Dans quel état physique Thomas Pesquet va-t-il revenir sur Terre ?

ATTERRISSAGE - De retour après avoir passé six mois à 400 kilomètres au-dessus de la Terre, l'astronaute Thomas Pesquet aura un peu changé physiquement. Quelques centimètres en plus, en peu d'os en moins, quels sont les effets sur le corps d'un séjour prolongé dans l'espace ? Des spécialistes nous expliquent tout.

"L'espace n'est pas un environnement anodin pour le corps", prévient d'emblée Brigitte Godard, médecin personnelle de Thomas Pesquet. Toutes les semaines durant sa mission à bord de la station spatiale internationale (ISS), elle a échangé avec l'astronaute, lors de visioconférences médicales privées. Elle passait en revue son état de santé, son sommeil, son alimentation...


Car si Thomas Pesquet avait plusieurs expériences à mener à bord, il était lui-même une expérience. Son cerveau, son horloge biologique, ses muscles, ses os, ont été étudiés. Alors quels changements va-t-il constater à son retour sur terre ? Et quelles sont les causes de ces changements ? On a fait le point avec Brigitte Godard.

Les effets de l'espace sur le corps

  • 1On grandit

    Vivre en apesanteur de manière prolongée a plusieurs conséquences. A son retour, Thomas Pesquet aura sûrement grandi de quelques centimètres. Sur Terre, la gravité nous cloue au sol, nos muscles nous tiennent pour nous empêcher de tomber et luttent contre cette gravité. Les astronautes n'étant plus soumis à leurs poids dans l'espace, leur colonne vertébrale va s'expandre, faisant gagner plusieurs centimètres aux astronautes.  

  • 2On perd en muscles et en masse osseuse

    Dans l'espace, les muscles sont moins sollicités, ou différemment, et surtout ils n'ont plus à "tenir" le squelette. Leur structure change, et ils subissent également un vieillissement accéléré. Tout comme les os. Une personne ménauposée va perdre 1% de masse osseuse par an, à bord de l'ISS c'est 1% par mois !

     

    L'astronaute devrait récupérer ces pertes osseuses une fois revenu sur Terre, mais chaque récupération est différente. Il peut arriver que certaines zones osseuses ne soient pas réparées. 

  • 3Le rythme biologique est modifié

    Les nuits sont courtes à bord ! La Station spatiale internationale fait le tour de la Terre toutes les 90 minutes à une vitesse de 28.000 km/h. Les astronautes n'ont donc pas de "nuit" à proprement parler, mais un coucher et un lever de soleil toutes les heures et demie, de quoi perturber le cycle de sommeil. Et cela a des conséquence sur le métabolisme, car certaines hormones ne sont sécrétées que durant la nuit. 

  • 4On est exposé à des radiations

    Dans l'espace, il y a trois sources de radiations : le cosmos, le soleil et la ceinture de Van Allen (sorte de bouclier magnétique qui protège la Terre, mais qui envoie des rayons pouvant atteindre les astronautes). En terme de radiation, un astronaute subit l'équivalent d'un cliché de mammographie tous les cinq jours, explique Nicolas Foray, radiobiologiste à l'Inserm. Une exposition prolongée aux radiations spatiales pourrait donc provoquer des cancers. Au delà de 250 jours, le danger radiatif devient significatif, selon Nicolas Foray. 

    Autre conséquence due au rayonnement cosmique, l'astronaute reçoit des flash lumineux dans les yeux, ce qui peut donner lieu à des cataractes. 

  • 5La flore intestinale est modifiée

    Eh oui, c'est plutôt inattendu et pourtant... La flore intestinale est modifiée par l'environnement et cela peut avoir des conséquences graves à long terme. Car c'est grâce à cet ensemble de micro-organismes et de bactéries présents dans nos intestins que le corps lutte contre les infections. Or dans l'espace, l'environnement microbien est très différent et il se renouvelle très peu (on ne peut pas aérer, par exemple). Les astronautes ont deux heures de ménage obligatoires par semaine à bord, mais malgré cela, leur équilibre bactérien pourrait être changé avec un risque d'infections à long terme, même une fois revenu sur Terre.

  • 6Et des choses moins graves...

    Le taux de CO2 est cinq fois plus élevé dans l'espace, les astronautes pourraient donc être gênés par une congestion nasale, des maux de tête, mais aussi des troubles de la concentration, même une fois revenu. Les tâches fines deviennent plus compliquées, tel que le fait d'écrire, par exemple. 


    Autre détail, le goût est modifié ; ainsi un gratin dauphinois dans l'espace n'aura pas le même goût que sur Terre !

Moment critique s'il en est, l'atterrissage se fait via la capsule Soyouz, détâchée de la Station spatiale. Il peut être très difficile à vivre. Pendant six mois les astronautes s'habituent à ne plus rien peser, à vivre en lévitation permanente, mais dès qu'ils franchissent l'atmosphère, ils vont ressentir la gravité. Lors de la descente, cette force gravitationnelle est accentuée et les passagers vont ressentir plus de quatre fois leur poids sur Terre, voire neuf fois si le vol ne se passe pas comme prévu (cas d'un vol balistique). A noter que la capsule Soyouz est très petite, les astronautes, arnachés, sont recroquevillés à l'intérieur, d'où un effet "tambour de machine à laver" ressenti lors de la descente. 


"Les astronautes sont préparés à cela. Ils ont fait avant le vol des tours  de 'centrifugeuse'" pour s'entraîner, souligne Brigitte Godard. A l'aller, lors de l'accélération qui permet d'arracher le vaisseau à la Terre, ils ont déjà éprouvé cette situation. Mais au retour, c'est "souvent plus dur". "Quand Thomas sortira du Soyouz, il sera sans doute un peu étourdi, comme lorsque l'on se lève trop vite de son lit". 

Les fluides qui étaient montés à la tête au moment de l'arrivée dans l'espace puis s'étaient répartis de manière homogène dans le corps pendant le séjour, seront redescendus dans les jambes à cause de la gravité. Cela peut faire baisser la pression artérielle et provoquer des nausées. "La réadaptation peut prendre de quelques heures à trois jours grand maximum".


L'impact du module Soyouz sur le sol est aussi ressenti, même s'il est amorti par un parachute. Dès la sortie de la capsule, les astronautes sont maintenus en position assise. Des tests médicaux sont immédiatement pratiqués, puis ils peuvent appeler leurs familles pour les rassurer. Il leur faudra ensuite s'habituer à peser de nouveau leur poids, avec parfois des difficultés à se tenir debout, à supporter le poids de leur tête, après plusieurs mois passés à flotter dans les airs...

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Thomas Pesquet dans l'espace

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