En dépit ce que nous dit Hollywood, démolir un astéroïde tueur serait plus dangereux qu'on ne l'imagine

Sciences

APOCALYPSE NOW - Imaginez qu'un astéroïde se dirige vers la Terre, menaçant l'humanité dans son ensemble. Doit-on le détruire ou le détourner ? Pour le savoir, des scientifiques ont réalisé des simulations sur ordinateur. Un indice : leurs conclusions ne sont pas celles qu'on a l'habitude de voir dans les films de science-fiction.

En dépit de ce que racontent les films hollywoodiens, le fait d'empêcher un astéroïde de rayer la Terre de la carte de l'Univers, en le faisant imploser en plein vol, ne sauvera probablement pas l’humanité de l'apocalypse. Bien au contraire. C’est en tout cas ce que révèle une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique Icarus. Face à la perspective qu’un astéroïde pourrait un jour menacer de s’abattre sur nos têtes, diverses solutions défensives ont déjà été envisagées.

Les films de science-fiction (rappelez-nous d'Armageddon de Michael Bay, sorti en 1998) privilégient généralement la méthode forte : l'usage d’armes nucléaires capables de réduire en miettes un rocher venu de l’espace. Mais c’est rarement l’option préférée des scientifiques, même si l’utilisation d’engins spatiaux embarquant un système de laser surpuissant est à l’étude en ce moment même au sein de l'agence spatiale américaine. Mais si l'on en croit les nouvelles recherches, c'est loin d'être l'option idéale.

Les scientifiques ont simulé l'apocalypse

Par le biais de modèles informatiques, une équipe de scientifiques a simulé la rencontre explosive entre deux astéroïdes. Le scénario élaboré par ces chercheurs : un gros caillou de 1.200 mètres filant à la vitesse 18.000 km/h percute de plein fouet un rocher spatial encore plus massif de 25 kilomètres de long, potentiellement dangereux. Juste après la collision, l'astéroïde le plus imposant s’étant fissuré, un amas de débris a commencé à s’échapper de son ventre, comme dans l'exemple ci-dessous.

En dépit de quelques fractures profondes, le cœur de l'astéroïde n'a pas été entièrement détruit indiquent les scientifiques dans leur compte-rendu. Plus surprenant encore, ils ont constaté que l'attraction gravitationnelle de son noyau lui a permis de récupérer une partie des fragments éjectés à mesure que le temps passait. A la vue de cette expérience, il semble donc que les astéroïdes de grande taille ne sont pas seulement en mesure d'encaisser des chocs ultras violents, ils sont aussi capables de se reconstituer.

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Des risques de débris collatéraux

Selon le principal auteur de l’étude, l’astrophysicien Charles El Mir, qui travaille sur la question de la neutralisation des astéroïdes à l'Université Johns Hopkins de Baltimore (Etats-Unis), ces conclusions pourraient être interprétées comme "un argument en défaveur d'une stratégie défensive" visant à la destruction d'un astéroïde qui se révélerait menaçant. De précédents travaux menés au début des années 2000 avaient pourtant démontré le contraire, arguant du fait que les astéroïdes de grandes tailles posséderaient tous de nombreuses cicatrices internes, à cause de leur histoire violente. De ce fait, si le choc porté est suffisamment violent, il serait possible de les désintégrer entièrement .

La nouvelle étude a utilisé une approche un peu différente. Les scientifiques ont fusionné deux modèles informatiques, l’un permettant de prendre en compte la réaction des matériaux face à un impact et l’autre de reproduire les effets du champ de gravitation. Ils les ont ensuite intégrés à leur  simulation. Ce modèle hybride leur a permis de voir de manière plus réaliste comment un astéroïde réagissait à la frappe d'un puissant projectile. Leur simulation a également permis de mettre en lumière des détails jusque-là manquants, notamment sur l'endroit où les fractures seraient apparues et précisément comment les fissures se propageraient à l'intérieur de l'astre.

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En dépit des améliorations apportées, l'étude a ses limites, admet son auteur. Les deux astéroïdes sont modélisés comme étant de simples morceaux de roche évoluant de manière statique, alors que dans la réalité ils tournoient sur eux-mêmes. En outre, le plus gros astéroïde, bien que constitué virtuellement de quelques fissures, ne possédaient pas d’impacts multiples résultant de son histoire passée, comme le serait un véritable astéroïde. Si Charles El Mir n'exclut pas totalement l'utilisation de projectiles pour détruire un astéroïde menaçant, il estime néanmoins que cette méthode causerait davantage de problèmes qu'il n'en résoudrait. Elle aurait notamment pour effet de transformer un boulet de canon en fragments d'obus de fusil de chasse, ce qui pourrait malgré tout décimer l'humanité si les éclats frappaient la Terre.

Mais alors qu'en dit la Nasa ?

Le bureau de coordination de la défense planétaire de la Nasa , qui surveille les astéroïdes et les comètes géocroiseurs (dont l'orbite croise celle de la Terre, ndlr), suggère plutôt de les détourner de leur trajectoire, en les effleurant du bout du doigt avant qu’ils n’atteignent la Terre. En collaboration avec plusieurs les agences spatiales, l'agence américaine l'intention de tester cette stratégie en 2022.  Un engin spatial percutera délibérément le plus petit membre d'un système d'astéroïdes binaires afin de modifier son orbite autour du corps plus grand

En fin de compte, le choix entre les deux options - déviation ou destruction - dépendra en grande partie de la rapidité avec laquelle un astéroïde tueur aura été détecté. "Une déviation réussie devient plus difficile à exécuter à mesure que le temps d'alerte diminue", souligne Megan Bruck Syal, chercheuse en défense planétaire au laboratoire national Lawrence Livermore, citée par le New York Times. "Si  le délai d'alerte est trop bref, une destruction suivie d'une dispersion des fragments pourraient être la seule option viable pour éviter l'impact", estime-t-elle.

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