Sommes-nous seuls dans l'univers ? Comment les scientifiques envoient des messages aux extraterrestres

Sciences

OÙ SONT-ILS ? - L’organisation METI international a tenu un colloque cette semaine à la Cité des sciences et de l'industrie à Paris pour élaborer les meilleures stratégies d’envoi de messages vers d’hypothétiques civilisations extraterrestres. Pour en savoir plus, LCI a contacté l'astrophysicienne Florence Raulin-Cerceau, historienne de l’exobiologie et membre du METI.

"E.T. téléphone maison". Notre galaxie abrite des centaines de milliards d’étoiles et potentiellement autant de systèmes planétaires. L’immensité de l’univers nous donne le vertige et la même question revient inexorablement : sommes-nous seuls ? La question taraude les esprits les plus érudits depuis des siècles. "Les mondes sont en nombre infini et on ne saurait démontrer qu’ils ne sont pas habités", écrivait déjà Épicure à Hérodote en 300 avant notre ère. Mais si nous ne sommes pas seuls, où sont-ils ?

Car si des civilisations technologiquement plus avancées que la nôtre existent, pourquoi ne se sont-elles pas manifestées jusqu’à maintenant ? Qui plus est, comment pourrions-nous leur signaler notre présence et surtout communiquer avec elles ? C’est en substance quelques unes des questions soulevées ce lundi 18 mars au planétarium de la Cité des sciences et de l’industrie à Paris, dans le cadre d’un colloque organisé par le METI international (l’acronyme de "Messaging Extraterrestrial Intelligence", pour "Envoi de messages à une intelligence extraterrestre").

Nous procédons à l’envoi de messages à destination d’hypothétiques civilisations extraterrestres- Florence Raulin-Cerceau, membre du METI et historienne de l’exobiologie

Cette association, fondée en 2015 aux Etats-Unis, rassemble des astrophysiciens, des biologistes, des économistes et même des philosophes. Ils étaient une cinquantaine ce lundi dans la capitale. Parmi eux, Florence Raulin-Cerceau, historienne de l’exobiologie au Centre Alexandre-Koyré et maître de conférence au Muséum national d'Histoire naturelle de Paris. "A la différence du SETI (pour "Search for Extraterrestrial Intelligence", "recherche d'une intelligence extraterrestre"), qui écoute l’univers pour détecter d’éventuels signaux extraterrestres, nous avons choisi d'opter pour une approche plus proactive, explique à LCI la chercheuse. Régulièrement, nous procédons à l’envoi de messages à destination d’hypothétiques civilisations extraterrestres, dans l’espoir d’obtenir une réponse."

Depuis quelques années, pas un jour ou presque ne passe sans l’annonce de la découverte d’un nouveau monde lointain aux confins de notre galaxie. Plus connus sous l’appellation d’exoplanètes, ces planètes se situent hors de notre Système solaire. Certaines d'entre elles ne sont qu’un amas de gaz, tandis que d’autres sont constituées de roches et tournent autour de leur étoile à une distance compatible avec la présence d’eau liquide à la surface -de quoi alimenter l’espoir que la vie ait pu s’y développer. Le hic, c’est qu'elles se trouvent à des distances astronomiques de la Terre. L’humanité ne maîtrisant pas (encore) le voyage interstellaire, il est impossible de s’y rendre. Seule solution, donc, leur envoyer des signaux.

Lire aussi

C'est justement la vocation du METI. Telle une bouteille sidérale jetée dans l’espace, en octobre 2017, une antenne radio à Tromso, en Norvège, a servi à envoyer un message en code binaire incluant des tutoriaux scientifiques et mathématiques, ainsi que des morceaux de musique à destination de Luyten. Cette étoile, située à 12,36 années-lumière de la Terre, est entourée de deux planètes, dont l’une - GJ 273b - orbite dans une zone qui pourrait lui permettre d’abriter la vie. "Depuis 2015, le METI a procédé à l’envoi d’une dizaine de message de ce type", rapporte la chercheuse. Sachant que le signal voyage à la vitesse de la lumière, en tenant compte de la distance qui nous sépare de cet astre, une réponse éventuelle mettrait 25 ans à revenir sur Terre. 

L’initiative n’est pas une première. En 1974, l’observatoire d’Arecibo (Porto Rico) avait transmis un signal en direction de l’amas globulaire M13, situé à 25.000 années-lumière de la Terre : aucune chance pour la génération de ceux qui l’avaient lancé d’espérer une réponse au cours de son existence. Pionniers de la recherche en intelligence extraterrestre, Frank Drake, Carl Sagan et leurs collègues œuvraient alors en quelque sorte pour la beauté du geste.

Admettons qu’ils existent, nous ignorons si des aliens seraient en mesure de décoder le message- Florence Raulin-Cerceau, membre du METI et historienne de l’exobiologie

"C’est plus symbolique qu’autre chose, reconnaît Florence Raulin-Cerceau. D’autant plus que nous ignorons si des aliens, admettons qu’ils existent, seraient en mesure de décoder le message." Outre envoyer des signaux dans l’espace, le METI organise des rencontres pour débattre de ce sujet, en invitant d’éminents scientifiques du monde entier. "L’an dernier, par exemple, un colloque aux Etats-Unis, auquel avaient été conviés des linguistes, visait à déterminer quel serait le langage le plus adéquat pour communiquer avec eux", rapporte l'exobiologiste.

Parmi les autres stratégies élaborées au sein du METI, l’une d’elles suggère notamment d’utiliser les radiotélescopes pour repérer le transit d’un vaisseau spatial. "L’idée, c’est de détecter une infime baisse de luminosité au moment de son passage devant une étoile, de la même manière que nous procédons pour repérer  de nouvelles exoplanètes. Pour que cela fonctionne, il faudrait que le vaisseau extraterrestre soit d'une taille suffisamment imposante pour causer une baisse de luminosité ", relève la chercheuse.

En vidéo

EXPLORE : Partons à la découverte de ces galaxies aux noms surprenants

Si un jour ils nous repèrent, seront-ils bienveillants ?

La quête d'une intelligence extraterrestre n'est pas partagée par tous les scientifiques. Comme l’expliquait à LCI l’astrophysicien Hubert Reeves, il est "hautement probable"que nous soyons seuls dans l’univers étant donné que propre évolution est le résultat d’une longue chaîne de coïncidences. Pour Florence Raulin-Cerceau, rien n'est moins sûr. "Je ne crois pas que la vie foisonne partout. Mais au vu de l’immensité de l’univers, je pense qu’il est possible que nous ayons un alter ego quelque part. Si la vie a pu exister sur Terre, pourquoi pas ailleurs ?", avance-t-elle.

Si tel est le cas, il semble néanmoins légitime de s'interroger : si un jour des aliens nous repèrent, seront-ils bienveillants ? "Certains au sein du METI sont défavorables à l’envoi de signaux, révèle Florence Raulin-Cerceau. D'après eux, cela pourrait mettre en péril l’humanité." 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter