Les ennuis s'enchaînent pour la station spatiale : faut-il s'inquiéter pour l'avenir de l'ISS ?

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DÉCRYPTAGE - Depuis quelques mois, les problèmes s'enchaînent pour la Station spatiale internationale. Dernier en date : l'arrêt de l'envoi des fusées russes Soyouz après l'incident survenu jeudi lors d'un lancement depuis Baïkonour. Doit-on pour autant s'inquiéter pour l'avenir du laboratoire ? LCI a posé la question à Jean-François Clervoy, l'un des rares Français à être allés l'espace.

Ce laboratoire scientifique volant, piloté par la Nasa et développé conjointement avec son homologue russe Roscomos, est l’un des rares exemples de coopération internationale, dans un contexte de tensions sans précédent depuis la Guerre froide. Placée en orbite basse autour de la Terre le 20 novembre 1998, à quelque 400 kilomètres au-dessus du plancher des vaches, la Station spatiale internationale (ISS) a fêté ses 20 ans cette année. "Elle transcende la géopolitique terrestre. Depuis la mise en place de ce projet, il n’y a jamais eu de conflit entre les pays membres autour de ce projet", relève le spationaute français Jean-François Clervoy, joint par LCI et qui a travaillé sur les systèmes de contrôle de l'ISS.


Pourtant, depuis quelques mois, les pépins s’enchaînent. Le dernier en date : jeudi 11 octobre, le vaisseau russe Soyouz MS-10 qui devait transporter l’astronaute américain Nick Hague et le cosmonaute russe Alexeï Ovtchinine vers l'ISS a connu une défaillance de moteur. La capsule spatiale n'a pas été en mesure d’atteindre l’orbite du laboratoire spatial. Les deux hommes qui se trouvaient à bord sont revenus indemnes. Mais à la suite de cet échec, tous les lancements ont été suspendus et une enquête criminelle a été ouverte par Moscou.

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Les membres d'équipage peuvent rester plus longtemps que prévu

Or, depuis la mise en retraite de la navette américaine, en juillet 2011, les Soyouz sont le seul moyen d'y acheminer des scientifiques. Une dépendance qui devrait néanmoins prendre fin prochainement avec les premiers vols habités des capsules Starliner de Boeing et Dragon 2 de SpaceX. En attendant, quid du prochain lancement, avec trois nouveaux membres d'équipage, prévu pour le 20 décembre prochain ? Il est trop tôt pour le dire.


De son côté, la Nasa, qui affirme garder de "merveilleuses relations" avec Roscosmos, a fait savoir qu'elle continuerait d'utiliser les fusées Soyouz pour envoyer ses astronautes à bord. "Le partenariat autour de ce projet est très solide et les stations précédentes ont connu pire sans pour autant être remises en cause", confirme Jean-François Clervoy. Pour lui, il n'y a donc aucune raison de s’affoler : "Il n'est pas exclu que les trois occupants actuels doivent rester plus longtemps que prévu. Mais il y a suffisamment de vivres à bord. D'autant que l'ISS est régulièrement ravitaillée par des missions cargo japonaises et américaines". La station est en outre entièrement pilotable à partir du sol et peut être maintenue longtemps en orbite si un vaisseau de ravitaillement y est amarré.

Fuite d'oxygène

Autre souci : le 29 août dernier, la Nasa et Roscosmos ont détecté une fuite d’oxygène à bord de l'engin. En cause : un trou de 2 millimètres de diamètre sur une paroi du vaisseau Soyouz MS-09. Roscosmos, responsable du module défectueux, a tout d'abord évoqué un possible impact de micrométéorite pour expliquer l’incident. Mais la piste  a été rapidement abandonnée par les enquêteurs russes .


'Est-ce un défaut de fabrication ou bien un acte prémédité ?", s’était alors interrogée l'agence spatiale russe, en laissant entendre qu’un des occupants aurait pu être à l’origine d’un sabotage. "Il est revenu sur ses déclarations, rappelle Jean-François Clervoy. Une enquête est toujours en cours pour déterminer la cause de l’incident. Tout le monde s’accorde aujourd’hui sur le fait que le trou a été fait sur Terre par une perceuse et qu’il a mal été colmaté. Les relations entre les deux agences sont restées tout à fait cordiales."

Vers une privatisation de l'ISS ?

Reste la question délicate du financement du laboratoire spatial. En février dernier, la Maison Blanche a fait part de sa volonté de ne plus financer le coûteux programme de la Nasa d’ici à quelques années -les Etats-Unis ont à ce jour dépensé environ 100 milliards de dollars dans la construction et les frais de fonctionnement de l’ISS. "La décision de mettre fin au soutien fédéral direct pour l’ISS en 2025 ne signifie pas que la plateforme elle-même sera retirée de l’orbite à ce moment-là", précisait la Nasa, dans un document interne dont le Washington Post a eu connaissance. 


"La Station spatiale internationale restera opérationnelle au moins jusqu’en 2028, date jusqu’à laquelle les différents partenaires se sont engagés à financer le programme", martèle Jean-François Clervoy. "Le programme étant coûteux, nous assisterons clairement à un désengagement progressif de la puissance publique, poursuit le spationaute. Il y a eu des discussions avec plusieurs acteurs privés, surtout aux Etats-Unis. Il y aura donc probablement une sorte de cogestion public-privé", prédit-il.


Au-delà de 2028, afin de succéder à l'ISS, les agences envisagent la construction d’une station sur une orbite cislunaire, c’est-à-dire une orbite autour du couple Terre-Lune. Ce nouveau laboratoire pourrait voir le jour d’ici moins de deux décennies si un programme disposant d’un financement international est mis sur pied, permettant au symbole d’une présence humaine permanente dans l’espace de perdurer un peu.

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