Mythes et réalités autour de la pleine lune : le loup-garou, de l'animal légendaire à la maladie mentale

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LUNAIRE - Sa sphère ronde et brillante est visible en entier ce lundi 17 juin 2019. L'occasion de revenir sur cette croyance populaire selon laquelle la pleine lune aurait le pouvoir de transformer certains êtres humains en loup. Pour en savoir plus, LCI a contacté Anne Marchand, conférencière et spécialiste des contes et légendes.

La sixième pleine lune de l'année a lieu ce lundi 17 juin. En journée, comme cela arrive parfois. Ce qui n’arrange pas vraiment le loup-garou. La légende raconte que ces humains maudits (hommes et femmes) se transforment, à la nuit tombée, en créature anthropomorphe proche du loup. Le métamorphose se reproduit périodiquement, à chaque pleine lune, les condamnant à errer juqu’au matin. Doté d'une force colossale et d’une grande férocité, cet animal légendaire serait capable de tuer de nombreuses personnes en une seule nuit, en particulier les enfants, ce dont il ne se rappelle généralement plus après avoir repris forme humaine juste avant le lever du Soleil. 

Les premières références à la lycanthropie - le mot savant pour parler de ce phénomène - remontent à l’Antiquité. "L’origine même du terme vient de la mythologie grecque,  le roi d’Arcadie Lycaon ayant été changé en loup par Zeus pour avoir osé servir de la chair humaine lors d’un banquet", explique à LCI Anne Marchand, auteure et conférencière, spécialiste des contes et légendes. Dès le Ve siècle avant notre ère, Hérodote, que l’on considère comme le premier historien, relate dans ses écrits que les Grecs qui s’établirent sur les bords de la mer Noire considéraient les habitants de ces contrées comme des magiciens capables de se métamorphoser en loup.

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Du mythe antique à la superstition religieuse

"L’idée de transformation d’un être humain en animal, et pas uniquement le loup, est très ancrée dans la mythologie grecque et romaine, souligne Anne Marchand. Mais il faut attendre le Moyen-âge, dans les Lais de Marie de France (XIIe siècle), pour voir apparaître pour la première fois le terme garou : ‘warou’ signifie littéralement ‘homme-loup’ en vieux français". Suivant les époques et les récits, la transformation en elle-même peut avoir différentes causes, comme la morsure d’un loup ou d’un autre lycanthrope. "Le plus souvent, il s'agit d'une malédiction divine pour avoir transgressé une interdiction ou pour avoir commis un péché grave. Ce n’est que bien plus tard que des histoires de type 'vampires' firent  imaginer parfois une transmission par morsure", précise Anne Marchand," auteure de Seine, Mythes et légendes (aux éditions des Falaises).

La première mention connue établissant un lien entre la Lune et la lycanthropie est attribuée à Gervais de Tilbury, au XIIe siècle, dans son Livre des merveilles. L'auteur y associe la figure du loup-garou à un être maléfique ayant commis un péché abominable. "A l'origine, la transformation a lieu les soirs de nouvelle lune, et non pas à la pleine lune", relève la conteuse. Le mythe du garouage devient à cette époque une superstition religieuse. "Cela s’inscrit dans le contexte de l’époque et la volonté de l’Eglise de lutter contre le paganisme, rappelle la conteuse. La déesse de la Lune - Diane dans la mythologie romaine et Séléné dans la mythologie grecque - devient alors assimilée à une sorcière dotée de pouvoirs maléfiques et qui aurait pactisé avec le Diable".

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Gévaudan : le loup ne fait plus peur

Les populations rurales de l'époque croyaient fortement à l'existence physique de ces "hommes-loups" qui ravageaient alors les campagnes et s'attaquaient aux animaux comme aux êtres humains. A la fin du Moyen Âge, le loup était encore très présent dans les forêts d’Europe et ces croyances ont ainsi mené aux pires exécutions. Dans certains cas, il pouvait avoir des preuves de meurtre, voire de cannibalisme, contre les accusés, mais il n'y avait aucun lien, la plupart du temps, avec des loups. L'essayiste Jean Marigny dénombre ainsi en un peu plus d'un siècle, de 1520 à 1630, environ 30.000 individus qui furent reconnus coupables de lycanthropie et de sorcellerie en Europe. Un chiffre que conteste néanmoins le critique et essayiste Michel Meurger qui comptabilise, quant à lui, "une petite centaine de procédures contre les loups-garous européens".

Quoi qu'il en soit, la plupart furent condamnés au bûcher après avoir avoué sous la torture. Le site de la Bibliothèque nationale de France (BnF) foisonne ainsi de ces histoires à dormir debout qui ont marqué les annales de la justice française. A l'instar de celle du Loup-garou de Dole.  En 1574, un dénommé Gilles Garnier avoua avoir tué et mangé quatre enfants. Ce serait un fantôme qui lui aurait enseigné l’art de se métamorphoser en animal, apprend-on. Pour sa défense, Gilles Grenier aurait expliqué avoir simplement voulu survivre à la grande vague de famine qui sévissait alors. Et cela aurait pu marcher si "Gillou-le-loup" n’avait commis une petite erreur fatale : LE truc impardonnable, c’est qu’il avoua s’être fait un gueuleton d’un jeune garçon de 10 ans un vendredi saint… jour de jeûne.. Et ça, cela n'est pas passé du tout ! L'affaire de la bête du Gévaudan, en Lozère, au XVIIIe siècle, est sans doute l'un des exemples les plus marquants de la peur du loup-garou. 

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Le loup-garou fait-il encore peur ?

A partir de la Renaissance, la lycanthropie est scientifiquement reconnue comme une pathologie psychiatrique : on parle désormais de lycanthropie clinique. Pour le dire simplement, le patient pense qu'il a la capacité de se transformer en loup  ou en tout autre type d'animal. Aujourd'hui, la croyance dans le fait que son propre corps puisse se transformer en celui d'un loup s'appelle la zoopathie : un trouble mental qui se caractérise par un délire paranoïde souvent associé à des hallucinations. 

Reste une question : le loup-garou fait-il encore peur ? Pas sûr… Difficile en effet, aujourd’hui, pour cette créature chimérique de rivaliser avec les grandes icônes de l’épouvante. Certes, sa première apparition à l’écran, au milieu des années 1930, dans le film à frissons Le monstre de Londres, l'avait propulsé en haut de l'affiche. Personnage emblématique de la littérature fantastique, il a ensuite connu une longue traversée du désert, relégué au second plan par les nouveaux maîtres de l'horreur : les zombies ! Pourtant, tout comme les vampires, on l'a vu dernièrement réapparaître dans plusieurs sagas à succès, comme Underworld (2003-2016) ou Twilight (2008-2012). Preuve que le loup-garou reprend peu à peu du poil de la bête. 

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