Que sait-on sur la comète 46P/Wirtanen, qui sera visible à l'oeil nu ce week-end ?

Sciences

LA MAGIE DU COSMOS - Le passage d'une comète est toujours un événement. Mais une comète visible à l'œil nu, c'est le genre de spectacle céleste à ne pas manquer. Alors que 46P/Wirtanen sera au plus près de la Terre ce week-end, nous avons demandé à Lucie Maquet, de l'Observatoire de Paris, de nous présenter ces "astres chevelus".

Depuis le début du mois, la comète 46P/Wirtanen s’élève matin après matin au-dessus de l’horizon. L’astre à la chevelure lumineuse passe, en ce moment-même, à côté de notre Soleil. "Ce corps céleste revient tous les 5 ans et demi et son éclat s’accentue à chaque fois qu’il réapparaît", s'émerveille Lucie Maquet, astronome à l’Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides (Observatoire de Paris). Ce week-end, et notamment dimanche 16 décembre, 46P/Wirtanen sera au plus près de la Terre et sera donc observable à l’œil nu après le coucher du soleil, en particulier après 20 heures.

L’astre chevelu file actuellement à la vitesse de 38 kilomètres par seconde, il se trouvera alors à moins de 12 millions de kilomètres de nous. "C’est une petite comète, le noyau de Wirtanen fait environ 750 mètres", souligne la scientifique, qui travaille depuis plus de dix ans sur l’orbite des comètes. "Si les conditions météorologiques sont bonnes, elle sera visible  à proximité des Pléiades, dans la constellation du Taureau. Avec une magnitude de 5, elle apparaîtra comme une petite nébulosité de 1 degré sous un ciel bien noir sans Lune", indique l’Observatoire de Paris

En se rapprochant du Soleil, les comètes forment une queue car une partie de la glace de leur noyau se transforme en gaz- Lucie Maquet, astronome à l'Observatoire de Paris

Contrairement aux astéroïdes, qui orbitent entre Jupiter et Mars, les comètes viennent de beaucoup plus loin, pour la plupart bien au-delà de la planète Neptune. Ces régions plus éloignées du Soleil sont plus froides. Et les comètes contiennent donc davantage de glace que leurs cousins astéroïdes. "Elles sont composées d’une tête munie d’une chevelure, appelée coma. En se rapprochant du Soleil, elles forment une queue car une partie de la glace de leur noyau se transforme en gaz ", rappelle Lucie Maquet.

Plus exactement, les comètes possèdent deux queues : l'une large et incurvée, l'autre étroite et rectiligne. "La première est due à des poussières qui diffusent la lumière solaire, alors que la seconde est due à des gaz ionisés dont la fluorescence est excitée par le rayonnement solaire", précise l’astronome. "Pour 46P/Wirtanen, ce sera néanmoins difficile d'apercevoir en détail ces deux queues dans le ciel parisien, en raison de la pollution lumineuse. Il faudra utiliser des instruments, comme des jumelles ou un télescope".

Quand la mission Rosetta ciblait 46P/Wirtanen

Depuis sa découverte à l’Observatoire Lick en Californie (Etats-Unis) en 1948 par Carl Alvar Wirtanen (d'où son nom), 46P/Wirtanen a fait l’objet d’une surveillance particulière par les astronomes, professionnels et amateurs. Sur douze de ses passages successifs au périhélie (le point le plus proche du Soleil), elle été observée à onze reprises. Elle avait même été initialement sélectionnée par l’Agence spatiale européenne (Esa) pour être la cible cométaire de la mission Rosetta, avant d’être finalement abandonnée au profit de 67P/Churyumov-Gerasimenko, plus connue sous le nom de "Tchouri".

"Les comètes sont des objets déroutants, c'est ce qui les rend magiques, reprend la scientifique. "Ces objets changent de visage à chaque fois qu’ils reviennent. On pense qu’elles vont atteindre telle magnitude, puis d’un seul coup, elles ont un sursaut d’activité et deviennent encore plus brillantes". Leur trajectoire est en outre constamment perturbée. "La sublimation de la glace sur leur surface influence également leur trajectoire. En s’évaporant, cela provoque des effets de réacteur (voir image ci-dessous) qui ont pour effet de perturber leur orbite", ajoute-t-elle.

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Depuis le début de l’année, quarante-et-une comètes ont été découvertes, portant à 4.034 le nombre total d’objets identifiés. Au fur et à mesure de leur vie, les comètes sont de moins en moins actives, leur éclat diminue du fait que l’éjection de gaz et de poussière est insuffisante. C’est ce qui permet d’ailleurs aux astronomes de faire le distinguo entre les comètes jeunes et les plus anciennes. "Ce que j’adore avec les comètes, c'est qu'elle sont toujours surprenantes. Saturne sera toujours identique, une planète avec des anneaux. Les comètes, quant à elles, sont imprévisibles", s'enthousiasme Lucie Maquet.

De son côté, 46P/Wirtanen, dont l'orbite est influencée par Jupiter, pourrait un jour, lors d’un rapprochement trop étroit avec la planète, se faire éjecter vers l’extérieur de notre Système solaire. "On pourrait alors ne plus la revoir", prévient l'astronome. Cet événement va offrir au grand public l’un des passages les plus propices à une belle observation céleste d'ici trente ans, indique sur son site internet l'Observatoire de Paris. Toute la magie du cosmos.

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