aux dons lancé par lui et n'ayant jamais abouti à rien, la page Wikipedia du dirigeant vient, hasard ou coïncidence, de disparaître d'Internet.

Sapan Desai figure parmi les co-auteurs officiels de l'étude publiée dans The Lancet. Et l'étude prétend s'appuyer sur près de 15.000 patients, admis dans 1.200 hôpitaux à travers le monde. Mais de nombreuses incohérences, notamment dans les doses administrées dans certains pays, ont été recensées. En Australie, à titre d'exemple, les données de Surgisphere établissent 600 patients atteints par le Covid-19 et 73 morts, à l'échéance du 21 avril dernier. Mais, vérification faite par The Guardian, il y avait 67 morts à cette date et beaucoup moins de cas positifs. Surtout, tous les hôpitaux australiens sollicités par le quotidien britannique affirment n'avoir jamais été contactés pour transmettre leurs données.

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Le refus des auteurs de donner accès aux données brutes accentue ces suspicions. D'autant que, dans son communiqué de mardi, The Lancet rappelle qu'un "audit indépendant sur la provenance et la validité des données a été demandé par les auteurs non affiliés à Surgisphere". Une dernière précision qui a son importance... 

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En conséquence de quoi, James Todaro, médecin réputé à la tête du site MedicineUncensored, dresse, dans The Guardian, ce constat lapidaire : "Surgisphere est sorti de nulle part, pour mener, en seulement quelques petites semaines, les études les plus influentes du monde pendant la pandémie. Cela n'a pas de sens. Il leur aurait fallu beaucoup plus de chercheurs que ce qu'ils disent pour rendre possible une étude d'une telle ampleur. Les revues scientifiques concernées sont des références. Un tel revirement est un désastre."

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