Des passagers clandestins dans l'espace : "Les super-bactéries de l'ISS ne sont pas d'origine extraterrestre"

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COSMOS - Les super-bactéries repérées dans les toilettes de l'ISS, où elles s'y seraient développées depuis la Terre, pourraient représenter un danger pour les astronautes à bord. Pour en savoir plus, LCI a contacté Michel Viso, exobiologiste au Centre national d'études spatiales (Cnes).

Ce n’est pas le scénario catastrophe du film Alien, mais cela s’en approche un peu. Une nouvelle étude de la Nasa suggère, en effet, qu’une horde de "super-bactéries", actuellement nichée dans les toilettes et sur la plateforme d’exercice de la Station spatiale internationale (ISS), pourrait représenter une menace pour la santé de ses occupants. Et une chose est sûre : ces "passagers clandestins", appartenant à l’espèce Enterobacter bugandensis, ne sont pas d’origine extraterrestre. "Ils ne sont pas nés à bord de l’ISS, ils ont tout simplement voyagé depuis la Terre", explique à LCI Michel Viso, expert exobiologie au Centre national d’études spatiales (Cnes) et spationaute sans vol.


La bactérie E. Bugandensis est présente dans le corps humain et ne cause pas, en temps normal, de maladie. Mais elle peut néanmoins affecter les personnes dont le système immunitaire est affaibli, comme les nouveau-nés, les personnes âgées ou justement les passagers de l'ISS, écrivent les auteurs de l’étude, parue la semaine dernière dans la revue BMC Microbiology. L’équipe de chercheurs, emmenée par le docteur Nitin K. Singh, a comparé le génome de ces souches spatiales d’E. bugadensis avec ses cousines terriennes. Les similarités entre les deux échantillons permettent de dire qu’elles ont 79% de risques de causer une maladie à bord de la station.

La Nasa a identifié plus de 150 souches bactériennes sur la Station. C’est à peine plus que dans une salle de chirurgie.Michel Viso, exobiologiste au Centre national d'études spatiales (Cnes)

La présence de ces bactéries "potentiellement pathogènes" et "résistantes à de nombreux antibiotiques" crée de nombreuses considérations sanitaires à prendre dans le cadre des prochaines missions de la station, peut-on lire en conclusion de l'enquête. Et pour cause : les voyages spatiaux pourraient temporairement altérer le système immunitaire des membres d'équipage lors de vols habités de longue durée, comme le révélait l’an dernier des travaux de recherche menée par l’agence spatiale. Microbes, stress, microgravité, cycles de sommeils perturbés pourraient tous être responsables du dérèglement du système immunitaire.


Si cette situation perdurait lors de voyages plus longs, comme vers Mars par exemple, cela pourrait accroître les risques d'infection, d'hypersensibilité ou de maladies auto-immunes, estime la Nasa. "Elle a identifié plus de 150 souches bactériennes sur la Station. C’est à peine plus que dans une salle de chirurgie, minimise cependant Michel Viso. Plusieurs nationalités se croisent dans l'ISS, avec des habitudes alimentaires différentes et des flores bactériennes culturellement différentes. Et donc, personne ne sait d’où viennent ces super-bactéries." Jusqu'ici, jamais aucun passager de la station n’a néanmoins été infecté par un quelconque virus. En tout cas, officiellement.

Il y a un côté super-héro, et on imagine mal Superman avec une diarrhée, coincé dans les toilettesMichel Viso, exobiologiste au Centre national d'études spatiales (Cnes)

"Par définition, un astronaute n’est jamais malade car s’il a une maladie lors d’une mission, il sait qu’il ne revolera plus jamais. C’est un sujet tabou, il y a un fort investissement d’image de la part des agences spatiales. Il y a ce côté super-héro, et on imagine mal Superman, avec une diarrhée, coincé dans les toilettes", s’amuse le scientifique. "Le seul cas  de maladie grave qui m’a été rapporté, c’était un cosmonaute russe qui a fait une prostatite aiguë  (une inflammation aiguë d'origine microbienne de la prostate, ndlr), ajoute-t-il. Il se trouvait alors à bord de la station MIR, ce qui a provoqué une interruption de mission. Depuis, les médecins russes effectuent un toucher rectal pour vérifier que la prostate n’est pas gonflée."


Il faut dire que ces héros de l'espace sont tout particulièrement surveillés sur le plan médical. Avant leur départ, les agences spatiales épluchent leur historique et celles de leur famille pour s’assurer qu’ils ne présentent aucun risque majeur. Leur alimentation est ensuite extrêmement surveillée. Au moindre symptôme, les équipes au sol et les médecins interviennent immédiatement. "A ma connaissance, jusqu'à présent, aucun astronaute n’a eu droit à un arrêt de travail parce qu’il est tombé malade lors d'une mission à bord de la Station spatiale internationale", conclut Michel Viso. 

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