Les biocarburants à l'éthanol, au colza ou à l'huile de palme... : c'est bon ou c'est mauvais pour l’environnement ?

Les biocarburants à l'éthanol, au colza ou à l'huile de palme... : c'est bon ou c'est mauvais pour l’environnement ?
Sciences

POLÉMIQUE – L'Assemblée avait voté le 14 novembre 2019, avec l'aval du gouvernement, un amendement parlementaire prévoyant le report à 2026 de l'exclusion de l'huile de palme de la liste des biocarburants, qui bénéficient d'un avantage fiscal. Face au tollé, Edouard Philippe est monté au créneau vendredi pour réclamer un second vote de l'Assemblée. On fait le point sur ce biocarburant controversé.

Une polémique de plus. Ce vendredi, le Premier ministre Edouard Philippe est monté au créneau pour réclamer un second vote de l'Assemblée. La veille, l'Assemblée avait voté, avec l'aval du gouvernement, un amendement parlementaire prévoyant le report à 2026 de l'exclusion de l'huile de palme de la liste des biocarburants, qui bénéficient d'un avantage fiscal. A cette occasion, on revient sur l'impact écologique des biocarburant dont celui à l'huile de palme, au centre de la controverse en cette mi-novembre.

Il existe plusieurs types de biocarburants, l'éthanol qui est un mélange d'essence et d'alcool et le biodiesel, qui est un dérivé d'huile végétale. Dans les deux cas, le biocarburant est produit à partir de ressources alimentaires comme le colza, la canne à sucre,  le tournesol ou le palmier à huile. On les appelle biocarburants de première génération. 

S'ils sont produits de manière industrielle aujourd'hui, cette production reste limitée. Premièrement parce que le rendement est assez faible. Selon un rapport de la DIREN/ADEME, si l'on veut supprimer le pétrole en France et rouler uniquement au biocarburant, il faudrait consacrer 66 % du territoire à la culture du colza  et même 86 % si l'on s'appuie sur la culture du tournesol. Ce besoin de terres arables pose le problème de la déforestation mais aussi de crise alimentaire. 

Déforestation, car des millions d'hectares de forêt primaire sont sacrifiés pour y planter du soja ou des palmiers à huile. Crise alimentaire parce que ces cultures entrent en concurrence avec la production alimentaire. Selon Vedura, ces biocarburants "enlèvent du marché alimentaire mondial 100 millions de tonnes de denrées alimentaires". Cette concurrence fait d'emblée grimper les prix des denrées car l'offre diminue.

La culture intensive a également un impact. Les associations écologistes pointent du doigt l'utilisation de machines consommatrices de carburants, l'utilisation de pesticides, la pollution des sols... . RTS estime qu'"on dépense 1 litre d'énergie conventionnelle - généralement non renouvelable – pour produire 3 litres de biocarburant. Et il arrive même qu'on en dépense plus qu'on en produit!"

L'ONG européenne Transport et Environnement estime même que les biocarburants émettent plus de gaz à effet de serre que les combustibles fossiles, c'est à dire l'essence et le diesel. Le biodiesel issu de l'huile de Palme serait ainsi trois fois plus nocif que le diesel... Face à tous ces effets néfastes, les experts préfèrent le terme d'agro-carburant, plutôt que biocarburant, une terminologie qui peut porter à confusion. 

Des biocarburants alternatifs

Clairement, les biocarburants ne semblent pas une solution viable mais tout n'est pas perdu. Car les critiques se focalisent sur les biocarburants de première génération. Les scientifiques ont mis au point d'autres méthodes de fabrication. Les biocarburants de deuxième génération sont ainsi produits à partir de végétaux non-alimentaires, c'est-à-dire à partir de déchets agricoles, de bois, de plantes dédiées comme le peuplier.

Une troisième génération de carburants est à l'étude, il s'agirait alors d'utiliser des algues, des plantes poussant dans des lieux peu fertiles et n'entrant pas en concurrence avec les terres cultivables ou encore des bactéries. Peut-être, le moyen de voir le biodiesel enfin écologique.

  

Une 3 e génération de biocarburants fabriqués à partir d’algues est également envisagée. Mais il y a encore beaucoup de défis techniques et économiques à relever, avant que ces biocarburants soient un jour peut-être dans nos réservoirs.Mais le rendement est assez faible. Selon un rapport de la DIREN/ADEME, pour remplacer l’intégralité du pétrole utilisé dans les transports, il faudrait consacrer 66 % du territoire français à la culture du colza, ou 86 % du territoire à la culture du tournesol. 

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