Le Japon a largué une bombe sur un astéroïde : un scientifique nous raconte l'opération

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HISTORIQUE - Pour la première fois, une sonde spatiale a largué un projectile vers la surface d'un astéroïde, en l'occurrence Ryugu. Une expérience inédite que nous raconte l'astrophysicien Patrick Michel, qui a assisté aux opérations depuis la salle de contrôle de l'agence spatiale japonaise, à Tokyo.

Jamais une telle opération n’avait été menée. Pendant la nuit de jeudi à vendredi, à quelque 340 millions de kilomètres de la Terre, la sonde japonaise Hayabusa-2 a catapulté un projectile de deux kilogrammes vers la surface d'un astéroïde nommé Ryugu. "C'est un moment extraordinaire dans l’histoire spatiale", s’enthousiasme Patrick Michel, contacté par LCI vendredi matin quelques heures seulement après l’annonce du succès de l'expérience. Le chercheur, directeur de recherches au CNRS à l’Observatoire de la Côte d’Azur et membre de l’équipe scientifique de la mission, a eu l'honneur d'assister en direct à l'opération depuis le centre de contrôle de l’agence spatiale japonaise (Jaxa) à Tokyo.


Une fois n’est pas coutume, ce n’est donc pas un rocher spatial qui a frappé la Terre, mais bel et bien l’humanité qui a frappé un rocher spatial. Jeudi à la mi-journée, Hayabusa-2, qui est positionnée depuis plusieurs mois en orbite à 20 km de l'astéroïde, a tout d'abord commencé à descendre vers ce petit corps céleste d'un diamètre de 900 mètres.   

On aperçoit un jet de matière sortant de la surface de l’astéroïde dans les 3 ou 4 secondes qui ont suivi l’impactPatrick Michel.

Pour éviter les débris éventuels et l’effet de recul, très prononcé dans le vide sidéral, l'équipe de la mission a utilisé un impacteur. "Vers 3 heures du matin (heure de Paris), Hayabusa-2 a largué une petite boîte chargée d’explosif, puis elle s'est écartée pour libérer une petite caméra afin de pouvoir filmer la déflagration et l’impact en direct, avant de se mettre à l’abri derrière l’astéroïde. Le tout en l'espace de 40 minutes", décrit Patrick Michel, joint par e-mail. Le projectile a ensuite été propulsé à 7200 kilomètres par heure – l'équivalent de la vitesse d’une balle de fusil.


Le tir a atteint sa cible comme prévu à 3h36. "Nous avons dû attendre quelques minutes pour avoir les premières images filmées par la petite caméra déployée avec le projectile, nous confirmant que l’impact s’était bien produit", explique l'astrophysicien. Sur le cliché est alors apparu "un jet de matière sortant de la surface de Ryugu trois ou quatre secondes après le tir, ce qui a fait sauter de joie toute l’équipe à un niveau de décibels tel que tout Tokyo a dû nous entendre",  s’amuse-t-il.

"La mission Hayabusa-2 va de succès en succès, alors que ces opérations sont d'une extrême complexité", souligne Patrick Michel. Sur le plan scientifique, cette expérience doit permettre aux chercheurs d’avoir une meilleure idée des propriétés mécaniques du sol de Ryugu et plus généralement des astéroïdes."Nous allons enfin savoir si les gros rochers que nous apercevons à la surface sur les images sont friables ou non. L’idée est d’aller ensuite récolter un échantillon dans ou à proximité du cratère pour le comparer avec celui pris directement sur la surface en février dernier", poursuit le scientifique.


En raison de la faible gravité qui règne dans cet environnement, l'équipe de la mission devra néanmoins patienter encore deux semaines, le temps que les débris retombent, avant d’aller voir de plus près le cratère. Il pourrait atteindre dix mètres de diamètre si la surface est sablonneuse. Mais il pourrait être plus petit, de trois mètres seulement, s'il est rocheux. "Nous devrions avoir des images de meilleures qualités et le film de l’impact, voire peut-être des informations sur la taille du cratère d’ici quelques jours", espère Patrick Michel

En vidéo

ARCHIVES - Regardez Hayabusa-2 butiner du nectar interstellaire la surface de l'astéroïde Ryugu

Le retour des échantillons est prévu pour fin 2020

L'appareil de l'agence spatiale japonaise avait déjà réussi une première collecte de grains d'astéroïde fin février dans une zone relativement plate. Une vidéo diffusée début mars (voir ci-dessus)  permet de visualiser à quel point l’opération était délicate.  


Hayabusa-2 rapportera les échantillons sur Terre fin 2020. L'aventure continue.

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