Première sortie de Thomas Pesquet dans l'espace : "C'est le grand rêve de tous les astronautes"

INTERVIEW - Alors que Thomas Pesquet effectue actuellement sa première sortie dans l’espace, l’astronaute Jean-Pierre Haigneré nous décrit cette expérience à la fois périlleuse et extraordinaire.

C'est enfin le grand jour pour Thomas Pesquet. Ce vendredi 13 janvier à 13H05, l’astronaute français effectue sa première sortie dans l’espace, dans le cadre d’une opération de maintenance. C'est enfin le grand jour pour Thomas Pesquet. Cette sortie dans l'espace à laquelle l'astronaute français se prépare depuis des semaines pourrait durer jusqu'à sept heures. Une expérience à la fois extraordinaire et éprouvante que nous raconte l’astronaute Jean-Pierre Haigneré, l 'un des quatre français à avoir fait un saut dans l'espace. C'était il y a dix-huit ans.

La rédaction de LCI : En 1999, vous avez effectué une sortie dans l’espace lorsque vous étiez à bord de la station Mir, dans le cadre la mission Perseus. Pouvez-vous nous décrire ce moment et les sensations que vous avez éprouvées ?

Jean-Pierre Haigneré : Sortir dans le vide de l'espace est le grand rêve de tous les astronautes. C'est un accomplissement, une véritable honneur, mais c'est aussi la tâche la plus éprouvante physiquement et mentalement. A l’époque, j’étais chargé de l’ouverture de la porte. Je devais me pencher dans le vide intégral pour actionner la poignée. J’étais tellement subjugué par le spectacle extraordinaire qui s’offrait à mes yeux que je n’ai pas vu le soleil se lever à l’horizon. Entre l’adrénaline et le stress, il m’a fallu plusieurs secondes avant de comprendre que j’avais oublié de baisser la visière de mon casque.

La rédaction de LCI : Cette sortie dans l'espace à laquelle l'astronaute français se prépare depuis des semaines pourrait durer jusqu'à sept heures. Une véritable épreuve pour le corps humain ? Sans parler des risques ?

Jean-Pierre Haigneré : Pour rejoindre la zone de travail, on se déplace comme des alpinistes, en utilisant des câbles et des mousquetons. Le scaphandre est pressurisé, chaque mouvement requiert une dépense physique importante. Le principal risque lors d’une sortie extra-véhiculaire (EVA) est lié à la combinaison. Un défaut d'étanchéité peut avoir raison d'un astronaute en moins d'une minute. Toute faille du système autonome de refroidissement ou d'oxygénation peut également mettre sa vie en danger. En 2013, l'astronaute italien Luca Parmitano a été victime d'une fuite d'eau à l'intérieur de sa combinaison. De l'eau contaminée s'est accumulée dans son scaphandre, l'empêchant pratiquement de respirer. Il a failli mourir noyé.

La rédaction de LCI : L’autre risque, plus imprévisible, est d'être percuté par un petit débris, comme dans le film Gravity, qui met en scène une sortie qui tourne mal en raison d'une collision spectaculaire.

Jean-Pierre Haigneré : Un câble fixé à l’arrière de la combinaison relie l’astronaute à la station spatiale. Au cas où ils seraient éjectés de la station, un petit système de propulsion fixé au dos du scaphandre, une sorte de Jet Pack, doit leur permettre de revenir. Aucun spationaute n’a été victime d’une telle chose à ce jour.

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