Espèces menacées, mais aussi régénération : les impacts contrastés des feux de forêt sur l'environnement

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INTERVIEW - Alors que des centaines d'hectares sont en flammes dans plusieurs départements du sud-est du pays et en Corse, la question de l'impact environnemental des incendies se pose. Michel Vennetier, ingénieur forestier et docteur en écologie, explique dans quelle mesure le feu profite à l'équilibre d'un écosystème.

Cela fait trois jours que les pompiers luttent contre les flammes dans le Sud-Est de la France. Si les images de ces milliers d'hectares ravagés sont apocalyptiques, l'impact des incendies de forêt sur les écosystèmes méditerranéens est bien plus nuancé qu'il n'y paraît. Contre toute idée reçue, l'espace forestier ne craint pas le feu par nature et en a même besoin pour conserver un équilibre. Pour comprendre pourquoi et dans quelle mesure,  LCI.fr a demandé son éclairage à Michel Vennetier, ingénieur et chercheur à l'Irstea (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture).

La forêt brûle par nature et a toujours brûléMichel Vennetier

La Rédaction de LCI : Quel est l’impact des feux de forêt sur l’environnement ?

Michel Vennetier : Concernant la faune, il faut distinguer les animaux qui sont capables de se sauver de ceux qui ne peuvent pas bouger, comme la tortue d'Hermann, qui se trouve directement menacée ces jours-ci par exemple. Concernant la flore, pour faire simple, elle va être plus ou moins intégralement détruite lors d’un incendie. Mais il est important de dire que les feux font naturellement partie du fonctionnement des écosystèmes méditerranéens à condition que leur fréquence ne soit pas trop élevée, et qu'il existe une variété à l'échelle des paysages. Autrement dit, la forêt a l’habitude de vivre avec le feu et est constituée d’espèces habituées à se régénérer. Certaines ont même besoin de perturbations telles que le feu pour se renouveler. C’est par exemple le cas d’un certain nombre d’arbres qui sèment des graines qui attendent précisément un événement de ce genre pour germer. Si une même zone ne connaît pas plus de deux ou trois feux en cinquante ans, la forêt est normalement capable de se régénérer sans qu’il y ait de conséquences écologiques à long terme. Et au bout de quelques dizaines d’années, on peut espérer retrouver un espace forestier à peu près similaire. Mais pour permettre à toutes les espèces de survivre et de se reproduire, il faut qu’il y ait une combinaison à l’échelle d’un territoire entre le zones brûlées et non brûlées.

On va vers une dégradation de l’écosystème relativement probableMichel Vennetier

La Rédaction de LCI : Cette fréquence et cette variété sont-elles respectées actuellement ?

Michel Vennetier : Pour l'instant, le régime des feux diminue mais avec le changement climatique les feux tendent à passer plus souvent sur certaines zones et l'on va dans le sens d’une augmentation en nombre et potentiellement en taille. Or, il y a une fréquence de feu au-delà de laquelle une rupture peut avoir lieu : les espèces perdent leur capacité à se régénérer, au risque de perdre l’aspect forestier au profit des garrigues ou des maquis. Plus généralement, c'est la répétition des sécheresses combinée à la répétition des feux qui est un réel danger pour écosystème.

La Rédaction de LCI : Qu'en est-il de l’impact des produits, tels que le retardant, utilisés pour ralentir la propagation des feux ?

Michel Vennetier : Il existe un petit nombre de produits homologués pour limiter la propagation, dont fait partie le retardant. Il est constitué de molécules simples sans impact sur la santé humaine et a priori sur l'environnement. Elles ont vocation à absorber de grosses quantités de chaleur pour libérer l’eau qu’elles contiennent et permettre à la végétation de brûler moins rapidement. Les fumées qui se dégagent alors, rouges à cause de l'oxyde de fer, sont beaucoup plus spectaculaire que nocives. Surtout dans les régions qui sont riches en fer. Des tests ont notamment été effectués sur les fumées émises montrant qu'il n'y avait pas d'effet.

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