De plus en plus de satellites militaires dans l’espace : se dirige-t-on vers une "guerre des étoiles" ?

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STAR WARS POUR DE VRAI - Le mois dernier, l'Inde a abattu l'un de ses propres satellites avec un missile lors d'un exercice, une démonstration de force qui a provoqué l’ire du patron de la Nasa. Alors que les tensions diplomatiques s’accroissent dans l’espace, LCI a contacté deux spécialistes des questions de défense pour en savoir plus sur la guerre des étoiles qui se prépare au-dessus de nos têtes.

"Si nous perdons la guerre dans l’espace, nous perdrons la guerre tout court", résumait en octobre dernier le chef d’état-major de l’armée de l’air, le général Philippe Lavigne, devant les députés. L’espace, qu’un traité international de 1967 ambitionnait de démilitariser, l’est de moins en moins. Loin des projecteurs, de l’esprit d'auberge espagnole et de solidarité qui règne à bord de la Station spatiale internationale (ISS), une course pour la domination de la basse orbite terrestre s’est engagée. Depuis une dizaine d'années, comme le ciel, la terre et la mer, l'espace s'est transformé de fait en terrain de combat. 

Le mois dernier, l'Inde est ainsi devenue le quatrième pays, après les Etats-Unis, la Russie (du temps de l’ex-Union soviétique) et la Chine, à abattre un satellite dans l’espace en tirant un missile ASAT (antisatellite) depuis le sol. Une manoeuvre qui a provoqué une mini-crise diplomatique avec Washington. "Les forces armées modernes dépendent très largement des satellites, d’où l’intérêt d’avoir la capacité de détruire ces derniers afin de gêner l’adversaire en lui retirant sa capacité à écouter et voir depuis l’espace", décrypte pour LCI Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS).

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Des discussions bloquées à l'ONU depuis 2006

Pour détruire un satellite, il existe deux types de technique, explique cet ancien général et ex-pilote de chasse : "La première consiste à tirer un missile balistique depuis le sol. La seconde, c’est la collision délibérée. Pour paralyser un satellite sans le détruire, certains pays ont également développé des lasers pour l'aveugler ou l'endommager. Mais jusqu’à présent, nous n’avons pas connaissances d’attaques de ce type, poursuit-il. "Le but de ces expérimentations est surtout de décourager l'ennemi d'attaquer en lui montrant ses capacités offensives. Mais la démonstration indienne n'avait pas vocation à être dissuasive. C'était plutôt un test pour montrer que New Delhi avait un statut sur la scène internationale", estime-t-il.

Le point de départ de cette course à l’armement spatial ? Un tir de missile balistique chinois, réalisé en 2007, sur un satellite météo obsolète appartenant à l'Empire du milieu. "A la suite de cette démonstration de force, les Etats-Unis ont relancé leurs essais, avec l’idée que Pékin se préparait à une guerre spatiale à venir", relate auprès de LCI Xavier Pasco, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique. Cette action avait eu pour effet de bloquer les discussions qui avaient débuté un an plus tôt à l’ONU afin d’encadrer la militarisation de l’espace. 

Pour être une nation respectée sur la scène internationale, il est aujourd'hui nécessaire d'investir dans le militaire spatial.- Xavier Pasco, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique.

Rappelons que le traité de 1967 interdit uniquement l’utilisation d’armes de destructions massives, mais pas les armes légères ou les collisions. En dépit de récentes tentatives, notamment de l’Union européenne, pour relancer les négociations, les Etats-Unis, d’un côté, et la Chine et la Russie, de l'autre, continuent de bloquer les pourparlers. "Résultat, le traité de préservation de l’espace est en gestation depuis 2006", déplore Jean-Vincent Brisset. Dans le même temps, à la demande des états-majors, ces mêmes grandes puissances spatiales ont investi massivement pour se doter d’un arsenal militaire. Pour se faire une idée du rapport de force, les Etats-Unis ont 150 satellites militaires, tandis que la Russie et la Chine en possèdent une cinquantaine. Arrivent ensuite en tête de peloton le Japon, puis la France avec une flotte de 12 engins.

Conscient de ce retard, le ministère des Armées planche depuis plusieurs mois sur la future "stratégie spatiale de défense", commandée en juillet dernier par Emmanuel Macron. Dans le cadre de la Loi de programmation militaire, votée l'été dernier, le gouvernement a déjà décidé d'y consacrer 3.6 milliards d'euros d'ici à 2025. "Les menaces s'accumulent dans l'espace, constate Xavier Pasco. Aujourd'hui, pour être une nation respectée sur la scène internationale, il est devenu nécessaire d'investir dans le miliaire spatial", atteste ce spécialiste de l'espace.

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Outre les satellites militaires, les satellites civils investissent également l'espace

De plus en plus de manœuvres suspectes

Preuve de l’urgence, en septembre dernier, la ministre des Armées, Florence Parly, avait révélé lors d’un discours au Centre national d’études spatiales (Cnes), à Toulouse, qu’un satellite russe avait tenté, en 2017, d’espionner un satellite franco-italien servant à des communications militaires sécurisées. "Tenter d’écouter ses voisins, ce n’est pas seulement inamical. Cela s’appelle un acte d’espionnage", avait-elle martelé. Quelques jours auparavant, le même satellite russe avait été approché par un satellite militaire américain, à 10 kilomètres de distance.

Ces agissement ne sont d'ailleurs pas rares, si l’on en croit la Secure World Foundation, un organisme américain indépendant qui détaillait, dans un rapport paru le 4 avril dernier, toute une série d'expérimentations qualifiées de suspectes : brouilleur, cyberattaque, etc. "Ces manœuvres sont révélatrices de la militarisation de l’espace, analyse Xavier Pasco. Elles servent sans doute à photographier des satellites pour comprendre ce qu'ils font ou à identifier quels types de signaux ils reçoivent. Malgré tout, même si le nombre d’actions que nous pourrions qualifier de suspectes est en hausse, nous ne sommes pas encore entrés dans une guerre spatiale", tempère le directeur de la Fondation pour la recherche stratégique.

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