PARTI PRIS - Pourquoi il ne faut pas avoir peur de l'intelligence artificielle

Sciences
TECHNOLOGIE - De grandes figures de la Tech ont exprimé, ces dernières années, leur inquiétude vis-à-vis des progrès de l'intelligence artificielle. Sera-t-elle la dernière invention de l’homme ? Nous avons posé la question à Jean-Gabriel Ganascia, spécialiste en IA et président du comité d’éthique du CNRS, alors qu'Emmanuel Macron doit présenter ce jeudi 29 mars son projet pour faire de la France un leader dans le domaine.

Et si la plus grande menace pour l’humanité n’était pas une catastrophe écologique ou la bombe nucléaire, mais l’intelligence artificielle ? L’idée que les humains puissent un jour vivre en compagnie de robots devenus puissamment intelligents ou être menacés par ceux-ci a toujours fasciné le monde de la science-fiction et n’a pas fini de faire recette à Hollywood : qu’on pense à des films comme "Terminator" (James Cameron, 1984), "A.I. Artificial Intelligence" (Steven Spielberg, 2001), "Ex Machina" (Alex Garland, 2015) ou bien encore, plus récemment, à la série d'anthologie "Black Mirror" (Charlie Brooker, 2011).


Mais, depuis quelques années, cette chimère dépasse le domaine de la fiction pour être relayée par des scientifiques et ingénieurs de grande renommée : l’astrophysicien Stephen Hawking et le milliardaire Elon Musk, cofondateur de PayPal, SpaceX et Tesla, ont récemment fait part, avec d’autres, de leurs inquiétudes sur les risques que l’IA faisait courir à notre civilisation. Pour Ray Kurzweil, le futurologue de Google, la chute de l’empire est même inéluctable : le développement exponentiel de la technologie marque la fin programmée de l’humanité telle que nous la connaissons, et ce n’est plus qu’une question de décennies. 


Alors qu'Emmanuel Macron s'apprête ce jeudi 29 mars à dévoiler un plan ambitieux pour faire de la France un leader de cette technologie, en passe de révolutionner l'économie et la société, un certain nombre d'acteurs s'interrogent. Nous avons demandé à Jean-Gabriel Ganascia, spécialiste en intelligence artificielle et président du Comité d'éthique du CNRS, de nous éclairer.

Il se peut que certains métiers, très spécialisés, soient voués à disparaître dans les années à venir, mais d’autres vont également continuer à se développer et de nouveaux métiers apparaîtrontJean-Gabriel Ganascia, spécialiste de l’intelligence artificielle et président du comité d’éthique du CNRS

Si les performances des technologies d'intelligence artificielle sont époustouflantes et vont continuer à l’être en étendant leurs champs d’action, ces progrès peuvent-ils nous laisser croire pour autant que les ordinateurs deviendront autonomes, et qu’ils pourront un jour prochain se passer des humains pour agir ? Dans Le mythe de la Singularité, Jean-Gabriel Ganascia démonte les "absurdités" qu’ânonnent ces techno-prophètes. "L'intelligence artificielle est la discipline qui a le plus changé le monde depuis cinquante ans. Et comme elle s'invite partout, dans nos maisons, nos voitures, nos téléphones mobiles, nos objets du quotidien, elle va prendre une part de plus en plus importante et va conduire à automatiser un certain nombre de tâches", explique-t-il. 

Demain, des algorithmes feront presque tout. Et mieux que l'homme ? "Il se peut en effet que certains métiers, très spécialisés, soient voués à disparaître dans les années à venir, mais d’autres vont également continuer à se développer et de nouveaux métiers apparaîtront, affirme le scientifique. Les machines vont être capables d’exercer des tâches qui sont pénibles, qui détruisaient l’homme, des tâches physiquement éprouvantes et dégradantes." Les robots savent très bien reproduire certaines fonctions de l’homme. Mais cela ne signifie pas pour autant qu'ils puissent un jour reproduire les comportements d’une personne, c’est-à-dire qu’ils soient capables de se fixer leurs propres objectifs. "Pour l'instant, les machines ne font qu’exécuter des actions que nous leur avons commandées de faire", relativise Jean-Gabriel Ganascia.

Vers un partenariat entre l'homme et la machine

Et surtout, promet ce spécialiste de l'intelligence artificielle, il y a des choses très positives à la clé. "On peut imaginer que les véhicules seront en partie autonomes. Il se peut qu’il y ait moins d’accidents, en particulier sur les autoroutes où les gens s’endorment. Dans le domaine médical, on peut penser qu’il y aura beaucoup de progrès, grâce au traitement d’immenses masses de données. Cela permettra de mieux comprendre un certain nombre de maladies. Cela ne veut pas dire que nous aurons des médecins qui seront des robots ou que les machines vont se substituer à la décision médicale. Cela signifie qu’un partenariat entre l’homme et la machine va permettre d'accroître considérablement nos connaissances et peut-être de soigner certaines maladies qui sont considérées aujourd'hui comme incurables."


Régulièrement, la question de l'éthique se pose : accident mortel avec une voiture autonome, chatbots racistes, robots guerriers etc. "Pour l’instant, quelques experts en intelligence artificielle et philosophes se réunissent à travers différents comités pour développer une intelligence artificielle plus humaine, précise Jean-Gabriel Ganascia. En France, il y a notamment la Commission de réflexion sur l'Éthique de la Recherche en sciences et technologies du Numérique (CERNA) et le comité d’éthique du CNRS, que j’ai la chance de présider. A l’avenir, il faudra que l’ensemble de la population comprenne que ces questions lui appartiennent. Que ce sont des débats de société et qu’il convient de faire des choix raisonnés sur le futur que nous voulons, et donc essayer de comprendre ce que nous désirons. De quoi rêvons nous ?"

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Jusqu'où ira l'intelligence artificielle ?

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