"Dans l'ISS, j'ai touché les étoiles du bout des doigts" : Philippe Perrin, l'anti-héros du cosmos

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PORTRAIT - En 2002, il rejoint la Station spatiale internationale dans le cadre d'une mission de la Nasa. Philippe Perrin est alors le neuvième Français à effectuer un vol dans l'espace. Mais l'histoire n'a pas retenu son nom. Focus sur un astronaute discret.

Dans le petit monde de l'espace, Philippe Perrin fait figure d’exception, voire d’extraterrestre. En 2002, il s’envole à bord de la navette américaine Endeavour, direction la Station spatiale internationale (ISS). Il avait alors 39 ans, le même âge que Thomas Pesquet lorsque ce dernier est rentré sur Terre en 2017. Mais contrairement à son lointain successeur, qui doit y repartir bientôt, ce sera son unique voyage dans l’espace.


Une telle expédition, Philippe Perrin en rêvait depuis tout petit. "Comme nous n’avions pas de télévision à la maison, j’ai raté les premiers pas de Neil Armstrong sur la Lune. J'avais 6 ans", se souvient-il. Cette fascination pour le cosmos, Philippe Perrin l'a d'abord assouvie en scrutant le ciel étoilé pendant de longues heures. "Souvent, nous étions allongés en famille sur le sable pour regarder les étoiles. Je m’imaginais déjà en train d’entrer dans une navette spatiale", se remémore l'ancien astronaute*, un brin amusé. "Je ne crois pas qu’on puisse faire de grandes choses, comme gagner les Jeux olympiques, sans en avoir rêvé quand on était enfant. C’est la même chose pour un astronaute", avance l'ingénieur, un brin philosophe.

C'était avant Facebook, YouTube et Twitter Philippe Perrin, ancien astronaute

A la sortie des études, diplôme de Polytechnique en poche, Philippe Perrin intègre l'armée de l'air, d’abord en tant que pilote d'essai. Fonceur de nature, il gravit un à un les échelons, devient colonel et obtient dans la foulée son brevet de pilote de chasse, condition sine qua non pour briguer le badge d’astronaute. En 2000, c’est la consécration. Philippe Perrin est sélectionné par la Nasa pour participer à une mission. La Station spatiale est alors en cours d’assemblage. Direction les Etats-Unis, où il prend ses quartiers au Centre d’entraînement Johnson des astronautes de l’agence spatiale américaine, à Houston, au Texas. 


Il s'en souvient comme si c'était hier, non sans une pointe de nostalgie. "Lors de mon arrivée, un responsable de la Nasa nous a dit : 'Le premier homme à poser le pied sur Mars est dans la salle'. A l'époque, nous pensions que notre génération serait en effet celle des premiers pas sur Mars", s’amuse-t-il aujourd’hui. Neuvième français à effectuer un vol dans l'espace, il séjourne quatorze jours à bord du laboratoire spatial... à l'insu ou presque du grand public. Si de nos jours les lancements de fusée et les sorties dans l'espace, comme celles de Thomas Pesquet, sont retransmis en direct ou presque sur Internet grâce à de puissants relais satellites, ce n'était pas le cas à l'époque de Philippe Perrin.

Difficile, au retour, de partager ce qu'on a pu vivre là-hautPhilippe Perrin, ancien astronaute

"Facebook, YouTube ou encore Twitter n’existaient pas encore, s'exclame Philippe Perrin. Le grand public n'avait pas accès aux coulisses de la mission. C'était réservé au personnel et aux proches". Depuis quelques années, les agences spatiales demandent en effet à leurs représentants de s'investir dans la communication en postant des images ou en commentant le travail à bord de Station spatiale. "Je ne sais pas comment ils trouvent le temps. Il y a déjà tant à faire quand vous êtes là-haut", observe le vétéran de l'espace, qui ne possède ni compte Twitter ou Instagram.


"Lorsque ma compagne a reçu mon premier appel, après mon arrivée dans l'ISS, elle a pensé que le lancement avait été annulé", relate-t-il, encore amusé. Philippe Perrin se souvient tout particulièrement des mots que Neil Armstrong lui avait tenus juste avant son départ pour la Station spatiale. "Ils nous avaient dit : ce qui fait l’astronaute, c’est sa compagne (ou son compagnon, NDLR). Un voyage dans l’espace, on le vit à deux et le retour, c’est l’autre. La difficulté, quand on revient de mission, c’est de partager avec l’autre ce qu’on a pu vivre là-haut."

Son pharmacien ne savait pas qu'il était allé dans l'espace !

Déjà avant de partir, le Français pressentait qu'il serait "difficile de réaliser une seconde mission aussi intéressante". Une fois de retour, il n'a pas changé d'avis. Il choisit donc de raccrocher bel et bien le scaphandre. "J'avais effectué trois sorties extra-véhiculaires, ce qui est assez rare. Et je voyais bien que c’était compliqué pour mon épouse, qui travaille aussi, de vivre aux Etats-Unis et d’attendre que son mari rentre du travail épuisé." Un choix de vie, auprès des siens, que Philippe Perrin, aujourd’hui âgé de 56 ans, dit ne pas regretter, même s’il reconnaît "avoir touché au sublime" là-haut.


Philippe Perrin a donc choisi de quitter, volontairement, le monde spatial par la petite porte. "En toute discrétion", comme il aime le répéter. "Mon pharmacien que je vois chaque semaine depuis quinze ans m'a lancé récemment : 'Tu m’avais caché que tu étais allé dans l’espace ?' Il avait tapé mon nom sur un moteur de recherche et avait vu des photos de moi portant l'uniforme de la Nasa". Une modestie qu'il cultive à l'instar de son mentor, Neil Armstrong. "Lui, il avait presque honte d’être allé sur la Lune", rappelle le Français.

Retour sur Terre... chez Airbus

A l'issue de la mission Apollo, le "premier homme à marcher sur la Lune" s’était en effet retiré dans son ranch. Philippe Perrin se souvient d'ailleurs avoir été marqué par l'humilité de son célébrissime homologue. "C’était sa manière à lui de redevenir un Terrien, une personne comme les autres". Le Français ne cache pas s’en être inspiré. "J’ai choisi, comme lui, de me terrer. J'ai fait en sorte qu'on m'oublie en refusant les interviews dans les médias", admet-il.


A son retour en France, en 2002, Philippe Perrin s'installe à Toulouse avec femme et enfants. Il atterrit quelques mois plus tard chez Airbus, qui le recrute comme pilote d'essai. "Ils ne m'ont pas embauché en tant qu’astronaute, mais comme pilote d’essai débutant. J’ai dû refaire mes preuves et gravir les échelons à nouveau. Finalement, c’était le plus beau cadeau qu’ils pouvaient me faire." Sa manière à lui de redevenir un Terrien. "Je suis revenu à ma première passion : la mise au point de nouveaux avions". Aujourd'hui, s'il ne cache pas retourner dans l'espace la nuit lorsqu'il rêve, il préfère garder les pieds sur Terre.



*Même si les Français sont généralement des spationautes, Philippe Perrin est considéré comme un astronaute car il est parti dans l'espace dans le cadre d'une mission de la Nasa.

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