Les bébés oiseaux communiquent entre eux bien avant de sortir de l’œuf

Sciences
ANIMAUX - Une étude menée par deux scientifiques espagnols montre que les oisillons peuvent communiquer avec leurs congénères, notamment pour les alerter d'un danger, avant même l'éclosion de leur œuf.

Bien avant de sortir de leur œuf et d’apercevoir la couleur du ciel, les bébés oiseaux ont conscience du danger qui les guette. Certains vont même jusqu’à faire vibrer leur coquille pour avertir leurs congénères encore non éclos de la présence d’un prédateur à proximité. En d'autres termes, les bébés oiseaux n'apprendraient pas uniquement de leurs parents, une fois éclos. Ils se formeraient également au contact de leurs frères et sœurs, bien avant à l'intérieur du nid. C’est en tout cas ce que révèlent des observations en laboratoire menées par deux chercheurs de l’Université de Vigo, en Espagne. 


Le duo de scientifiques a étudié au total 90 goélands à bec jaune encore au stade prénatal. Pour l'expérience, les fœtus d'oiseau ont été divisés en plusieurs couvées – l’équivalent d’un nid. Les chercheurs ont ensuite séparé en deux groupes les œufs d'une même fratrie. Aux premiers, les chercheurs ont diffusé, à l’aide d’une enceinte audio, les cris d’alarme qu’utilisent habituellement les adultes pour avertir les autres spécimens d’un danger. A leur écho, les œufs se sont mis à "trembler" frénétiquement. 

Ils ont partagé l'information avec leurs frères et soeurs

 Dans le même temps, ceux de l'autre groupe, qui avaient été placés à l'intérieur d’une boîte insonorisée, n'ont pas bougé d’un iota. "Les embryons de goélands modifient leur position – à l’intérieur de l’œuf - lorsqu'ils sont exposés à des cris d'alarme émis par des adultes, ce qui a pour effet de faire vibrer l'œuf", expliquent les scientifiques, dont les travaux sont parus dimanche 21 juillet dans la revue Nature, Ecology and Evolution. Mais ce n’est pas tout. Et c’est là que la découverte de ces deux chercheurs devient vraiment intéressante.


Lorsque les embryons exposés aux cris d’alarme ont été réintroduits dans le nid, il semble que ces derniers aient transmis à leurs frères et sœurs l’information, à savoir qu’un prédateur rodait dans les parages. Or, comme l'expliquent les chercheurs, cet événement a eu pour effet de modifier leur comportement. "Les embryons du groupe ont présenté une éclosion plus tardive que les autres couvées, aussi bien les œufs qui avaient été exposés à des cris d'alarme que les autres", relèvent-ils.

Les oiseaux étaient davantage à l'affût du danger

Les scientifiques ont constaté que ces communications influencent de façon significative la manière dont les oiseaux se développent par la suite, ainsi que leur comportement après l'éclosion. En effet, les poussins ayant été exposés à ces alertes étaient "plus rapides à s’accroupir après avoir écouté les appels d’alarme des adultes que ceux du groupe témoin, qu’ils aient été manipulés ou non", soulignent les chercheurs. En d'autres termes, les couvées qui avaient pris conscience du danger se sont développées pour mieux s'y préparer après leur éclosion. 

De fait, il n’y a rien d’étonnant au fait que les poussins soient en mesure de ressentir le danger, tout en continuant à se développer. C’est également le cas chez l’être humain. Les fœtus peuvent en effet distinguer les bruits venant de l’extérieur et réagissent à certains sons, même in utero. Cependant, la manière dont ces événements affectent le développement des bébés goélands (éclosion tardive), ainsi que leur comportement (davantage à l’affût du danger), constitue en revanche une découverte majeure. Les scientifiques de l’Université de Vigo ne comptent pas s’arrêter là et poursuivent désormais leurs recherches en s’intéressant cette fois aux facteurs environnementaux.

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