Déclin du nombre de spermatozoïdes chez l'homme : après une étude alarmante, les réponses d'un chercheur de l'Inserm

Déclin du nombre de spermatozoïdes chez l'homme : après une étude alarmante, les réponses d'un chercheur de l'Inserm

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DÉCRYPTAGE - Selon une étude récente, la concentration en spermatozoïdes chez les hommes vivant en Europe, aux États-Unis et en Australie a chuté de moitié en quarante ans. Pour autant, plusieurs spécialistes appellent à interpréter ces résultats avec prudence. LCI.fr a demandé l'avis d'un biologiste de l'Inserm.

Moins de spermatozoïdes dans le sperme humain ? Les études sur le déclin du sperme et de sa qualité s'enchaînent depuis 1992, la dernière en date, publiée dans la revue spécialisée Human Reproduction Update, a quelque chose d'inédit. Des équipes de chercheurs internationaux (Israéliens, Américains, Brésiliens, Danois et Espagnols) ont passé au crible 7.518 études, dont ils ont extrait 185 travaux portant sur 42.935 hommes, vivant dans 50 pays, et dont la semence a été prélevée entre 1973 et 2011. 


Il en ressort que la quantité totale de sperme a chuté de 59,3 % chez les hommes d'Amérique du Nord, d'Europe, d'Australie et de Nouvelle-Zélande. Dans le même temps, la concentration des spermatozoïdes a baissé de 52,4 % passant en moyenne de 99 millions par millilitre de sperme à 47 millions. Alors doit-on s'inquiéter d'éventuelles conséquences sur la fertilité masculine ? LCI.fr a posé la question à Bernard Jégou, docteur en biologie de la reproduction et chercheur à l’Inserm, qui invite immédiatement à la "prudence sur l’extrapolation."

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Des spermatozoïdes in vitro, un espoir pour la stérilité masculine ?

Un signal d’alarme Bernard Jégou

Selon lui, "cette étude est une nouvelle pierre au jardin de l’alarme, mais il ne s’agit certainement pas de dire que la fertilité est en baisse".  "La diminution tendancielle du nombre de spermatozoïdes ne veut pas dire impact sur la fertilité masculine, qu’il est actuellement impossible de tracer faute d’études pluridisciplinaires", explique ainsi Bernard Jégou. Et d'ajouter : "La difficulté pour nous, chercheurs, c’est de mettre ces chiffres sur le déclin du sperme en face de chiffres sur la fertilité." 


Si le sujet est si complexe et sérieux, c'est que "la fertilité est multifactorielle". D'autre part, la "contraception est apparue", et "l'on ne dispose pas de chiffres précis sur la procréation médicalement assistée, à laquelle on recourt de plus en plus, certes, mais parce qu'elle est plus popularisée qu’elle ne l’était auparavant," estime le spécialiste.

Les données sont extrêmement hétérogènes, il ne faut pas extrapoler Bernard Jégou

D'ailleurs, la fourchette "normale", fixée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) entre 15 millions et 200 millions de spermatozoïdes par millilitre est aussi là pour relativiser l'inquiétude naissante sur la fertilité masculine. Même une concentration inférieure à 15 millions n'est pas forcément synonyme d'infertilité. 


Si une partie des études menées sur le sujet jusqu'alors ont beaucoup été critiquées, c'est entre autres parce qu'elles portaient sur peu de personnes, qu'elles comparaient des analyses menées avec des techniques de laboratoire différentes, ou encore parce que les participants avaient été recrutés dans des services de médecine reproductive et n'étaient donc pas représentatifs de l'ensemble de la population. Mais cette étude, dirigée par le Dr Hagai Levine, spécialiste de santé environnementale à Jérusalem, évite ces écueils, reconnaissent plusieurs commentateurs : elle a écarté les études dont les participants avaient été sélectionnés en raison de leurs problèmes de fertilité et n'a retenu que celles utilisant la technique de l'hémocytomètre, plus précise que les autres.


Reste que ce travail compare des analyses effectuées dans des pays et des laboratoires différents. "Il y a des variations géographiques qu’il faut prendre en compte. Quand on croise toutes ces données, ça a l’air de baisser mais pays par pays, le constat est moins alarmant et même parfois d’une ville à l’autre au sein d’un même pays" conclut Bernard Jégou.

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