Les fourmis aussi prennent des "arrêts maladies"... pour le bien de toutes

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NATURE - Lorsqu'une colonie de fourmis est attaquée par une bactérie contagieuse ou un champignon, les ouvrières atteintes prennent des "arrêts de travail" pour s'isoler et éviter de contaminer les fourmis saines. Pour la première fois, des chercheurs ont observé ce système de protection collective. Explications.

Depuis plus de cent millions d'années, les fourmis se causent, soucieuses d'assurer la cohésion et la survie de leur colonie en se lançant des "suis-moi !", "attention danger !", "par ici la nourriture", "allez, viens me faire des bébés"... Il va falloir ajouter une nouvelle phrase à leur vocabulaire : "Fais gaffe, j’ai chopé un virus !". Car, dans cette société de la promiscuité et de l’échange permanent, une menace rôde : l’infection. Qu’une d’elles soit infectée par un bactérie ou champignon, et c’est toute la colonie qui peut rapidement disparaître. Les insectes ont donc développé des parades d’une grande inventivité. 


On le sait, dans le monde formidable des fourmis, l’organisation du travail s’appuie sur un système de castes. Grosso modo, les plus jeunes jouent les nurses, en gavant les larves au centre de la colonie, tandis que les fourmis plus âgées, les ouvrières, partent faire les courses à l’extérieur du nid. Or, de ce fait, ces dernières sont plus exposées que les autres aux maladies. En cas d’attaque par un pathogène, les ouvrière atteintes prennent donc des "arrêts maladie" pour s’isoler et éviter de contaminer les fourmis saines, rapporte Le Figaro relayant une récente étude parue dans la revue Science

Pour la première fois, une équipe de chercheurs  de l’Institut de science et de technologie d’Autriche (IST Austria) et de l’Université de Lausanne (Suisse) a en effet réussi à démontrer que le réseau social des fourmis se modifiait significativement, en instaurant des mesures de protection pour le bien-être de la communauté. Pour parvenir à cette découverte, les scientifiques ont placé des marqueurs sur des milliers de spécimens d’une espèce de fourmi parmi les plus communes, la fourmi noire des jardins (Lasius niger).

Les individus les plus précieux doivent survivreLaurent Keller, de l'institut de sciences et de technologies d'Autriche

Les chercheurs ont placé les insectes, répartis en 22 colonies, dans des boîtes rectangulaires dont une partie est plongée dans le noir, mais où le plafond laisse passer les infrarouges - que les fourmis ne voient pas. Une caméra filmant à deux images par seconde permettait d’observer leurs interactions sociales. Les scientifiques ont ensuite exposé toutes les ouvrières à des spores. Ils se sont alors aperçus que les fourmis détectaient rapidement la présence des agents pathogènes et modifiaient leur comportement en conséquence, dans le but de minimiser leur propagation. 


De ce fait, les ouvrières interagissaient davantage avec d’autres ouvrières, mais beaucoup moins avec le reste de la colonie. Pendant ce temps, les infirmières protégeaient davantage la reine, la seule à pouvoir se reproduire, et les plus jeunes fourmis. "Les fourmis changent la manière dont elles interagissent et avec qui elles interagissent", explique Sylvia Cremer, principale auteure de l’étude. "Dans une colonie, tous les insectes ne doivent pas nécessairement être protégés – mais les individus les plus précieux doivent survivre", précise Laurent Keller, son co-auteur.

Se nettoyer, une seconde nature chez la fourmis

Dans de précédents travaux, publiés en février dernier dans le journal eLife et en mars dans la revue PNAS, l'équipe dirigée par Sylvia Cremer révélait déjà quelques aspects de ce système particulièrement sophistiqué de protection collective : le nettoyage. En effet, quand l’une des ouvrières rentre d’une expédition extérieure, l'une de ses camarades se charge immédiatement de vérifier sa propreté. Dès qu’elle détecte quelque chose de suspect, celle-ci pulvérise, depuis un organe situé sur son postérieur, un spray sur les zones touchées par des spores, puis lèche abondamment les plaies après avoir préalablement placé dans sa bouche un peu d’acide. Telle une infirmière qui utiliserait du sérum physiologique...

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