Prix Nobel de médecine : ce que la découverte des lauréats pourrait changer pour votre sommeil (et votre santé)

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SCIENCE - Le prix Nobel de médecine a été attribué ce lundi à trois chercheurs américains, Jeffrey C. Hall, Michael Rosbash et Michael W. Young, pour leurs travaux sur l'horloge biologique. LCI a interrogé le professeur Damien Léger pour comprendre la portée cette découverte, prometteuse en termes de nouveaux traitements.

Le prix Nobel de médecine a été attribué ce lundi 2 octobre à trois chercheurs américains, Jeffrey C. Hall, Michael Rosbash et Michael W. Young, pour leurs travaux sur l'horloge biologique. L’assemblée suédoise a salué "leur découverte des mécanismes moléculaires qui règlent le rythme circadien". Ce dernier, qui s'étend sur 24 heures, permet aux êtres vivants de s'adapter aux différents moments de la journée et de la nuit. La découverte des Nobel pourrait déboucher sur de nouveaux traitements des troubles du sommeil et de leurs conséquences, notamment en cas de changement de rythme et d'horaires.

Pour en savoir plus, LCI a interrogé le professeur Damien Léger, président de l'Institut national du Sommeil et de la Vigilance et directeur du centre du Sommeil de l'Hôtel-Dieu. 

LCI : Pour la première fois, des scientifiques sont parvenus à s’introduire dans notre horloge biologique et à élucider son fonctionnement interne. En quoi cette découverte est-elle si importante ?

Pr Damien Léger : Ces chercheurs américains ont découvert trois gènes qui influencent directement l'horloge biologique au niveau des cellules. On avait déjà une notion du fonctionnement de l'horloge biologique sur le plan anatomique, mais rien jusqu'à présent au niveau cellulaire : c'est ce qui rend cette découverte aussi exceptionnelle. Les travaux ont été menés en étudiant des drosophiles. L'avantage de ces mouches est qu'elles ont un génome extrêmement simple. Cette découverte permet de mieux comprendre comment les plantes, les animaux et les êtres humains adaptent leur rythme biologique aux phases jour-nuit.

LCI : Concrètement, qu’est-ce que leurs travaux vont changer pour le commun des mortels et quelles seront les applications médicales possibles à l'avenir ?

Pr Damien Léger : Nous travaillons beaucoup avec des personnes qui ont des problèmes de sommeil en raison du travail de nuit. Leurs horaires sont complètement inversés par rapport au fonctionnement naturel et ils ont donc des complications médicales. Or, aujourd'hui, nous n'avons pas de solutions thérapeutiques vis-à-vis de ces problèmes. Ces travaux vont peut-être permettre de mieux prévenir certaines complications sévères, comme le cancer du sein, qui peut-être lié au travail de nuit. Et peut-être aussi permettre de mieux adapter nos rythmes dans certaines situations. Par le biais de ces gènes, on va pouvoir trouver des traitements permettant de mieux supporter ces changements d'horaires, pas de manière permanente, mais à certains moments.

LCI : Quelle est la prochaine étape ?

Pr Damien Léger : On sait aujourd'hui que les cellules de la rétine, qui sont sous l'influence de la lumière, ont des effets sur notre horloge biologique. La lumière peut-être considérée comme un moyen naturel d'adaptation. Or, il est un peu négligé aujourd'hui. Cette découverte ouvre donc la voie à des perspectives de recherches sur l'influence de la lumière au niveau cellulaire. Le sommeil est un champ extrêmement vaste qui n'est pas toujours suffisamment reconnu comme un facteur de risque au niveau médical. A partir de ces recherches et avec l'attribution de ce prix Nobel, on peut espérer que cela permettra de faire des progrès en matière de prévention et de prise en charge clinique des problèmes médicaux liés au sommeil.

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