La France sans centrale nucléaire en 2035 : le rapport qui montre que c'est possible (si on s'en donne les moyens)

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DÉSACCORD – Nombres d'associations et d'ONG déplorent l'annonce du ministre de la Transition écologique de renoncer à la réduction en 2025 de la part du nucléaire à 50% dans la production d’électricité. Pour elles, l’objectif est tout à fait atteignable et même plus : une fermeture de la dernière centrale française... dès 2035.

La hache de guerre est déterrée. Alors que le ministre de la Transition écologique et solidaire a confirmé ce mercredi le report annoncé la veille de la réduction de la part du nucléaire à 50% dans la production d’électricité en France initialement prévu pour 2025, les défenseurs de l’environnement se montrent (très) critiques envers l’exécutif et l’ancien animateur d’Ushuaia. Difficile selon eux d’entendre l’argument voulant qu’un tel objectif ferait mécaniquement augmenter les émissions de gaz à effet de serre, comme l’affirme le rapport annuel de RTE - le gestionnaire du réseau électrique français - sur lequel s’est appuyé le ministre. "On s'était fixé un totem, mais on ne s'est pas mis en situation d'y parvenir", a déclaré le ministre, jugeant que la réduction inscrite dans la loi de 2015 sur la transition énergétique était "impossible" à tenir, sauf "à renier tous nos engagements climatiques". Et, comme il l'affirmait mardi, "à relancer la production d'électricité à base d'énergies fossiles". 

600.000 emplois créés d'ici 2050

Pour les ONG, l’échéance était pourtant tout à fait atteignable, voire améliorable. Tout comme pour une association d'experts et d'ingénieurs spécialistes de l'énergie et baptisée Negawatt. NégaWatt appelle à "ne plus différer l’échéance, mais accélérer l’action". Dans un plan de bataille synthétisé en 48 pages, qui s'appuie d'ailleurs en partie sur le travail de RTE (considéré comme "riche de constats et d’enseignements majeurs"), les auteurs présentent une solution "réaliste" pour atteindre le 100% renouvelable dès 2050 - et donc le 0% nucléaire - sans voir s'accroître la pollution. 

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Pourquoi le gouvernement reporte l'objectif de 50% de la part du nucléaire dans la production d'électricité ?

Baptisée "Scénario négaWatt 2017-2050", cette feuille de route présentée en début d'année confirmerait que la France pourrait presque totalement se passer d'énergies fossiles et nucléaires d'ici 33 ans grâce à une division par deux de sa consommation d'énergie et à une mutation des transports, de l'industrie ou du bâtiment. "La France doit rapidement s’orienter vers un nouveau système énergétique", souligne négaWatt, qui juge que son scénario "répond à cet impératif en proposant une trajectoire vers un avenir énergétique souhaitable et soutenable, accompagnée de mesures à mettre en œuvre pour y parvenir." Si elle reconnait, sans avancer de chiffres, que de lourds investissements devraient être concédés, l'association estime que son plan permettrait d’économiser au total quelque 400 milliards d’euros et de créer plus de 600.000 emplois à l’horizon 2050. 

Fermer le dernier réacteur en 2035

Ces mesures, récapitulées en douze points clés, vont de la baisse de la consommation d’énergie via de meilleurs usages (extinction de lumières superflues, réduction des emballages, etc.) ou un renforcement de l’efficacité (isaolation des bâtiments, amélioration des rendements d’appareils électriques, etc.) à la fermeture progressive du parc nucléaire - le dernier des 58 réacteurs hexagonaux serait arrêté en 2035 - pour un passage au 100% énergies renouvelables (ENR). 


Mais si elle se montre nettement plus ambitieuse que RTE dans ses cinq scénarios - dont le plus optimiste table sur une réduction de la part du nucléaire à 11% d'ici 2035 avec 71% d'ENR et 18% de thermique, d'où la pollution -, négaWatt ne rejette pas pour autant les conclusions du gestionnaire du réseau. "Si les scénarios qui en résultent montrent la difficulté à atteindre dans des conditions maîtrisées l’objectif décidé de réduction de la part du nucléaire du fait de l’inaction des dernières années, ils sont loin de montrer que c’est impossible", écrit l'association. "Au contraire, les options explorées par RTE montrent (...) que réduire la capacité nucléaire installée par rapport au niveau actuel est, dans tous les cas, économiquement pertinent."

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