La mort est-elle réversible ? Les progrès de la cryogénisation

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MONDE DE DEMAIN - Depuis les années 1960, on congèle des corps dans l’espoir que les avancées technologiques futures nous permettront de les ressusciter. Près de soixante ans après son invention, où en est la cryogénisation ? Eclairage.

En chemin vers la vie éternelle ? Se faire cryogéniser, dans l’espoir un jour de pouvoir guérir d'une maladie actuellement incurable ou de rajeunir grâce à des techniques mêlant biotechnologies et génétique, n’a (presque) plus rien d’un délire de science-fiction. La première étape, en tout cas, est au point. Quelques 300 personnes reposeraient déjà dans ces antichambres de l'immortalité à travers le monde, dans l'attente d'être ressuscitées. Entre sa légalité, les tarifs affichés, sans parler du manque de garantie quant à son succès, ainsi que des aspects religieux et philosophiques, les critiques à l'égard de la cryogénisation ne manquent pas. 

En quoi consiste le processus de cryogénisation ?

Se présentant comme des ambulances vers le futur, plusieurs instituts de cryogénisation proposent aujourd’hui leurs services, comme The Cryonics institute et Alcor Life Extension, aux Etats-Unis. Du côté de l’Europe, on trouve notamment KrioRus à Moscou en Russie. Comptez entre 30.000 et 200.000 dollars pour reposer chez eux. La cryogénisation consiste à conserver une partie ou tout un être humain, en état de mort clinique, dans l’azote liquide à une température de – 196 degrés Celsius. Plus précisément, les fluides corporels (comprendre, le sang et l’eau) sont remplacés par une substance cryoprotectrice, en l’occurrence un liquide synthétique agissant comme de l’antigel.

Il y a quelques années encore, il était difficile de conserver les "patients" en bon état, car la glace abîmait les tissus. Mais depuis 2004, grâce aux avancées sur la nanotechnologie moléculaire, la pratique de la "vitrification" empêche la formation de cristaux de glace. Le principe est exactement le même que celui utilisé pour la conservation des ovocytes et des spermatozoïdes. Une fois vitrifié, le patient peut rester dans cet état pendant des siècles, en attendant sa résurrection, assure la société KrioRus. Et tant mieux. Car le réveil, lui, n'est pas pour tout de suite.

"La sortie du processus n'est absolument pas maîtrisée", nous assure Marc Roux, chercheur affilié à l’Institut d’éthique et des technologies émergentes (IEET, pour "Institute for Ethics and Emerging Technologies") et président de Technoprog, l'association française transhumaniste. Cette dernière a publié en 2013 une tribune sur son site internet pour exprimer son scepticisme quant aux fondements de cette pratique scientifique. "La cryogénisation est enfermé dans un cercle vicieux : pas de preuve scientifique, donc pas de financement", pointe le chercheur.

Où en est-on sur le plan des recherches ?

Pourtant, des chercheurs y travaillent, avec des résultats relativement encourageants. Le centre de recherche californien Twenty First Century Medecine a par exemple réussi à cryogéniser un rein de lapin et à le ranimer en le greffant sur un autre animal. Une première étape avant la cryogénisation d’un mammifère entier, avec l’espoir de le réveiller vers 2030. Pour les humains, en revanche, cela devrait prendre beaucoup plus de temps. Peut-être des siècles ? Transhumaniste convaincu, Raymond Kurzweil, actuellement directeur de l'ingénierie chez Google, se veut plus optimiste. A en croire le futurologue américain, il sera possible de réanimer quelqu’un d'ici une trentaine, voire une cinquantaine d’années. Reste à savoir si la mémoire des patients serait elle aussi conservée, ce qui semble aujourd'hui peu probable.

Combien de personnes ont déjà sauté le pas ?

A ce jour, plus de 2000 personnes à travers le monde ont signé un contrat de cryogénisation, qui prendra acte une fois leur heure venue. Au même titre qu'un traitement expérimental, il n'y a aucune garantie de succès. "Nous ne pouvons pas certifier à une personne souhaitant qu’on la cryogénise que les sciences et les technologies qui existeront d'ici quelques siècles lui donneront une nouvelle vie", admet The Cryonics Institute. "Mais les candidats à la cryogénisation en sont bien conscients", assurait l'un de ses directeurs, interrogé par l'Express

Il y a cinq ans, un juge britannique a autorisé les parents d’une jeune fille de 14 ans à envoyer son corps aux Etats-Unis pour la faire cryogéniser. Dans une lettre rédigée avant sa mort, la jeune fille, atteinte d’une forme rare de cancer, l’avait prié de lui donner une chance de "vivre plus longtemps". Comme elle, dans le monde, quelque 300 personnes ou parties de corps inertes seraient conservées dans des silos à basse température. Parmi eux, on trouve une majorité de "neuros", nom donné à ceux qui ont choisi de cryogéniser uniquement leur tête - et donc leur cerveau, du fait que les chances de succès seraient prétendument plus grandes.

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En France, que dit la loi ?

En France, la loi du 15 novembre 1887 donne le droit à chacun d’organiser comme il le souhaite ses propres funérailles. Mais en pratique, seuls deux modes de sépulture, l’inhumation et l’incinération, sont autorisés - en plus du don de son corps à la science. La loi ne dit rien de la cryogénisation : elle ne l’autorise pas, ni ne l’interdit. "il y a quelques années,  une famille française avait fait une demande - l'affaire du Docteur Martinot, ce qui avait entraîné une jurisprudence défavorable", rappelle Marc Roux.

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