Récifs artificiels, éco-tourisme, adopter une bouture... comment (concrètement) protéger les coraux ?

Récifs artificiels, éco-tourisme, adopter une bouture... comment (concrètement) protéger les coraux ?

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BIODIVERSITE - La protection des océans - priorité écologique internationale - ne pourra se faire sans restaurer, et préserver, les récifs coralliens. Poumons de l'océan, protection côtière, habitat pour 25% de la biodiversité mondiale... ils sont également une source alimentaire pour 850 millions de personnes. Pour les sauver, la meilleure solution est de travailler main dans la main avec les pêcheurs locaux.

"La France a une responsabilité particulière à l'égard des océans et de leurs coraux", annonçait Brune Poirson mercredi 1er août. Joignant le geste à la parole, la secrétaire d'Etat à la Transition écologique et solidaire a officialisé le lancement d'une "mission océan" destinée - entre autres - à mieux protéger les récifs coralliens. Ces écosystèmes fragiles, vivant le plus souvent dans des eaux tropicales et semi-tropicales, font partie des priorités écologiques françaises, étant donné que "11 de nos 13 territoires d'Outre-mer hébergent des récifs coralliens", a rappelé la secrétaire d'Etat dans un communiqué. Plus exactement, la France, qui présente le deuxième territoire maritime mondial, est le seul pays au monde à posséder des récifs coralliens dans les trois océans. On estime ainsi que 10% des récifs coralliens et 20% des atolls de la planète sont localisés dans les eaux françaises. 

Le blanchissement des coraux n'est pas le seul enjeu de la préservation

Les massifs coralliens longent plus de 150.000 kilomètres de côtes dans plus de 100 pays et territoires et pourtant, ils n’occupent qu’une infime partie des fonds marins : moins de 0,2%. Les scientifiques estiment que plus d’un million d’espèces animales et végétales y sont associées et qu’ils accueillent 25% des espèces de toute la vie marine. De ce fait, un récif corallien sain peut produire 5 à 15 tonnes de nourriture par km² chaque année. Les coraux sont élémentaires à la biodiversité marine, ils protègent les côtes et fournissent de la nourriture à environ 500 millions de personnes dans le monde.

Les mesures envisagées par le gouvernement ciblent principalement le problème du blanchissement des coraux. Ce phénomène est lié au réchauffement climatique et à la pollution. Une hausse de l'acidité de l’eau et de sa température ainsi que la présence de substances toxiques perturbent le fragile équilibre symbiotique des écosystèmes coralliens et peuvent à terme, les faire mourir. Pour Martin Colognoli, co-fondateur et directeur scientifique de Coral Guardian, une association française de préservation du corail, la lutte contre le blanchissement des coraux se joue "politiquement, socialement et à long terme". EElle nécessite un éveil des consciences et une remise en cause notre mode de vie, pour limiter le réchauffement de la planète et donc de ses eaux. "Cela passe par des campagnes de sensibilisation et des actions éducatives, que nous essayons notamment de développer en France".


En parallèle, l'association Coral Guardian et d’autres organismes de protection français et internationaux, concrétisent leurs programmes en agissant sur le terrain, avec des objectifs et des méthodes qui varient en fonction des problématiques locales. Restaurer les récifs, éduquer et former les pêcheurs, créer des zones protégées... Martin Colognoli et ses équipes pensent chacune de leurs actions pour ne pas perturber l'économie locale, et au contraire, permettre aux populations de vivre d'un tourisme respectueux de la biodiversité. 

Restaurer les fonds marins grâce à des récifs artificiels

Pour restaurer les massifs coralliens endommagés, les équipes de Coral Guardian recréent un réseau à partir de boutures, faites avec des morceaux de coraux sauvages, cassés par le courant ou l’activité humaine. Ces boutures sont cultivées dans des nurseries marines, en milieu naturel. "Tout est fait in situ, à moins de 300 mètres du récif où les coraux vont être réimplantés", assure Martin Colognoli. Une mesure nécessaire à l’équilibre du lieu, car les réhabilitations de récifs sont faites avec des espèces de coraux autochtones. "Chaque corail a ses particularités : certains sont adaptés aux vagues, d’autres aux courants. D'autres, au contraire, ont besoin d’un environnement très calme", explique Martin Colognoli. Ils sont ensuite transplantés sur la zone abîmée grâce à la construction de structure sure-mesure, appelés "récifs artificiels". Stratégiquement positionnés, ils vont servir de support, pour que les coraux grandissent et que d’autres espèces recolonisent naturellement l’espace. "Nous n’avons pas la prétention de restaurer tous les récifs", précise Martin Colognoli. "Mais c’est une étape pour la préservation". 


En effet, même si l’objectif est de protéger et repeupler les récifs pour permettre le retour de la biodiversité dans cet environnement, pour le co-fondateur de Coral Guardian : "La restauration des récifs est anecdotique, la vraie solution, c’est de protéger. Dès qu’il est protégé, un récif peut se reconstruire tout seul."

Instaurer des aires marines protégées

Pour pérenniser ces efforts et laisser le temps aux coraux de se régénérer et aux poissons de revenir, des aires marines protégées (AMP) sont délimitées. Parcs nationaux, réserves naturelles, aires de protection de biosphère, zones de conservation halieutique (qui concerne la pêche), ... Les différentes AMP se définissent en fonction de plusieurs critères, établis lors d’études scientifiques qui évaluent l’état biologique de la zone et de son écosystème. Elles sont ensuite décrétées par les Etats ou par la communauté internationale. 


Durant les périodes de restauration des coraux, il est nécessaire d’assurer une protection physique des récifs contre les bateaux. Elle est assurée par la mise en place d’une ligne de bouée, qui donne une limite visuelle et permet de dissuader les bateaux voulant traverser la zone. "Ces mesures sont indispensables à mettre en place pour garantir une protection efficace, et sont accompagnées de médiations pour que tous les usagers puissent comprendre les enjeux du programme", d'après Coral Guardian. Mais plusieurs puissantes ONG demandent que de très larges zones soient entièrement interdites à tout type de pêche, peu importe l'état ou la profondeur des coraux. Peu réaliste, estime Martin Colognoli : "On ne peut pas dire aux pêcheurs d’arrêter de pratiquer leurs activités nourricières", qui privilégie une sensibilisation des populations, qui dépendent de ce milieu naturel, au plus près du terrain, et donc une "gestion locale".

Ajuster l’économie locale

Dans la région Indo-Pacifique, à côté du parc national de Komodo, se trouve le Triangle de Corail : 76% des espèces de coraux, et 56% des poissons de récifs coralliens. L’épicentre de cette biodiversité marine se trouve en Papouasie Indonésienne. C’est ici que Coral Guardian effectue la majorité de ses missions de sauvegarde, aux côtés du peuple Bajau. Ces pêcheurs traditionnels ont longtemps pêché à la dynamite ou au cyanure, ce qui leur permettait de récolter de nombreux poissons en une seule prise. Mais cela a évidemment détruit et stérilisé de nombreux coraux, ce qui a aussi fait diminuer la population marine. Les pêcheurs Bajau s’en sont rendu compte et ont eux-mêmes demandé de l’aide.


Ainsi pour Martin Colognoli, "le but est de leur montrer concrètement que des récifs coralliens en meilleure santé amènent plus de poissons". Petit à petit, les méthodes de pêches destructrices sont proscrites au profit de la pêche à la ligne ou au filet. Dans la même logique, les locaux se voient proposer une formation aux techniques de culture et de bouturage des coraux. Une meilleure connaissance de l'environnement qui leur permet de proposer un accueil responsable aux visiteurs. Lesquels, en plus de leur apporter des revenus complémentaires, dégraderont d'autant moins le récifs du fait de cette meilleure information. "Notre objectif final est qu’ils soient autonomes techniquement et financièrement à la fin du programme d’accompagnement", conclut le scientifique.

Et vous, que pouvez-vous faire ?

Et si vous ne pouvez pas aller faire du volontariat en Indonésie cet été, vous pouvez quand même participer à la protection des coraux. L’équipe Coral Guardian vous propose de les… adopter. Après avoir choisi un corail et son petit nom, il sera transplanté par l’équipe locale sur une zone de récifs endommagés. Les boutures proviennent toujours des tables de culture de la région afin de ne pas perturber l’équilibre de la biodiversité locale. Ensuite, vous recevrez par mail un certificat d’adoption personnalisé, avec la localisation GPS de votre corail. Une bonne excuse pour prévoir un voyage pour le rencontrer ! Et en attendant, un beau geste pour la planète depuis votre canapé.

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