La sonde Rosetta a achevé sa mission sur la comète Tchouri : et l'étape d'après ?

INTERVIEW - Après deux ans de survol, la sonde Rosetta a achevé sa mission en se posant sur la comète Tchouri, ce vendredi 30 septembre 2016. Michel Tagger, directeur du Laboratoire de Physique et Chimie de l’Environnement de l’Espace de l’Université d’Orléans et du CNRS, fait le point sur les premières découvertes et les prochaines missions de l’Agence spatiale européenne.

Rosetta s’est posée à la surface de la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko (Tchouri), ce vendredi 30 septembre, marquant la fin de la mission Rosetta, dont l’objectif est notamment de mieux comprendre l'évolution du système solaire depuis sa naissance. Vers 12h 39, le signal de la sonde spatiale s’est éteint, comme prévu, a confirmé dans un tweet l’Agence spatiale européenne.


Un impact fatal sur Ma’at, une région de puits d’effondrement actifs, à la vitesse de moins de 2 km/h, précédé d’un dernier souffle : la transmission vers la Terre d’une ultime volée de données et d’images, dont une partie est disponible sur le site d’Agence spatiale européenne Le dernier acte d’une tragédie, qui se jouait à quelque 710 millions de kilomètres de la Terre, mais dont l’épilogue est encore loin de toucher à sa fin.


"Il faudra maintenant des années pour étudier la quantité phénoménale de données que Philae et Rosetta ont collecté pendant plus de douze ans", nous l’explique Michel Tagger, directeur du Laboratoire de Physique et Chimie de l’Environnement de l’Espace de l’Université d’Orléans et du CNRS. Il a participé à la mise au point de plusieurs instruments embarqués sur la sonde spatiale. Pour lui et son équipe, une nouvelle aventure commence : percer le mystère de la vie.

Cette mission va potentiellement révolutionner notre connaissance des comètes et de la formation du système solaire : il se pourrait que les comètes aient contribué à ensemencer la Terre avec les "briques" moléculaires indispensables à l’apparition de la vie. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette découverte ?


Michel Tagger :  Grâce à la sonde spatiale, c’est la première fois que nous avons la preuve qu’une brique élémentaire de la vie peut se former naturellement dans le milieu interstellaire. L’autre découverte notable, c’est la question de l’origine de l’eau sur Terre. On sait maintenant qu’elle n’est pas liée à un bombardement de comètes. Il semblerait qu’elle soit apparue avec d’autres rocheux, comme des astéroïdes. Nous étudions depuis deux ans déjà les données que les instruments ont pu colleter. Mais il faudra encore plusieurs années avant de pouvoir en tirer des enseignements concrets. Il s’agit de données complexes, provenant de gaz, de poussière, de plasma et de structures rocheuses, qui sont très difficiles à interpréter. Pour donner un ordre de grandeur, nous continuons, encore aujourd’hui, à faire des découvertes grâce aux données recueillies par la sonde spatiale Huygens, qui s’est posée sur Titan en 2005.


Après la mission Rosetta, quelles nouvelles missions spatiales vont nous faire rêver dans les prochaines années ?


Michel Tagger : La prochaine grande mission de l’Agence spatiale européenne, c’est "ExoMar"s. L’objectif consiste à  chercher des traces de vie, en allant au-delà de ce que peut voir Curiosity, comme des sédiments dans les roches. Le rover ExoMars, qui a été élaboré conjointement par l'ESA et l'agence spatiale russe, Roscosmos, devrait rejoindre d’ici 2020 son alter-ego, le robot américain Curiosity, qui continue lui d’explorer lui la surface de la planète rouge depuis août 2012. Il aura pour mission d’explorer une zone où se trouvent des argiles très anciennes. On espère y apercevoir des traces de molécules organiques vieilles de quatre milliards d'années, lorsque sa surface ressemblait plus ou moins à celle de la Terre. Au moment même où la vie est apparue sur notre planète. 


L’autre grande victoire de la mission Rosetta, c’est aussi l’intérêt qu’elle a suscité auprès du grand public. En mettant en scène ses deux protagonistes, Rosetta et Philae, qui sont devenus de véritables héros sur les réseaux sociaux, l’Agence spatiale européenne a fait rêver les internautes. Et peut-être aussi suscité des vocations ?


Michel Tagger : Cette mission a été une occasion extraordinaire de parler de belle science et de réveiller l’intérêt du grand public. En humanisant les acteurs de cette mission, Philae et Rosetta, l’Agence spatiale européenne a inspiré de la sympathie, et donc de l’intérêt.  C’est même un double succès. Car, au-delà de cet enthousiasme, cela a permis également de susciter des vocations auprès d’un certain nombre de jeunes, pour qui les sciences avaient parfois une image austère. Nous en manquons cruellement, pourtant…

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