Occupation levée du Centre spatial en Guyane : au fait, pourquoi a-t-on choisi Kourou pour faire décoller nos fusées ?

Sciences
DÉCOLLAGE - Les manifestants qui occupaient le Centre spatial de Kourou, devant lequel a été organisé un sit-in géant mardi, ont mis fin à leur rassemblement. Un symbole fort pour ces grévistes qui regrettent que la Guyane, elle, ne décolle pas. Il est vrai que, vu de métropole et même du monde entier, ce territoire ultramarin est principalement connu pour son centre spatial. A LCI, on s’est posé une question toute bête : mais au fait, pourquoi faisons nous décoller nos fusées de là-bas ?

La ville de Kourou revient habituellement dans l’actualité aux pages scientifiques. Des lancements de fusées Ariane aux  Soyouz russes, on s’émerveille, année après année, devant les impressionnants décollages opérés depuis le centre spatial guyanais. Les États-Unis ont leur Cap Canaveral, la Russie son cosmodrome de Baïkonour, et nous, nous avons Kourou. Retour sur la création d’un centre spatial "au bout du monde".


Kourou n'est pas le premier site de lancement de fusées de la France. Les scientifiques du Centre Nationale d'Etudes Spatiales (CNES) opéraient à l'origine sur le sol algérien depuis la base de Hammaguir, un site en plein Sahara. Mais l'indépendance de l'Algérie change la donne. La France doit se trouver un nouvel emplacement pour laisser libre cours à ses ambitions spatiales. Oui, mais où s'installer ? Quatorze sites sont sélectionnés, de l'archipel des Seychelles à Djibouti en passant par Belem au Brésil. Le 14 avril 1964, Georges Pompidou, alors Premier ministre du général De Gaulle, tranche : ce sera Kourou, en Guyane. Un choix qui s'impose de lui-même pour de multiples raisons.

Une proximité avec l'équateur, synonyme d'économies de carburant

Les spécialistes de la recherche spatiale cherchent à positionner leur base de lancement au plus près de l'équateur, et sur ce plan là, Kourou a un atout indéniable : elle se situe à une latitude de 5° Nord. Cette proximité permet de bénéficier d'une faible attraction terrestre : la Terre n'étant pas parfaitement ronde, ce sont les pôles qui sont les endroits du monde les plus proches du centre de la Terre, là où l'attraction est la plus forte. A l'inverse, l'intensité de l'apesanteur est la plus faible au niveau de l'équateur, point le plus écarté du centre. 


Surtout, "l'effet de fronde" y est au maximum. On peut le comparer à la force centrifuge : la Terre tourne sur elle-même et les zones les plus éloignées de son axe de rotation sont celles qui bénéficient de la vitesse la plus importante (elles ont plus de chemin à parcourir pour revenir à leur point de départ). Cela permet d'utiliser moins d'énergie pour lancer les fusées. Et qui dit moins d'énergie dit moins de carburant et de puissance dans les moteurs, et donc moins de coûts. A titre de comparaison, les Etats-Unis doivent consommer 27% d'énergie en plus que la France, et Baïkonour 55%. Cocorico ! 


Autre avantage : les satellites sont envoyés sur une orbite géostationnaire qui se situe pile au-dessus de l'équateur. En tirant de cet endroit, on est donc au plus près de la cible.

Des risques limités en cas d'accidents

Et ce n'est pas tout. Kourou jouit d'une large ouverture sur l'océan Atlantique, ce qui diminue grandement les risques humains et matériels en cas d'accident. Le pays est également à l'abri des catastrophes naturelles : pas de crainte de séismes ou de cyclones dans cette région du monde. Au moment de la création du centre spatial dans les années 60, l'appartenance de la Guyane à la France a également joué : le gouvernement pouvait s'assurer que la base spatiale bénéficierait d'une certaine stabilité politique. Si le lancement d'une fusée a certes été retardé ces derniers jours à cause de troubles sociaux, les planificateurs de l'époque craignaient plutôt un possible coup d'Etat et un changement de régime, et ils voyaient dans un territoire français l'avantage de ne pas avoir à composer avec une nation étrangère. 


Dernier argument pour choisir Kourou : sa faible densité de population. Là encore, on pensait limiter les risques humains, mais cette donnée a bien évolué. La ville de Kourou compte aujourd'hui près 26.000 habitants, et la ville de Cayenne, à proximité, près de 56.000. Car il faut souligner que le centre spatial guyanais a eu un réel impact économique sur la région, dès sa création. Un essor renforcé par la création de l'Agence Spatiale Européenne, avec qui la France partage depuis 1973 la base et qui finance aux deux tiers son fonctionnement. On estime que l'activité générée par le Centre représente aujourd'hui 15% du PIB du territoire ultramarin. 15% de la population active est également directement ou indirectement liée à son économie. 

Une "démonstration de force" qui a pris fin mercredi

Les manifestants, qui occupaient le Centre spatial de Kourou depuis mardi, ont mis fin à cette occupation mercredi en se 

targuant d'avoir effectué "une démonstration de force", a annoncé un porte-parole du mouvement . "On a voulu montrer que l'on pouvait prendre possession de tous les espaces, même stratégiques, de Guyane. C'était une démonstration de force", a indiqué à l'AFP, Manuel Jean-Baptiste, délégué du collectif Pou La Gwiyann dékolé.

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